Ps., l.xxrx. 9, 10, 11, 12. - 2. Is., v
LA CÈNE. — SECONDE PARTIE
raissc encore plus une vigne élue el chérie, il nous apprend que cette vigne est une même chose avec lui. Je suis , dit-il, la vraie vigne, dont l'ancienne vigne n'était que la ligure : c'est celle-ci qui doit porter les véritables fruits pour la vie éternelle. Je suis la vraie vigne : et vous êtes les branches* : c'est moi qui fais toute la beauté et toute la force du plant; et mon Père aime d'autant plus cette vigne, que c'est moi qu'il entend et qu'il aime en elle.
3. La vigne est de tous les plants, celui qui porte le fruit le plus excellent. C'est de la vigne qu'il a été dit en ilgure : Que son vin réjouit le cœur de l'homme, et qu'il re'jouit Dieu et les hommes^. Dans le froment, est le soutien nécessaire : dans le vin est le courage, la force, la joie, l'ivresse spirituelle, le transport de l'àme; dont les effusions étaient la figure dans les sacrifices; et encore aujourd'hui le vin entre dans le sacrifice : avec le vin nous sacrifions à Dieu la joie sensible; et nous la changeons dans la sainte joie que nous donne le sang enivrant et transportant de Jésus-Christ, qui inspire l'amour qui l'a fait répandre.
4. La vigne ne paraît rien d'elle-même, elle rampe, elle est raboteuse, tortueuse, faible, qui ne se peut élever qu'étant soutenue; sans cela elle tombe. Mais aussi étant soutenue, où^ne s'élèvel-elle pas? Elle s'entortille autour des gra'nds arbres; elle a des bras , des mains, pour les embrasser, et n'en peut plus être séparée. De ce bois tortu et raboteux qui n'a rien de beau , sortent les pampres dont les montagnes sont couronnées, dont les hommes se font des festons. De là sort la fleur la plus odorante : de là la grappe , de là le raisin , de là le vin, et le plus délicieux de tous les fruits : ainsi l'écorce du chrétien n'a rien que de méprisable en apparence, et tout y paraît sans force : toute la force, toute la beauté est au dedans; et on peut tout, quand on ne s'élève qu'étant soutenu.
5. Le bois de la vigne est celui où la destinée du chrétien se marque le mieux. Il n'y a pour lui que de porter du fruit, ou d'être jeté dans le feu : outre que c'est, comme on a dit, le plus humble el le plus exquis de tous les bois; le plus vil en apparence, et le plus précieux en effet. Quoi de plus faible? D'où vient plus abondamment ce qui donne et du courage et de la force? Trois fruits sont recommandés dans l'Ecriture : le froment, qui est la foi, le soutien de l'àme; l'huile, qui est l'espérance, qui adoucit les peines d'attendre, par la promesse de voir; le vin, qui est la charité, la plus parfaite des vertus.
Vile JOUR.
Prière par Notre Seigneur Jésus-Christ obtient tout. (Joan., XV. 7.)
Si vous demeurez en moi , et que mes paroles demeurent en vous, vous demanderez tout ce que vous voudrez ; et il vous sera accordé'^. Après avoir jeté sur l'humilité et la dépendance les fondements de la prière, il en explique la vertu. Quiconque veut donc prier il doit commencer par se mettre véritablement el intimement dans le cœur cette parole : Vous ne pouvez rien sans moi'^ : rien : rien encore une fois; rien du tout. Car c'est pour cela qu'on
1. Joan., XV. 1, 5. — 2. Ps , cm lô; Jwl., ix. 13. — 3. Joan., XV. 7. — 4. Idem, xv. 5.
' prie, qu'on demande, parce qu'on n'a rien; et par conséquent, qu'on ne peut rien , ou pour tout dire, en un mol qu'on n'est rien; en matière de bien, un pur néant. Et c'est pourquoi il a dit, qu'on doit
; prier, et qu'on n'esl ouï, qu'au nom de Jésus-Christ :
! ce qui montre, que de soi-même on n'est qu'un
j néant; mais qu'au nom de Jésus-Christ, on peut
\ tout obtenir.
I Or cela enferme deux choses. L'une que quelque prière qu'on fasse, on n'est point écouté pour soi; mais au nom de Jésus-Christ. L'autre, qu'on ne peut, ni on ne doit prier par son propre esprit, mais par l'esprit de Jésus-Christ : c'est-à-dire, nonseulement selon que Jésus-Christ l'a enseigné, en
jie demandant que ce qu'il veut qu'on demande : mais encore en reconnaissant, que c'est lui-môme qui forme en nous notre prière, par son esprit qui parle et qui crie en nous. Autrement il ne sérail pas véritable, et nous n'entendrions pas comme il faut cette parole qui est le fondement de la prière : Sans moi vous ne pouvez rien. D'où il s'ensuit, que sans lui, nous ne pouvons pas même prier, conformément à cette parole de saint Paul : « Vous ne savez ce que vous devez demander par la prière, ni comment vous devez prier; mais l'Esprit prie en vous avec des gémissements inexplicables*. »
Mais en même temps que pour prier, on se met dans l'esprit bien avant cette première vérité : Je ne puis rien : Sans moi vous ne pouvez rien : on doit encore s'y en mettre une autre : Je puis tout avec celui qui me fortifie^ : Je ne puis rien sans Jésus- Christ : Je puis tout avec Jésus-Christ et en son nom. C'est pourquoi on entend toujours dans les prières de l'Eglise, cette conclusion aussi humble que consolante, par Jésus-Christ , Notre Seigneur. Humble, parce qu'elle confesse notre impuissance; consolante, parce qu'elle nous montre en qui est notre force. El cela s'étend si loin, que lorsque nous interposons envers Dieu les intercessions et les mérites des saints, même ceux de la sainte Vierge, nous y ajoutons encore cette nécessaire conclusion : Par Jésus-Christ, Notre Seigneur, par où nous confessons qu'il n'y a de mérite, ni de prière, ni de dignité dans les saints, à quelque degré de gloire qu'ils soient élevés, que par Jésus-Christ, et en son nom.
Et il faut bien prendre garde, que nous ne nous imaginions pas, que ce soit assez de dire de bouche, ce Per Dominum nostrum Jesum Christum. Disonsle en effet, et par le fond du cœur, en demeurant en Jésus-Christ, el Jésus-Christ en nous : c'est-à-dire, en nous attachant à lui de tout notre cœur, avec une vive el ferme foi , et lui aussi demeurant en nous par sa parole qu'il imprime dans notre cœur, et par son Esprit qui nous pousse et nous anime à la prière.
Il y a donc ici ce que nous faisons, qui est de demeurer en Jésus-Christ , cl ce qu^il fait , qui est de demeurer en nous; el cela fait l'ouvrage complet. Si nous croyons agir seuls, nous nous trompons; puisque la source de nos actions, c'est que Jésus- C^hrist demeure en nous. Car il n'y demeure pas sans action; selon ce que dit saint V^\x\, qu'il est puissant en nous^.
C'est donc alors que nous prions véritablement
1. Rom., viii. 2G. — 2. P/ii/ip., iv. V.i. — 3. II. Cor., xiii. ."?.
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
au nom do Josus-Chrisl, lorsque nous dcnieurons on lui , cl lui on nous, nous laissant conduire à Ji'sus-Chrisl qui nous meut , et ôcoutanl ce qu'il dit on nous : alin do pratiquer voritablenient el inlimemonl ce qu'il dit : ^'i cous demeurez en mol, et que ma parole, non pas seulement celle jjarolc que je prononce au dehors, mais encore celle que je fais onlendro au fond du cœur, demeure en roxis: alors nous obliondrons ce que nous voudrons.
Or celle parole qui doit demeurer en nous, doit être principalement la parole de la croix , qui est celle dont il s'agit principalement dans loul ce discours. Car Jésus-Clirisl allait à la croix, el il y menait ses disciples avec lui, comme la suite le fera encore mieux paraître.
Croyons donc que de demeurer en Jésus-Christ, c'esl demeurer dans la parole de la croix, el que la j)arole de la croix demeure en nous; et que demander au nom de Jésus-Clirisl, c'est demander par son sang el par ses soullrances; les aimer et y prendre part.
VHP JOUR.
Force dans la parole de la croix : porter le fruit de la croix. (Joan., xv. 8,9, 13.)
La gloire démon Père, est que vous rapportiez beaucoup de fruit : et que vous deveniez mes vrais disciples'. Jésus-Christ en revient au fruit qu'il avait promis à ceux qui demeureraient en lui : cl il nous apprend que nous devons désirer ce fruit pour la gloire de son Père, et non pas pour la nôlre. Car à Dieu ne plaise , que nous nous glorifiions en autre qu'en Dieu. Jésus-Christ ne veut de gloire que pour son Père; et n'a de gloire qu'en lui, ainsi qu'il l'expliquera dans toute la suite. Nous devons donc à son exemple, mettre en Dieu toute notre gloire.
Et que cous soyez mes vrais disciples. Qu'est-ce à dire, mes vrais disciples? mes vrais imitateurs dans le ciiemin de la croix et de la morlificalion; car c'esl à quoi il nous veut conduire; mais il nous y conduit par la voie d'amour.
Je cous ai aimés comme mon Père m'a aimé"^ : non par une fausse tendresse comme celle des parents charnels. Mon Père m'a aimé d'un amour ferme, et il m'a envoyé souiïrir : je vous ai aimés de môme : soulTrez et mourez avec moi : et je vivrai en vous.
Il ne pnrle pourtant point encore de mort ni de croix; mais il nous y prépare par l'inçinualion de l'amour de son Père el du sien. Voyez, dit-il, comme mon Père m'aime ; je vous aime de ce môme amour; el vous verrez bientôt où il me porte. Car il dira dans un moment : Personne ne peut avoir un plus qrand amour, que de donner sa vie pour ses amis^. Mais avant que de nous faire entrer dans ces courageux desseins, il nous fait entrer dans la douceur et la pureté de son amour. Laissons-nous donc conduire par celte douce voie, en quelque endroit qu'elle nous mène.
IXe JOUR.
Commandement de la croix par l'amour. (Joan., xv. 10.) Sr rr/us fjardez mes commandements, cous demeurerez dans mon amour ; comme je (jarde les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour*. Quel commandement gardez-vous, ô mon
1, Joan.. XV. H. — 2. /Jern, i). —3. ihid., U. —4. /hij., 10.
Sauveur I II l'a dit souvent : J'ai la puissance de donner mon âme , et j'ai la puissance de la reprendre; el c'esl là le commandement que j'ai reçu de mon Père*. Quoi, la puissance de la reprendre seulement, el non pas celle de la donner? L'une et l'autre : el celle-ci est celle par où il faut commencer. Voyez comme il insinue doucemenl le commandement de la croix.
]\Iais avant que de s'expliquer ouvertement làdessus , il enseigne que le véritable amour n'est pas à dire, à promettre de grandes choses, à les désirer, à s'en remplir l'esprit; mais à entrer par là dans une pratique sérieuse et réelle des commandements. Il faut commencer par aimer Jésus-Christ, et par là aimer sa vérité, ses paroles, ses maximes, ses commandements. Car c'est ainsi qu'il a fait : et il a commencé par aimer son Père, pour ensuite aimer ce qu'il commandait, quelque rigoureux qu'il parût à la nature ; car l'amour de celui qui commande, rend doux ce qui est amer et rude. Aimons donc Jésus-Christ : et tous ses commandements nous seront faciles. Souviens-toi, chrétien, que ce n'est rien de garder l'extérieur du commandement, si on ne le garde par amour. Tout le commandement est compris dans l'amour même. Jésus-Christ a gardé le commandement de son Père, parce qu'il l'aimait; et il nous donne cet exemple, en nous déclarant que cet exemple est notre loi.
Xe JOUR.
Joie pleine el parfaile d'obéir par amour, et non par crainte. (Joan., XV. 11; î. Joan., vi. 18.)
Je vous ai dit toutes ces choses , afin que ma joie demeure en vous, et que voire joie soit accomplie'^ : qu'elle soit pleine et parfaile. Vous verrez à quoi il vous prépare par cette abondance de joie; et il parle ici convenablement de la joie, après avoir parlé de l'amour. Car il n'y a que le vrai amour qui puisse donner de la joie. La terreur a de la peine^, dit saint Jean ! Elle n'a donc point la joie. D'où vient la joie, si ce n'est d'aimer? Car c^ui aime veut plaire, cl met là sa joie. El quand il a trouvé le secret de plaire, il jouit du fruit principal de son amour. Vous plaisez, quand vous obéissez par amour; car c'est là ce qu'aime Jésus-Christ. Lorsque son Père s'est déclaré que son Fils lui plaisait, el qu'il mettait en lui ses complaisances; c'esl qu'il voyait que l'aimant, il aimait à lui obéir et que c'était là sa joie. Aimez donc aussi : Délectez-vous dans le Seigneur'' : aimez, cherchez à lui plaire : et mettez là votre joie comme votre gloire : alors votre joie sera accomplie : elle sera parfaite comme votre amour.
Afin que ma joie demeure en vous. Quelle est ma joie? d'obéir, et d'obéir par amour. Ma joie sera donc en vous, quand vous aimerez el que vous obéirez : Et votre joie sera accomplie. Qui n'aimerait un Sauveur, qui ne nous promet (pi'une sainte el parfaile joie, par un saint el parfait amour?
Xle JOUR.
Mystère, précepte de la croix ; amour du prochain; donner sa vie pour lui, comme Jésus-Christ. (Joan., xv. 12, 13.)
Le commandement que je vous ai donné est que vous vous aimiez les uns les autres , comme je vous