‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 343 sur 851 · fo'm., X. 18. — 2. Idem, xv- 4. l'-i., xxxv · texte numérisé non relu

fo'm., X. 18. — 2. Idem, xv- 4. l'-i., xxxv

U. —3. I..Joan., iv. IH. —

LA CENE

SECONDE PARTIE

ai aimés. Personne ne peut avoir un jûus grand amour, que de donner sa vie pour ses amis^. Voilà la croix qui se déclare; mais pour lui ôter toute sa rudesse, elle se déclare par le précepte de l'amour. Jésus-Christ a aimé : et il a donné sa vie. Aimons de même, et Jésus-Christ, et en lui nos frères, que l'amour qu'il a pour eux nous doit rendre chers.

Quelle misère était la nôtre, lorsqu'il a fallu, pour nous en tirer, la mort d'un tel ami ! Quel crime était le nôtre, lorsque pour l'expier il a fallu une telle victime, et pour le laver, un sang si précieux I De quel amour nous a aimés celui qui nous a achetés à ce prix !

Pour ses amis : c'est ainsi qu'il nous appelle, pendant que nous étions ses ennemis; mais il était ami de son côté, puisqu'il donnait son sang pour nous racheter. Ecoutons saint Paul, le digne interprèle de celle parole du Sauveur : Pourquoi est-ce que dans le temps que nous étions malades, et dans le péché, Jésus-Christ est mort pour les impies? A peine trouve-t-on quelqu'un qui veuille mourir pour les justes; peut-être pourtant qu'il se trouverait quelqu'un qui le ferait. Mais lui il est mort pour les impies, c'est-à-dire, pour 7ious tous; et c'est en cela qu'il fait éclater son amour, en ce qu'il est mort pour des ennemis, pour des pécheurs^.

Voilà donc quel ami nous avons trouvé en la personne de Jésus-Christ. C'est un ami de ses ennemis, un ami qui nous a aimés, lorsque nous lui faisions de toutes les forces de notre âme et de notre corps une guerre perpétuelle. Comprenons donc l'immensité de son amour, en ce qu'il nous a aimés étant ennemis. Mais saint Paul sur ce fondement, pousse plus loin : « Si lorsque nous étions ennemis de Dieu, nous avons été réconciliés par la mort de son Fils; à plus forle raison étant réconciliés, nous serons sauvés par sa vle^i S'il a été notre ami jusqu'à donner sa vie pour nous, pendant que nous étions ses ennemis; combien plus le sera-t-il après que l'amitié étant réconciliée de part et d'autre , on est ami de deux côtés!

Mais que conclut de là le même saint Paul? Qu'ayant un tel ami, nous n'avons rien à craindre. « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? s'il n'a pas épargné son Fils, que nous pourra-t-il refuser? et comment nous l'ayant donné, ne nous donnera-t-il pas en lui et par lui toutes choses? Qui accusera les élus de Dieu? C'est Dieu qui les absout et les justilie. Qui les condamnera? C'est Jésus- Christ qui est mort pour eux; qui non-seulement est morl, mais qui est ressuscité, qui est monté aux cieux, et a pris sa place à la droite de son Père, et qui intercède pour eux''. » Il n'y a rien à ajouter à ce commentaire de saint Paul : nous y entendons parfaitement tout l'amour que nous devons à celui qui nous a aimés étant ses ennemis, jusqu'à donner sa vie pour être notre Rédempteur, notre Sauveur, notre intercesseur : cl il ne reste qu'à conclure avec le même apôtre : Que ni l'affliction, ni la persécution , l'épée et la violence , ni la vie , ni la mort , ni les maux présents, ni tous ceux que nous avons à craindre, ni le ciel fjuand il serait conjuré contre nous, ni l'enfer quand il lâcherait contre nous tous les démons, cl enverrait contre nous toutes ses pei-

1. Joan., XV. 12, 13. —2. Rom., v. 6, 7. S. — S. rdem, ht — 4. Ihid., vin. 31, et suiv.

nos , ni quelque autre chose que ce soit , ne sera capable de nous séparer de Jésus-Christ' .

Voilà le précepte et le mystère de la croix dans toute son étendue, en le commençant par Jésus- Christ, et le Onissant par nous.

C'est là aussi qu'est renfermé le précepte de la charité fraternelle , qu'on est obligé de pousser jusqu'à mourir pour ses frères; selon ce que dit saint Jean , autre interprète admirable du précepte de la charité : « En cela nous connaissons l'amour de Dieu , parce qu'il a donné sa vie pour nous : et nous devons aussi donner notre vie pour nos frères-. » Autrement nous n'observons pas le commandement d'aimer comme il a aimé , c'est-à-dire , jusqu'à donner sa vie.

Le précepte de la croix est donc encore dans la charité fraternelle; et quoique l'occasion de donner sa vie pour son frère soit rare, néanmoins l'amour fraternel sera dans la croix, si nous pratiquons ce que dit saint Paul : de ne nous regarder pas 7wusmêmes, mais ce qui est de l'intérêt des autres^. Ainsi l'amour fraternel sera un sacrifice continuel, non-seulement de son ressentiment, lorsqu'on croit être offensé; mais même sans avoir aucun sujet de plainte, de son humeur, de son intérêt, de son amour-propre; et c'est à quoi nous oblige l'amour fraternel. Et si nous devons sacrifier ce qui nous touche le plus, au dedans de nous; combien plus les biens extérieurs, et comme les appelle saint Jean : la substance et les richesses de ce monde''? Celui qui s'épargne sur cela, quoi qu'il dise, n'est pas chrétien; et : « S'il dit qu'il aime son frère, c'est un menteur. Il ferme ses enlraillcs sur son frère : et l'amour de Dieu n'est pas en lui^. Aimons donc, non point en parole, mais en effet et en vérités, » selon le précepte du même apôtre. Et afin que notre aumône soit un sacrifice, ne jetons pas seulement un superllu qui ne coûte rien à la nature ; mais prenons quelque chose sur le vif; en sorte que nous souffrions pour notre frère. Car ce n'est pas beaucoup faire de souffrir pour lui; puisque nous devons être disposés, selon le précepte du Sauveur, à donner pour lui jusqu'à notre vie.

Mais avant que de passer outre sur le précepte de la charité du prochain, entendons selon l'explication de Jésus-Christ dans la parabole du Samaritain'^, que le prochain est tout homme, et que le précepte de nous aimer les uns les autres, bien qu'il regarde spécialement les fidèles participants de la môme foi, et cohéritiers du même royaume, embrasse tout le genre humain, à cause qu'il est appelé à la môme grâce. Cela posé, continuons.

Xlle JOUR.

Motifs de l'amour fraternel, les fidèles , les élus sont amis de Jésus.

Lisez attentivement les t. 14, 15, 16, 17. C'est, encore une puissante insinuation du commandement de l'amour que nous nous devons mutuellement. Jésus-Christ nous tourne de tous côtés, pour nous obliger à aimer nos frères, par toute la tendresse qu'il a eue pour nous.

Il nous explique premièrement , qu'en gardant

1. Ivom., VIII. 33, etc., jusqu'à la (in du chup. — 2. /. Joan., m. 10. — 3. P/iitif .,11. i. — i. I. Joiin.,m. 17. — 5, Ide>n,i\. 20. — (i. Ihid., III. 17, IS. — 7. Luc, X.

MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE

ses commandoinonls , nous (.Icviciulrons non point seulement ses serviteurs et ses sujets, mais encore ses amis. Nous sommes naturellement sujets de J6sus-Clirisl, qui est le Roi des rois, et le Seigneur des seigneurs, par qui tout a été créé, et rien n'a reeu létre que par lui. Mais outre cette première ilépendance qui n'a point de bornes, il nous a acquis par son sang; et nous sommes ses esclaves, parce qu'il nous a achetés par un si grand prix. Mais i]uoique nous soyons tels, sujets, serviteurs, esclaves, il ne nous traite pas comme tels, mais comme amis : et la raison de celle diO'érence, c'est que le serviteur et le sujet n'a que la simple exécution de la volonté de son maître , sans en savoir le secret : mais Jésus-Christ nous révèle autant qu'il nous est convenable , la raison de ses conseils , qui n'est autre que l'amour qu'il a pour nous, jusqu'à ilonner sa vie pour notre salut, et pour nous l'aire ses cohéritiers : et tout le fruit de cet amour, c'est que nous nous aimions les uns les autres, et que nous gardions ce commandement principal de la loi nouvelle, non par crainte et d'une manière servile, mais en amis qui aiment à faire la volonté de celui qui se déclare leur ami étant leur mailre. C'est la première raison de notre Sauveur.

La seconde n'est pas moins forte : Ce n'est pas rous qui m'avez choisi, c'est moi qui tous ai choisis '. Il semble parler ici principalement de ses apôtres : mais en général, puisque ce n'est pas seulement les chefs du troupeau, mais le troupeau tout entier, qu'il oblige au commandement de la charité fraternelle, l'élection d'où il l'infère doit être commune : et lorsqu'il dit dans la suite : Je vous ai choisis du milieu du monde, et je vous en ai séparés, il parle visiblement à tous les fidèles. En eiïcl il a choisi non-seulement les apôtres, mais tous les fidèles : et c'est là l'eiïet le plus sensible de son amour, qu'il nous ait choisis un à un, par pur amour, par pure bonté : non parce que nous avions porté du fruit; mais afin que nous en portassions : en sorte que le fruit que nous portons est l'eiïet, et non le motif de son choix. Mais la récompense qu'il nous demande d'un amour si pur et d'une bonté si gratuite, c'est que nous aimions nos frères, aussi purement qu'il nous a aimés lui-môme, sans aucun mérite de leur part, et sans attendre qu'ils nous préviennent, mais en les prévenant en tout et toujours; pour l'amour de Jésus-Christ^ qui nous a prévenus en toutes manières par sa grâce.

El il est vrai qu'il a prévenu singulièrement les apôtres, afin qu'ils allassent par toute la terre y porter son Evangile; et que leur prédication ait non-seulement un grand fruit par la conversion de tous les peuples, mais encore que ce fruit demeure toujours, et que l'Eglise qu'ils établiront, soit immortelle. Mais ces paroles ne laissent pas aussi de regarder chaque fidèle; puisque tous doivent aussi, en allant cl conversant sur la terre, porter de grands fruiLs qui demeurent pour la vie éternelle. Grec n'e.st pas nous qui l'avons choisi : car qui est celui qui lui a donne le premier-, et qui s'est attiré sa grâce en le prévenant? C'est lui qui nous choisit et nous prévient : c'est lui qui nous a trouvés ennemis, et nous a fails amis : c'est lui qui nous a aimés, avant que nous l'aimassions, ou que nous

i.Joan., XV. \r, — 2. Rom., xi. S.'i.

pussions l'aimer; puisque c'est lui qui nous a donné l'amour dont nous l'aimons; ce qu'il ne peut avoir fait que par amour. Il n'est donc pas prévenu : il nous prévient, et nous prévient à chaque moment , nous continuant la grâce par laquelle il nous a prévenus la première fois. El encore qu'un effet de celle grâce prévenante, soit de nous attirer les grâces qui suivent; s'il nous traitait rigoureusement selon nos mérites, et qu'il voulût punir loules nos infidélités, combien de fois serait-il forcé à nous soustraire les grâces auxquelles nous ne répondons pas assez I Et bien loin d'y répondre par une humble reconnaissance, nous nous enorgueillissons de ses dons que nous nous approprions à nous-mêmes, comme s'il nous étaient dus, et en faisant la pâture de notre amour-propre. El qui serait celui qui pourrait dire : J'ai le cœur pur; je ne suis point ingrat envers Dieu; je lui rends l'action de grâces qui lui appartient, et ne sors jamais de sa dépendance? Ce n'est pas là ce que nous dit noire conscience : elle nous dit, que ni nous ne prions comme il faut, ni ne sommes assez soigneux de marcher fidèlement dans ses voies. Qui donc pourrait se plaindre, quand il nous retirerait ses dons'^ Mais il continue à nous prévenir malgré nos ingratitudes et nos négligences; et s'il accorde la persévérance à nos prières, il nous accorde premièrement la 'persévérance à prier, par laquelle nous obtenons la persévérance à bien faire. Et la récompense qu'il veut tirer d'un amour si gratuit, c'est que nous aimions nos frères aussi purement et aussi graluilemenl qu'il nous aime, sans que notre amour se ralentisse par leur froideur, par leur négligence, ni parleurs injures; puisqu'au milieu de tant d'injures qu'il reçoit de nous, il nous aime.

Et la raison qui l'oblige à réduire toute la pratique de la vie chrétienne à cet amour mutuel , est premièrement, que ne pouvant lui faire aucun bien qu'en la personne de nos frères qui sont ses membres , c'est là aussi qu'il veut recevoir le fruit de noire reconnaissance et celui de son amour, conformément à ce qu'il dit : Toutes les fois que vous faites du bien aux moindres de ces petits; à celui-ci et à celui-là, qui sont petits à vos yeux, et grands aux miens, puisqu'ils sont mes membres, c'est à moi que vous h faites*.

El la seconde raison, c'est, comme dit l'apôtre saint Paul, que celui qui aime son frère accomplit la loi^ qui est renfermée tout entière dans le précepte de la charité. Car tous ces préceptes : Vous ne tuerez pas : vous ne déroberez pas : vous ne convoiterez pas la femme d'autrui , ni sa maison , ni son serviteur, ni sa servante , ni son bien , en quelque manière que ce soit^ : vous ne corromprez point dans les autres, la chair que Jésus-Christ y a sanctifiée, ou qu'il a destinée à la sainteté; et vous ne la sacrifierez point à votre plaisir : tous ces préceptes sont renfermés dans celui de l'amour fraterner*; qui ne pouvant être accompli comme il faut , s'il ne vient de la source de l'amour de Dieu, il s'ensuit que tout est compris dans l'amour fraternel; dans lequel par conséquent est tout l'objet des désirs de Jésus-Christ, puisque c'est là aussi qu'est tout l'abrégé de la justice chrétienne.

1. Mallh., XXV. 40. 45. — 2. Rom., xiii. S, 9. - 3. Exo'l., XX. 17. — i. Hom., xiri. 0, 10.

LA CENE. — SECONDE PARTIE

Xllle JOUR.

Ils servent Jésus-C.hrist comme ses amis, à qui il découvre tous SCS secrets. (Joan., xv, 15.)

Le serviteur ne sait pas ce que fait son maître. On lui dit ce qu'il a à faire sans s'expliquer davantage : mais ce bon maître, qui est Jésus-Christ, non content d'exiger de nous une simple exécution, nous découvre tout ce qu'il fait; d'où il vient, et où il retourne; pourquoi il est venu au monde; quels jjiens il y est venu apporter aux hommes; l'étroite union qu'il est venu contracter avec eux; la grâce qu'il leur a voulu faire de se les unir, comme les membres le sont à la tète, et les branches à la racine; le divin secret de tout impétrer par l'interposition de son nom; les secrets motifs de ses préceptes; et les autres choses qui lui font dire : Je vous ai appris , ce que j'ai appris de mon Père\ Car je vous ai découvert, dit-il, les merveilles de sa bonté prévenante, et la grâce qu'il vous a faite en vous donnant son Fils unique , de le donner pour vous à la mort. Et afin que vous fussiez capables d'entendre les secrets du royaume des cieux, je vous les ai exposés dans des paraboles et similitudes tirées des choses humaines, par condescendance pour vous les rendre sensibles. Et de peur que ces paraboles ne fussent pour vous des énigmes plus capables de vous étourdir que de vous instruire, ainsi qu'il est arrivé aux Juifs en punition de leur orgueil , je vous les ai expliquées en ami , avec une familiarité et une bonté qui ne vous ont rien laissé à désirer. Voilà ce que Jésus-Christ a fait pour nous : il a voulu que nous gardassions ses commandements , non en vils esclaves, à qui on dit seulement ce qu'ils ont à faire, sans leur donner la consolation de savoir pourquoi; mais avec connaissance , afin de les accomplir d'une manière plus parfaite, plus agréable, plus proportionnée à la condition de la créature raisonnable. C'est pourquoi il nous a appris des conseils de Dieu et des siens , tout ce que nous en pouvions porter. Entrons donc volontairement et librement dans les desseins de Jésus-Christ, et obéissons, non par force, mais avec plaisir, comme des personnes instruites, et qui savent les raisons de ce qu'on leur demande : entendons bien, que tout ce qu'on nous demande , c'est la raison même; parce que c'est une sagesse aussi bien qu'une bonté infinie, qui a digéré tous les préceptes et tous les conseils dont on nous propose l'observance. 0 le plus aimable de tous les Maîtres! 0 la plus sainte, la plus sage et la meilleure de toutes les lois! Mon Dieu, j'aime votre vérité, votre équité, votre droiture; et en tout cela, j'aime Jésus-Christ qui est tout cela, sagesse , justice, droiture, équité; parce qu'il est la vérité et la bonté même; Fils très-bon d'un Père très-bon, et avec lui principe du très-bon Esprit qui nous guide à tout jjien.

XIVc JOUR.

Us doivent et peuvent tout demander au nom de Jésus-Christ. (Joan., XV. 16.)

« Je vous ai choisis , afin (juc vous rapportiez du fruit , et que votre fruit demeure, et que mon Père vous accorde tout ce que vous lui démanderez en mon nom 2. » C'est donc là la cause de ce grand

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