‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 345 sur 851 · Tonn., XV. )S. —2. Nfm, m. 19. 20. —3. lOid., x'-. UK · texte numérisé non relu

Tonn., XV. )S. —2. Nfm, m. 19. 20. —3. lOid., x'-. UK

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MEDITATIONS SUR L'KVANGILE.

leurs : on n'y vit nue ilo ooinplaisaiices nuUiiclIes, en s'appiauiiissant Vm\ à raulrc. A quoi est bon un chrolien? Il est inutile : il n'entre ni dans nos plaisirs ni dans nos alVaires, qui ne sont que fraudes. Défaisons-nous-en , disent les impies dans le livre de la Sagesse : air il nous est inutile* : sa vie simple el innocente est une censure de la nôtre : il faut le faire mourir, puisqu'il ne fait que troubler nos joies. Chrétiens, innocent troupeau, c'est ce qui vous fait la haine du monde! Vous ne savez point vous faire craindre , ni rendre le mal pour le mal; vous serez bienlùl opprimés. Quelque paisibles que vous soyez, on ne laissera pas de vous reprocher que vous faites des cabales contre l'Etat, pour leciuel vous levez sans cesse les mains au ciel; el vous serez les'ennemis publics.

« Parce que je vous ai choisis du milieu du monde, le monde vous hait^. » Dans votre séparalion, on ne vous croit pas de môme espèce que les autres : on croit que vous voulez vous distinguer, et on vous accable.

i Le serviteur n'est pas plus grand que son maître 3. » Quelle consolation pour un Chrétien, pour un pasteur, pour un prédicateur, si on ne le croit pas, si on le méprise, si on le persécute, si on le déchire , si on le crucilie , et lui et ses discours ! on en a fait autant à Jésus-Christ. C'est une suite du mystère de la croix; et c'est par de semblables contradictions que l'ouvrage de la rédemption a pris son cours. Car à travers ces contradictions, l'Evangile va où il doit aller ; et les bons exemples des chrétiens gagnent ceux qu'ils doivent gagner; cl la main de Dieu se fait sentir dans la résistance des hommes.

Il y a un monde dans l'Eglise même : il y a des étrangers parmi nous. On déplaît à ceux-là, quand on vit, et quand on proche chrétiennement. Ce monde est plus dangereux que serait un monde manifestement infidèle. Ecoutez saint Paul : « Il y a des périls au dedans et au dehors, et du côté dos faux frères*. Démas m'a laissé, » dit le même apôtre, « aimant ce siècle. Tout le monde m'a abandonné , Dieu leur pardonne^. » Le mépris qu'on fait d'un homme qui ne songe qu'aux allaires de Dieu, en disant que ce n'est pas un homme d'aiïaires, est une espèce de persécution. Faites, Seigneur, que je fasse bien vos allaires; c'est là que je mets toute ma capacité : si on me blâme, si on me méprise, si on me traverse, si on m'accuse de toutes sortes de faussetés, je le soulfre pour le nom de mon Sauveur : c'est qu'on ne le connait, ni lui ni son Père.

Après avoir montré la haine du monde, Jésus- Christ fait voir qu'elle est injuste, dans le t. 2/», et il la convainc par ses miracles.

Personne n'en avait jamais tant fait ni de celte nature : il allait guérissant tous les malades; et jamais il n'a fait de miracles pour punir un seul homme. Tout était plein de miséricorde et d'indulgence. Ainsi les hommes sont convaincus : et la bonté de ce Jésus tant haï , parait non-seulement par larpialité et par la nature de ses miracles.

Ce n'est pas assez pour être conforme au Sauveur, d'élre haï, il faut être haï sans en avoir jamais donné de sujet. lU m'ont, dit-il, haï sans sujet*^.

1. Sap., II. li. 1.'., 16,20. — 2. Joan.. xv. 19. — 3. Idem, 20. I. //. Car , XI. 20, — 5. //. Tim., iv. 10 1.. — «. Joan., xv. 25.

Prenoz-y garde : donner sujet à la haine n'est pas seulement faire injure à quelqu'un, mais encore être superbe, hautain, dédaigneux, envieux, intéressé, cela ofTcnse tout le monde. Mais Jésus-Christ si doux, si humble de cœur, si pauvre, si patient, qui pouvait-il avoir offensé? Il est haï cependant, el ses apolrcs le sont avec lui. Qui ne se consolerait j)ar cet exemple? Qui n'aimerait mieux être haï avec Jésus-Christ et pour Jésus-Christ, que d'être aimé comme ceux qu'on a appelés, soit par vérité, soit par llatlerie, les délices du genre humain? Je ne veux point être aimé des hommes qui ont haï Jésus- Chrisl; j'aime mieux entendre ces cris : Qu'on l'ôte, qib'on Vote; qu'on le crucifie*! ou ceux-ci contre saint Paul, d'un peuple en fureur, qui jetait de la poudre en l'air, et sa robe à terre : « Olez du monde cet homme; il n'est pas permis de le laisser vivre ^ ! » que ces acclamations qu'on lit à Hérode : « C'est le discours d'un Dieu, et non pas d'un homme. » Car voyez la suite : « L'ange du Seigneur le frappa , parce qu'il n'avait pas donné gloire à Dieu : et il mourut mangé des vers^. »

C'est ainsi que « Dieu brise les os de ceux qui veulent plaire aux hommes'' : » et saint Paul disait aux Galales : « Si je plaisais encore aux hommes, je ne serais pas serviteur de Jésus-Christ^. »

Tous les hommes jusqu'aux moindres veulent qu'on les dalle, et ne peuvent souffrir qu'on les reprenne. C'est un vice qui est entré jusque dans les moelles à toute la nature humaine , à ces paroles llatteuses : Vous serez comme des dieux'^. La jalousie naturellement empêcherait les louanges; et on n'en donne guère de bon cœur : mais on en donne pour en recevoir; on flatte pour cire flatté : c'est l'esprit du monde; mais l'esprit de Jésus-Christ, c'est d'aimer mieux être haï, que de se faire aimer de celte sorte.

XVIe JOUR.

Le lémoignaije de l'esprit de vérité rassure. (Joan., xv. 26, 27.)

Après avoir fait voir dans le monde une haine si envenimée contre lui , il ajoute pourtant, que Dieu ne le laissera pas sans témoignage, et qu'il enverra son Saint-Esprit qui rendra témoignage de lui''. C'est là, dit-il, le témoignage que je veux : car ce n'est point l'esprit de déguisement et de flatterie, ([ui est celui qui règne dans le monde; ce n'est point l'esprit d'injustice el de partialité; c'est l'esprit de vérité : Spiritum veritatis : qui est en môme temps un esprit de concorde el de douceur; qui unira tous les cœurs, et n'en fera qu'un de ceux de tous les fidèles. Voilà celui que mon Père enverra pour me rendre témoignage : Et vous aussi qui avez toujours été avec moi, animés de cet esprit, vous me rendrez témoignage^ . Ce sera un témoignage irréprochable, rendu par des personnes qui ont tout vu : un témoignage sincère, confirmé par l'effusion de votre sang. Voilà, dit-il, le témoignage que je me suis réservé sur la terre. Il vous fera haïr : mais votre consolation, c'est que par là vous prendrez pari à la haine qu'on me porte injustement. Oui, mon Sauveur, nous y consentons. S'il faut pour vous glorifier, que nous soyons haïs el méprisés du monde,

1. Joan., XIX. 1.5. — 2. Act., xxii. 22, 23. —3. Idem, xii. 21, 22, 23. — 4. /-"«., LU. 0. — 5. Qol., i. 10. — 6. Gcn., m. 5 — 7 ./o'in., XV. 20. — 8. Idem, 'il.

LA CENE. — SECONDE PARTIE

en lui disant ses vérités , quelque habit que ce monde porte, fût-ce un habit de piété, puisque la haine se cache si souvent sous un tel habit; ainsi soit-il : votre volotik' soit faite. On n'est point votre disciple, qu'on n'ait mérité par quelque bon endroit la haine du monde.

XVIIe JOUR.

Les apôtres persécutés , haïs d'une haine de religion. (Joan., XVI. 1, 2, 3, 4, 5.)

Dans les versets 1, 2, 3, 4, 5 du chapitre xvi, il découvre plus ouvertement à ses disciples la nature de la haine qu'on aura contre eux. Car après leur avoir appris qu'elle leur est commune avec lui , et qu'ils se l'attireront en lui rendant témoignage par le Saint-Esprit qui viendra en eux , il croit leur pouvoir tout dire : et il leur apprend enfin que le caractère de cette haine qu'ils auront à porter, c'est que ce sera une haine de religion; qu'on les excommuniera, et qu'on les aura tellement en exécration , qu'on croira rendre service à Dieu de les exterminer. Par oîi il nous fait entendre que ces haines pieuses et religieuses, qu'un faux zèle animera, sont la dernière et parfaite épreuve qu'il réserve à ses véritables disciples. Car c'est une telle haine, qu'il a essuyée lui-même; puisque la sentence que la Synagogue a prononcée contre lui , c'est qu'il avait blasphémé , blaspfmnavit', contre Dieu , contre la loi, contre le saint lieu; et que c'était glorifier Dieu, que de livrer ce blasphémateur au dernier supplice. Et cette haine était la môme que Jérémie avait portée en figure de Jésus-Christ, lorsqu'on disait : Cet homme a blasphémé contre le saint lieu, et contre la cité sainte^.

Voilà ce qu'il promet à ses disciples; et il les console en même temps, leur apprenant que cette haine est aveugle et insensée : puisqu'elle vient à leurs persécuteurs , pour ne pas connaître son Père , ni lui-\ Jésus-Christ est la vérité, et quiconque ignore ou combat quelque partie de la vérité, quelle qu'elle soit, quelque savant qu'il soit d'ailleurs, il ne connaît pas Jésus-Christ , ni son Père par cet endroit-là : et si vous entreprenez de le convaincre, il se revêtira d'un faux zèle, d'un zèle amer; mais il en faut essuyer l'aigreur avec foi et humilité, eu se réjouissant de porter ce caractère du Sauveur et de ses apôtres. C'est alors qu'il faut écouter le Sauveur, qui dit : Souvenez-vous que je vous ai atertis de ces contradictions. Et il ajoute : Je ne vous ai pas dit ces choses au commencement'*. Il leur avait pourtant souvent parlé des persécutions, et de la haine qui leur était préparée par toute la terre; Vous serez, dit-il*, en haine à tout le monde, et le reste : où il semble qu'il n'a rien oublié pour leur mettre devant les yeux la vive peinture des persécutions qu'il leur avait destinées. Qu'est-ce donc ([u'il dit aujourd'hui, qu'il n'avait pas voulu leur expliquer au commencement'? Remarquez, pieux lecteur, qu'il leur a tout dit; excepté ce seul endroit, quon les excommunierait , et qu'on croirait rendre service à Dieu , en les exterminant de laterre'^. Car c'était aussi l'endroit sensible, cl le véritable caractère de la persécution des disciples

1. Matth., XXVI. 63. — 2. J.-rem., xxvi; i,C, 8, 9, 11, 12. — 3. Jonn., XVI. 3. — A. I<hm, 4, 5 — 5. Matth., x. 21 , ïi. — 6. Joan., XVI. 2.

de Jésus-Christ. Ce ne sont pas seulement les gentils qui les ont persécutés , comme les ennemis de Dieu : cette injure serait consolante du côté de ceux de qui Dieu n'est pas-connu : mais ce sera le peuple de Dieu qui aura en exécration Jésus-Christ et ses disciples : ce peuple à qui Jésus-Christ était envoyé : ceux-là mêmes, dont il avait dit : Ils sont assis sur la chaire de Moïse : croyez donc ce qu'ils vous enseignent*. Ce seront ceux-là qui condamneront Jésus-Christ, et ensuite ses apôtres, avant même que le caractère de réprobation eût paru tout à fait sur eux, et lorsqu'un saint Paul respectait encore en eux le caractère de leur onction, en disant : « Mes frères, je ne savais pas que ce fût le souverain pontife : car il est écrit : Vous ne maudirez point le prince de votre peuple-. » On voit donc, qu'il faut s'attendre à être persécuté, quand Dieu le veut, par une autorité sainte. Et l'exemple de saint Chrysostome si injustement déposé par un patriarche orthodoxe, et même persécuté durant ce temps, et jusqu'après sa mort, par des saints, quand il n'y aurait que celui-là, suffit pour nous faire voir ce genre de persécution, qui est un des plus délicats et des plus sensibles aux disciples de Jésus-Christ. Et il faut ici considérer la modération, la douceur et l'humilité de ce grand homme, qui l'a peut-être égalé aux martyrs : ce qu'un saint martyr qui lui apparut semble avoir voulu lui indiquer, en lui disant dans un songe : Vous serez demain avec moi.

Quoi qu'il en soit, il faut être préparé à ce genre de persécution, si Dieu le permet, et ne s'en pas étonner, mais dire avec saint Cyprien : « Qu'il importe peu de quel côté vienne le coup de l'épée, qui tranche notre vie, fut-ce du côté de nos frères; pourvu que ce soit en procurant la gloire de Jésus- Christ^. » Cette persécution n'en est pas moins suivie de la couronne du martyre. Et on verra quelquefois dans des maisons saintes , dans de saintes communautés, des acharnements contre |des personnes saintes dont on ne voit point la cause : on voit seulement dans ces innocents persécutés, une vraie humilité avec un vrai zèle pour la gloire de Dieu. Qu'ils souffrent ce petit martyre, sans se plaindre, et en aimant d'un amour humble et sincère, ceux qui les font soutfrir; et qu'ils sachent que c'est un des caractères de Jésus-Christ, qu'il leur est donné de porter. Je ne sais pour qui j'écris ceci, et je n'ai aucune vue : mais afin qu'on ne pense pas, que je me figure des chimères de persécution, je suis obligé de dire que celle-ci est trèsfréquente, et doit être très-chère à ceux qui la portent, pour peu que ce soit, et pour quelque cause que ce soit.

XVIIIe JOUR.

Tristesse de l'absence de Jésus. (Joan., xvi. 5, G.)

Depuis le •:ir. 5 jusqu'au t. 8, il explique la mission de rEs|)rit consolateur qu'il avait promis à ses disciples, afin de les consoler de son absence. Il venait encore de leur en parler au t. 2(') ihi chap. xv ; mais ici il va en expliquer à fond la mission : et il faut invoquer le Saint-Esprit , afin qu'il nous fasse

1. M'illh., xxiil. 2, 3. — 2. Act., xxill. 5. — 3. ICpist. nd Corn. Ptip., E'iit. Haluz., Episl. Lv.

MÉDITATIONS SIR L'KVANGILF..

enlenilre ce qui le regarde dans la suilo de ce discours lie Notre Seigneur.

Je ne tous ai pas dit ces choses que je viens de vous exposer touchant la haine qu'on aura pour vous; parce que j'étais encore avec vous*. Rien ne ne me pressait de vous les dire; et, comme j'étais avec vous , je vous gardais mo i-mi' m e'- ; cl '}c n'avais pas besoin de vous prémunir contre les persécutions, qui vous doivent arriver après ma retraile. Mais maintenant je m'en vais, et il faut vous parler à fond de toutes choses, autant que vous le pourrez porter.

t Je m'en vais donc : et vous ne me demandez pas où je vais? Mais parce que je vous déclare que je rae retire, la tristesse remplit votre cœur^'?» Comme s'il disait : Vous ne songez point où je vais ; en quel lieu, à quelle gloire, à quelle félicité; mais sans songer où je vais, et ce que je vais y faire, vous vous alUigez. En quoi il les reprend secrètement du peu d'attention qu'ils ont à ce (pi'il l'ail, et du peu d'amour qn'ils ont pour lui; puisqu'ils ne songent qu'à eux-mêmes, et ne s'occupent que de leur tristesse. 11 est néanmoins si bon , que sans les reprendre davantage, il tourne tout son discours à les consoler, et leur parle du Saint-Esprit qui devait venir, leur apprenant qu'il ne lui est pas inférieur, et le prouvant premièrement par les effets de sa mission, et <à la (in, par son origine éternelle; comme la suite le fera paraître.

XIXe JOUR.

Mission du Saint-Esprit, pour convainci-e l'incrédulité des Juifs et le monde. (Joan., xvi. 8, 9, 10, et suiv.)

« Et quand il viendra, il convaincra le monde touchant le péché, et touchant la justice, et louchant le jugements* » et le reste.

• Il convaincra le monde sur le péché : » sur quel péché? Jésus-Christ l'explique : c'est de n'avoir point cru en lui. Enlendons le péché des Juifs, qui est de n'avoir point cru au Christ, qui leur avait été envoyé : d'avoir par là démenti leurs prophéties, el Dieu qui conlirmait la mission de Jésus-Christ par tant de miracles : de les avoir attribués au démon. C'était là le péché dos Juifs, le grand péché; le pe'ché contre le Saint-Esprit, qui, poussé à un certain degré de malice que Dieu sait, ne se remet ni en ce siècle, ni en l'autre^. C'est sur ce péché et de ce péché, que le Saint-Esprit devait convaincre le monde incrédule.

Jésus-Christ avait convaincu les Juifs de ce péché en deui manières, l'une en accomplissant les prophéties, qui est la manière la plus elficace de les expliquer : l'autre en faisant des miracles que personne n'avait jamais faits; ce qui leur rttait toute excuse, en .sorte qu'il ne manquait rien à la conviction. Va toutefois le Saint-Esprit la pousse encore plus loin , lorsqu'il descend sur les disciples du Sauveur.

La conviction, dis-jc, est portée plus loin. Et premièrement celle des prophéties. Car le Sainl- K?prit inspire à saint Pierre la preuve de la résurrccUhu de Jésus-Christ tirée de I)avid, que cet ap«>trc plein de lumières et du feu de ce divin Esprit,

I Join.. XVI. 5. —2 Idem, x.ii. 12. — 3. Ihid.. xvi. 5. «. - 4. tht'i.. »,efuie. —5. Afatth ,\t, 2I.3J ,32: ,V'/)C.. iir. 28. Z-/, 'M; l,>'t.,\H. 10

pousse à la dernière évidence; c'est-à-dire, au dernier point de conviction, et avec une vigueur qui ne s'était jamais vue : comme il paraît aux Actes, ch. II, y. 25 el suiv.

Secondement, quant à la conviction des miracles, ! le Saint-Esprit y met la perfection. Car si la source : en était tarie en Jésus-Christ, on aurait pu croire qu'elle était passagère el trompeuse en Jésus-Christ môme : mais comme elle se continue dans les apôtres: qui guérissent publiquement et à la vue de ; tout le peuple cet impolent, en témoignage de la j résurrection do Jcsus-Chrisl', la conviction est poussée bien au delà de la suffisance : et le Saint-Esprit la porte par les apôtres jusqu'à la dernière évidence.

Celte conlinualion de miracles était l'ouvrage du Saint-Esprit. Jésus-Christ avait dit, qu'il chassait les démons par l'Esprit de Dieu; et tous les autres miracles devaient être aussi singulièrement attribués au Saint-Esprit. Le même Esprit de miracles se continuant dans les apôtres, on voyait la suite des desseins de Dieu, et l'entière confirmation de la vérité.

Et afin de le bien entendre , il faut savoir que les Juifs quoique couvaincus par tant de miracles de Jésus-Christ, pouvaient dire, qu'il avait eu le sort des faux prophètes que le démon anime, et à qui il donne des signes trompeurs; puisqu'il avait clé condamné et mis à mort par le jugement de la Synagogue, conformément à la loi de Moïse^. Si donc Jésus-Christ était demeuré dans la mort, ou que sa résurrection n'eût pas été confirmée d'une manière à ne laisser aucune réplique, les Juifs n'auraient pas été convaincus et confondus dans ce vain prétexte de leur incrédulité. Mais puisque le Saint-Esprit, pour donnera Jésus-Christ des témoins de sa résurrection, descend visiblement sur ses apôtres , qui étaient les témoins qu'il avait choisis; puisqu'il les remplit de courage; que de faibles qu'ils étaient, il les rend forts; d'idiots el d'ignorants qu'ils étaient, les rend pleins d'une divine science, el leur donne des paroles qui fermaient la bouche à leurs adversaires qui n'étaient rien moins que les chefs du peuple; puisqu'au lieu qu'ils étaient des lâches qui avaient oublié leur maître tous ensemble en prenant la fuile, et le premier de leur troupeau en le reniant, il en avait fait d'intrépides défenseurs de sa doctrine et de sa résurrection; puisqu'enlin le même Esprit descendu sur eux fait des miracles par leurs mains, qui ne cèdent en rien à ceux de Jôsus- Chrisl, et même qui les surpassent en cerlaincs 1 circonstances, comme il l'avait prédit lui-même; et I non content de leur inspirer l'intelligence des prophéties, et la force de les défendre, il les remplit I eux-mêmes de l'esprit de prophétie, et les fait agir I et parler comme des hommes inspirés, comme il \ parut au jour de la Pentecôte; saint Pierre le sou- I tenant avec une assurance étonnante, et une force ! à laquelle tout cédait'' : tous ces ouvrages admi- I râbles du Saint-Esprit prouvent que Jésus-Christ a ; dit la vérité, en assurant que ce même Esprit coni vain<:rait de nouveau, el d'une manière encore plus i concluante, l'incrédulité du monde.

I Voilà donc le témoignage du Saint-Esprit dans

l.Ar/.,iii. 2. 0, i-l Kc'i. - 2. lent., xiu. 1, ?, ?., 4, ."; xvfii. -'0, 2\,n. — 3. \a., II. 17, 1«.

LA CÈNE. — SEGUiNDE PARTIE.

les apôtres, qui eu conlîrmaiU la résurrection de Jésus-Christ parlent ainsi : « Nous sommes témoins de ces choses, et le Saint-Esprit que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent'. » C'était le dernier et le plus clair témoignage que Jésus-Christ leur réservait : et c'est pourquoi prévoyant que le cœur de la plupart serait assez dur pour résister encore à ce témoignage et à cette conviction, il les avertit d'éviter ce crime comme celui qui à la fin , leur attirerait une inévitable punition , et deviendrait irrémissible pour eux, Dieu ayant déterminé de ne le remettre jamais à ceux qui l'auraient porté à de certains excès qui lui étaient connus. C'est peut-être ce qui donna lieu à cette sentence du Sauveur^ : Que les blasphèmes contre le Fils seraient remis; mais que celui qui blasphémerait contre le Saint-Esprit, » en persistant d'attribuer au démon les miracles de Jésus-Christ et de ses disciples, quoique confirmés après sa mort en témoignage de sa résurrection, « ne recevrait aucun pardon, mais serait coupable d'un éternel péché : à cause, » poursuit saint Marc, « qu'ils avaient dit : que Jésus-Christ avait en luimême un esprit » impur qui faisait par lui des miracles; et qu'ils étaient disposés à porter la révolte jusqu'au dernier excès, comme ils firent en résistant encore aux miracles de ses disciples , et osant attribuer à l'esprit d'erreur, la continuation ferme et permanente du témoignage du Saint-Esprit.

Ajoutez à toutes ces choses , la sainteté que le Saint-Esprit établissait dans l'Eglise, par des efi'els si éclatants, et cette parfaite unité des cœurs qui était son véritable ouvrage , et le caractère sensible de sa présence. Ajoutez la redoutable autorité que Dieu mettait dans l'Eglise, en sorte que mentira Pierre, c'était mentir au Saint-Esprit^. On voit assez par toutes ces choses, l'efficace du témoignage de ce même Esprit, pour convaincre l'incrédulité.

Et il faut aussi remarquer que Dieu qui avait supporté les Juifs après le cruciliement de son Fils, résolut enfin de faire éclater sa justice d'une manière étonnante, et jusqu'alors inouïe, après que ce peuple ingrat eut continué de résister avec une opiniâtreté, et une dureté sans exemple, au témoignage des apôtres; c'est-à-dire, comme on a vu , à celui du Saint-Esprit. Ce qui était la figure du bâtiment plus terrible, qu'il réservait dans les enfers , à ceux qui avaient péché contre le Saint-Esprit, de la manière, et avec l'excès qu'il ne voulait point pardonner.

Prenons donc garde de ne point tomber dans un semblable péché. Nous commençons à y tomber, lorsqu'abusant de la grâce du Saint-Esprit dans la rémission des péchés, nous en faisons une occasion de pécher plus facilement; en (juoi nous faisons injure à l'esprit de rémission et de grâce''. Et à cause que nous ne savons pas le degré que Dieu a marqué à cet attentat, pour ne le pardonner jamais, nous ne cessons de l'augmenter de jour en jour, et nous multiplions nos péchés par la facilité (juc nous nous imaginons dans le pardon. Mais Dieu (pii nous voit périr, nous avertit qu'il viendra un point, où il cessera de pardonner, et auquel à la fin, nous tomberons au dernier degré d'endurcissement, et à rimpénilence finale.

1. Act.,\. 32. — 2. Midth., xii. 31, 32; Marc, m. 28, 20, 30. — 3. Acl., V. 3,4, 9. — 4. Heh., x. 2<J.

Craignons donc de résister au Saint-Esprit, de peur qu'enfin, notre résistance ne soit poussée jusqu'à la fin, par la juste soustraction de ces grâces qui convertissent les cœurs. Craignons, dis-je, de pousser à bout la bonté et la patience de l'esprit qui remet les crimes; parce que nous ne savons jusqu'où il veut pousser son indulgence, et que peutêtre le premier péché que nous commettrons, sera parvenu à ce degré de malice qui lui est connu, et qu'il ne veut point pardonner à ceux qui auront reçu de certaines grâces. Les Juifs en sont un exemple, et ils n'ont plus trouvé de miséricorde ni en ce monde ni en l'autre, à cause qu'ils ont méprisé, jusqu'au point que Dieu ne voulait plus souffrir, la conviction du Saint-Esprit.

XXe .JOUR.

Mission du Saint-Esprit pour convaincre le monde d'injustice. Péché contre le Saint-Esprit. (Ibid., 10.)

Il convaincra le monde sur la justice. C'est le second point sur lequel le Saint-Esprit devait convaincre le monde : Parce que je m'en vais à mon Père , et que vous ne me verrez plus. Il faut sousentendre : sans que pour cela vous cessiez de croire en moi, ou que votre foi se ralentisse. Et pour entendre cette seconde conviction du Saint-Esprit , il faut savoir que la justice chrétienne vient de la foi : selon cette parole du prophète répétée trois fois par saint Paul : Le juste vit de la foi '. Mais la véritable épreuve de la foi, c'est de croire ce qu'on ne voit pas. Tant que Jésus -Christ a été sur la terre, sa présence a soutenu la foi de ses disciples : aussitôt qu'il fut arrêté , leur foi tomba : et ceux qui auparavant croyaient en lui comme au rédempteur d'Israël, commencèrent à dire froidement : Nous espérions qu'il devait racheter Israël ^ : comme s'ils disaient : mais maintenant après son supplice, nous avons perdu celte espérance. Voilà donc la foi des apôtres morte avec Jésus-Christ. Mais quand le Saint-Esprit l'eut ressuscitée, en sorte qu'ils furent plus constamment et plus parfaitement attachés à la personne et à la doctrine de leur maître, qu'ils ne l'étaient pendant sa vie , on vit en eux une véritable foi; et dans cette foi la véritable justice, qui étant l'ouvrage du Saint-Esprit, il s'ensuit qu'il donna au monde une parfaite conviction de la justice.

Soyons donc vraiment justes par l'esprit de la foi, et sans nous attacher à ce que nous voyons, unissons-nous à Jésus-Christ que nous ne-voyons pas. Croyons fermement avec les apôtres , que sa mort n'a pas été une extinction de sa vie ; mais connue il l'a dit, un passage à son Père, puisque depuis ([u'il nous a quittés, il a été plus fécond pour nous en toute sorte de grâces. Travaillons sans cesse à la mort des sens : ne jugeons point de notre bonheur par leur jugement : vivons dans l'esprit de la foi. Fondons tous nos sentiments sur sa vérité, et écoutons d'autant plus Jésus-Christ qu'il nous parait moins. Vous avez cru, Thomas, parce que vous avez vu : bienheureux ceux qui croient et ne voient pas^. C'est par une telle foi que nous sommes justes.

1. JfeO.. II. 4; Jiorn., i. 17; G'i/.,m. 11; Hb. x. ;«. — 2. Luc, XXIV. 21. — 3. Joan., xs. 29.

MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE

XXl^' JOUR,

}lission du Saint-Esprit pour convaincre le monde de l'iniquité de son juyemt'nt. (Joan., xvi. 8-11.)

Le Saint-Esprit convaincra le monde touchant le juyement : parce que le prince de ce monde eut déjà jugé. Ji'sus-Chrisl a dit ci-dessus : « C'est maintenant que le monde va être jugé : c'est maintenant que le Prince de ce siècle va être chassé'. » Comment est-ce que Jésus-Clirist juge le monde dans le temps de sa passion? C'est en se laissant juger, et CD faisant voir par l'inique jugement du monde sur Jésus-Christ, que tous ses jugements sont nuls.

Le Saint-Esprit qui est descendu, contirme ce jugement contre le monde. Qu'a opéré le jugement du monde sur Jésus-Christ, rien autre chose qu'une ^démonstration de son iniquité? La doctrine de Jésus- Christ qu'on croyait anéantie par sa croix, se relève plus que jamais : le ciel se déclare pour elle; et au défaut des Juifs, les Gentils la vont recevoir, et composer le nouveau peuple. C'est l'ouvrage du Saint- Esprit , qui descendu en forme de langue , montre l'elTioace de la prédication apostolique. Toutes les nations l'entendent : de toutes les langues il ne s'en fait qu'une, pour montrer que l'Evangile va tout réunir. Le prince de ce monde est jugé : tous les peuples vont consentir à sa condamnation. Jugeons le monde : condamnons le monde. L'autorité qu'il se donne de nous tyranniser par ses maximes et ses coutumes, adonné lieu à condamner en la personne de Jésus-Christ, la vérité même. 0 monde! je te déteste : le Saint-Esprit te convainc de fausseté. N'adhérons au monde par aucun endroit; sa cause est mauvaise en tout. « Mes petits enfants, n'aimez point le monde, ni tout ce qui est dans le monde : le monde n'est autre chose que concupiscence de la chair, » sensualité, plaisirs du corps, « ou concupiscence des yeux, » curiosité, avarice : « et orgueil de la vie, et tout cela, » toute celte concupiscence, « ne vient point de Dieu, mais du monde : et le monde passe avec ses désirs-; » et il n'y a que Dieu qui demeure.

C'est donc par là que le monde est jugé. La vie que le Saint-Esprit inspire aux fidèles, condamne toutes ses maximes. Il n'y a plus d'avarice, où chacun apporte ses biens aux pieds des apôtres : il n'y a jdus de divisions, ni de jalousie, où il n'y a qu'un cœur el qu'une Ame : il n'y a plus de plaisirs sensuels , où l'on a do la joie d'être flagellés par l'amour de Jésus-Christ : il n'y a plus d'orgueil , où tout est soumis aux conducteurs de l'Eglise, qu'on rend maîtres de tous ses désirs, et plus encore de soi-même que de ses riches.ses. Commençons donc celle vie chrétienne el apostolique, et laissons-nous convaincre par le Saint-Esprit.

XXIIe JOUR.

L'eipritde térité enteigne toute vérité. (Joan., xvi. 12, 13.)

Nous apprenons dans les t. 12 et l.'j, que le Sainl-Espril nous ap[»rcndra ce que nous n'eussions pas pu porter sans lui. Mais qu'est-ce qu'il y avait de si nouveau elde si étrange à nous dire, (\\ui nous ne puissions pas le porter encore? Notre faiblesse

Ï.Joan.,xn. 31. — 2. I(Um, ri. l.'i, 17.

est donc bien grande, si nous ne pouvons pas porter ce que Jésus-Christ même aurait à nous dire? Gela est pourtant, puisqu'il le dit.

Jésus-Christ attribue deux choses au Saint-Esprit. L'une de nous suggérer, de rappeler en notre mémoire , de nous faire entendre ce que Jésus-Christ nous aurait dit auparavant' : c'est ce qu'il a dit ci-dessus; l'autre, de nous apprendre des choses nouvelles , que nous n'eussions pas pu porter d'abord'-; encore môme que Jésus-Christ nous les enseignât. Apprenons ici à ménager les âmes. Avec toute son autorité , et avec toute la lumière dont il est rempli , Jésus-Christ même se croit obligé à ce ménagement des Ames infirmes : à plus forte raison les autres hommes doivent-ils entrer dans celte condescendance.

Mais où trouverons-nous des vérités plus fortes, que celles que Jésus-Christ vient d'expliquer à ses apôtres, en leur disant, qu'o?i les haïra, jusqu'à croire servir Dieu en les massacrant^ ! Voici quelques vérités que Jésus-Christ n'a pas dites, ou sur lesquelles il n'a pas appuyé : que les apôtres seraient obligés , non-seulement à subir l'exécration de la Synagogue, mais encore à se séparer d'eux-mêmes du reste du peuple, comme il parait dans les Actes; à relâcher l'obligation de la loi; à la regarder comme un fardeau insupportable aux Juifs mêmes, selon ce qu'ils disent dans les Actes : « Que ni nos Pères ni nous n'avons pu porter"* : » à faire voir ce qui est bien plus, que non-seulement la loi n'obligeait point les gentils, mais encore les rendait coupables, conformément à cette parole : « Si vous vous faites circoncire, Jésus- Christ ne vous servira de rien^. » V^oilà quelque partie des vérités que les apôtres n'auraient pu porter, si Jésus-Christ les leur avait apprises d'abord. Et c'est pourquoi il les réserve au Saint-Esprit, qui aussi, lorsqu'ils furent obligés de les expliquer dans le concile de Jérusalem , leur fait dire : « Il a semblé bon au Saint-Esprit el à nous". »

Que dirai-je du redoutable secret de la réprobation des Juifs, pour donner lieu aux gentils; et du retour futur de ces mêmes Juifs, après que les gentils seront entrés? Secret admirable qui donne lieu à celui de la prédestination, el à ces terribles paroles: a Dieu a tout renfermé dans l'incrédulité, pour montrer que nul n'est sauvé que par sa miséricorde'^. » C'est un secret dont Jésus-Christ a posé les fondements, mais dont il laisse l'application et le fond à développer à saint Paul.

C'est encore un grand secret que ce même apôtre apprend aux fidèles : qu'il faut joindre à toutes les persécutions, la mortification volontaire, en châtiant son corps, et le réduisant en servitude^ : chose que le Fils de Dieu n'avait pas si clairement expliquée, que le Saint-Esprit l'a fait à cet apôtre. Ne pous-*^ sons pas plus avant nos rechercbes sur ces vérités, que Jésus-Cbrisl semble réserver au Saint-Esprit. Contentons-nous d'admirer la dispensation de la doctrine salutaire; elne nous ménageons plus nousmêmes, puisque Jôsus-(>lirisl nous a ménagés autant qu'il a été nécessaire.

1. Joan., XIV. 20. — S. Mem, xvi. 12. — 3. Ibid., xvi. 2. 3. — 4. Ad., IV. 15, 18,. 32, 33; V. 12, 13, 11; xv. 1,2,5, 7, 10,20. 21, 2.S, -M. — 5. Uom., III. 10; Gol., il. 16, 18, 20, 21 ; m. 10, 11, 24, 28; IV. 0, 10, 11 ; V. 1, 2, etc. — (>. Acl., xv. 28. — 7. Rom., xi. 32. — 8. /. Cor., IX. 27; //. Cor., iv. 10.

LA GÈNE. — SECONDE PARTIE

XXIIIc JOUR.

Le Saint-Esprit égal au Fils par ses œuvres.

Toutes ces fonctions du Saint-Esprit l'égalent manifestement au Fils de Dieu, dont il accomplit l'ouvrage. S'il y met la perfection, si Jésus-Christ, pour ainsi parler, lui en donne toute la gloire; c'est que la gloire du Saint-Esprit est celle du Fils de Dieu; comme la gloire du Fils de Dieu est celle du Père, et que la gloire de la Trinité est une et indivisible.

Si ce qui est réservé au Saint-Esprit est si grand, que les apôtres ne l'auraient pu porter, quoiqu'annoncé par Jésus-Christ même , il n'y a donc point d'inégalité dans les ouvrages de la Trinité , du côté des trois divines Personnes; mais une dispensation diversifiée, seulement par rapport à nous : mais Jésus-Christ nous va encore élever plus haut, et après avoir égalé le Saint-Esprit au Père et au Fils par ses œuvres, il va encore montrer sa parfaite égalité par son origine.

XXIVo JOLR.

Le Saint-Esprit égal au Fils par son origine : il annonce les choses futures, et pénétre le secret des cœurs. (Joan., xvi. 13.)

« Quand cet Esprit de vérité viendra, il vous apprendra toute vérité : car il ne parlera pas de luimême; mais il vous dira ce qu'il a ouï, et vous annoncera les choses futures'. »

Il ne dira pas ce qu'il a ouï : mais il a tout ouï : aussi enseignera-t-il toute vérité, il est dans le conseil oîi l'on dit tout. Le Père dit tout par son Fils; le Fils dit tout par sa naissance. Si tout se dit par lui , il entend tout : autrement il ne s'entendrait pas lui-même. On lui dit tout en le produisant, puisque le produire, c'est dire. Le Saint-Esprit est le troisième dans ce secret : nulle créature n'y entre. On ne dit rien à demi dans cette unité : on n'entend rien imparfaitement. C'est pourquoi, VEspril approfondit tout : il entre en tout, même dans les profondeurs de Dieu^. Et c'est le caractère que lui donne le Sauveur du monde, en disant qu'il nous enseiyne toute vérité, et annonce les choses futures.

Le Saint-Esprit est celui qui parle aux prophètes. Quand il parle en eux , c'est Dieu qui parle , et on l'appelle l'Esprit propliétique : ce qui l'égale parfaitement au Père et au Fils; puisque comme eux, il entre dans le grand secret réservé à Dieu qui est celui de l'avenir'.

Il entre par la même raison dans cet autre intime secret, qui est la counaissance du secret des cœurs. Qui voit le secret de Dieu, que ne voit-il pas? Par qui est-ce que saint Pierre a vu le secret d'Ananias et de Saphira, dans la vente de leurs biens? Aussi en mentant à Pierre, ils mentirent au Saint-Esprit''. Par qui est-ce que le secret des cœurs était manifesté dans ces assemblées dont parle saint Paul : ce qui fait dire à tout le monde , que Dieu est au milieu de nous^.^ Comment? sinon par l'esprit de prophétie, qui est dans le môme lieu l'ouvrage du Saint-Esprit, à qui toutes ces gr;\ces sont attribuées, conformément à cette parole : « Un seul esprit opère

1. Joan., XVI. 13. — 2. /. Cor., ii. 10. — 3. Is., xlviu. 1G; lix. 21; i.xi. 1; Zach., vu. 12; /. Co>-.,xiv. 32; Apoc, xxil. 6. — 4. Ad., V. 3, 4, 9. — 5. /. Cor., xiv. 24, 25.

ces choses, les partageant à chacun selon qu'il lui plaît'. »

XXVe JOUR.

Origine du Saint-Esprit. Ordre des Personnes divines. (Joan., XVI. 14, 15.)

Il me glorifiera , parce qu'il prendra du mien^. Que Jésus-Christ daigne nous parler de ces communications intérieures des Personnes divines, et nous faire entrer en quelque façon dans cet ineflable secret, il y a de quoi s'en étonner. Vraiment il nous traite en amis, comme il disait lui-même, en nous apprenant non-seulement ce qu'il fait au dehors , mais encore ce qu'il produit au dedans. Il prendra du mien : le Fils a tout pris du Père , et il glorifie le Père : le Saint-Esprit prend du Fils et il glorifie le Fils. Il semble que c'est là le but de cette parole. Mais écoutons de quelle sorte Jésus-Christ s'explique. Il ne dit pas : Il prendra de moi , mais : Il prendra du mien : 0 Sauveur, que voulez-vous dire? M'est-il permis de le chercher? Ou bien m'en tiendrai-je à ce que vous dites, sans rien dire, ni rien chercher davantage dans cette parole? Mais votre Eglise y a trouvé, que le Saint-Esprit procédait de votre Père et de vous, et que c'était pour cela, que le Saint-Esprit était votre Esprit, comme il était l'Esprit du Père. Il est appelé l'Esprit de Jésus- Christ : Spiritus Christi^. II est à Jésus-Christ, Jésus-Christ l'envoie : par quelle autorité : si ce n'est par l'autorité de principe et d'origine ? Car il ne peut y en avoir d'autre entre les personnes divines.

Voilà la doctrine de l'Eglise calholique, et la tradition des saints. Je la reçois, j'adore cette vérité. 0 Jésus, encore un coup, quelle merveille que vous daigniez nous parler de ces hauts mystères, à nous qui ne sommes que terre et cendre ! Avec quelle foi, avec quelle reconnaissance , avec quel amour devons-nous écouler ces paroles ! Seigneur, ce n'est pas en vain que vous nous parlez de ces choses : vous nous en montrez une étincelle durant celte vie, dans le dessein de nous en montrer à découvert la pleine lumière au jour de rélernité. Nous verrons ce que veut dire : « Il prendra du mien, et il me glorifiera, et il vous l'annoncera. Tout ce qui est à mon Père, est à moi : et c'est pourquoi je vous ai dit qu'il prendra du mien : et il vous annoncera ce qu'il en aura pris'*.

Le Saint-Esprit prend du Père dont il procède primitivement, et en prenant du Père, il prend ce qui est au Fils, puisque tout est commun entre le Père elle Fils : excepté sans doute d'être Père : car c'est cela qui est propre au Père, et non pas commun au Père et au Fils. Le Fils a donc tout ce qu'a le Père, excepté d'être Père : il a donc aussi d'être principe du Saint-Esprit : car cela n'est pas être Père : le Fils prend cela du Père ; et le Père qui en l'engendrant dans son sein, lui communique tout excepté d'être Père, lui communique par consé(iuent d'être le principe productif du Saint-Esprit. C'est pourquoi le Saint-Esprit est l'Esprit du Père comme du Fils, envoyé en unité de l'un et de l'autre, procédant de l'un et de l'autre, comme d'un seul et môme principe : parce que le Fils a reçu du Père d'être principe du Saint-Esprit. Et c'est pour(|uoi Jésus-Christ ne dit pas : Il prendra de moi; parce

1. /. Coi-., XII. 11. — 2. Joan.. xvi. 14. — 3. /. Pd., i. 11. — 4. Joan., XVI. 14, 15.

M i;d HATIONS S ni l'évangile.

que ce serait dire en quelque laçon, qu'il en seniil le seul principe, et que le Saint-Espril procède du Fils, connue le Fils procède du Père, c'esl-i\-tlire, de lui seul. Mais il n'en est |>as ainsi : car le Sàinl Esprit procède du Père radicalement ; et s'il procède du Fils, c'est du Père que le Fils a pris de le produire : el c'est pourquoi il dit plutôt : Il prendra du mien . que de dire : // prendra de moi. Parce qu'encore qu'en elVel il prenne de lui, il ne prend de lui que ce que lui-même a pris du Père. Il procède donc du Père et du Fils; mais il procède du Père par le Fils ; parce que, cela même que le Saint- Esprit procède du Fils, le Fils l'a reçu du Père, de qui il a tout reçu.

C'est ce qui explique la raison mystique et profonde de l'ordre de la Trinité. Si le Fils et le Saint- Esprit procèdent également du Père, sans aucun rapport entre eux deux, on pourrait aussitôt dire, le Père, le Saint-Esprit, el le Fils, que, le Père, le Fils el le Saint-Esprit. Or ce n'est pas ainsi que Jésus- Christ parle. L'ordre des Personnes est inviolable; parce que, si le Fils est nommé après le Père, parce qu'il en vient; le Saint-Esprit vient aussi du Fils, après lequel il est nommé; et il est l'Esprit du Fils, comme le Fils est le Fils du Père. Cet ordre no peut être renversé : c'est en cet ordre que nous sommes baptisés, et le Saint-Esprit ne peut non plus être nommé le second , que le Fils peut être nommé le premier.

Adorons cet ordre des trois Personnes divines, et les mutuelles relations qui se trouvent entre les trois, et qui font leur égalité, comme leur distinction, et leur origine. Le Père s'entend lui-même, se parle à lui-même; et il engendre son Fils qui est sa parole. Il aime cette parole qu'il a produite de son sein, cl qu'il y conserve; et celte parole qui est en même temps sa conception, sa pensée, son image inlellecluelle éternellement subsistante, et dès là son Fils unique, l'aime aussi, comme un Fils parfait aime un Père parfait : mais qu'est-ce que leur amour; si ce n'est cette troisième personne, elle Dieu amour, le don commun et réciproque du Père et du Fils, leur lien, leur nœud, leur mutuelle union, en qui se termine la fécondité, comme les opérations de la Trinité? Parce que tout est accompli, tout est parfait, quand Dieu est infiniment exprimé dans le Fils, et inlinimeiit aimé dans le Saint-Esprit; el <|u'il se fait du P(-re, du Fils, et du Saint-Esprit, une Ircs-simple et très-parfaite unité : tout y retournant au principe, d'où tout vient radicalement el primitivement, qui est le Père, avec un ordre invariable : l'unité féconde .se mullipliant en dualité, c'est-à-dire, jusqu'au nombre de deux, pour se terminer en Trinité : en sorte que tout est un, et que tout revient à un seul et même |>rincipc.

C'est la doctrine des saints : c'est la tradition constante de l'Eglise catholique. C'est la matièro de noln; foi ; nou.s le croyons : c'est le sujet de notre esj)érance; nous le verrons : c'est l'objet de notre amour; <>ir I)iou, c'est aimer en uniiô lo l'ère, le Fils,

et i-Esprit; aimer leur égalité el leur ordre;

aimer, cl ne point confondre leurs opérations, leurs (;Ur ■■ communications, leurs rapports mutuels, cl [... qui Irr.s fait un, «;n les faisant trois : parce que le l'ère, qui csl un, el principo immuable d'un'ilf', 8c répand, ha communir|uesans se diviser, El

cette union nous est donnée, comme le modèle de la nôtre : 0 mon Père, qu'ils soient un en nous, comme vous, mon Père, êtes en moi , et moi en vous ; ainsi qu'ils soient un en nous*. 0 Dieu , Père , Fils, et Saint-Esprit, je me reconnais en tout el partout, fait à voire image, à l'image de la Trinité : conformément à celte parole : Faisons l'homme à noire image et ressemblance- : puisque môme l'union que vous voulez établir entre nous, est l'image imparfaite de votre parfaite unité! 0 charité I lu dois croître et le nuilli])lier jusqu'à l'infini dans les fidèles : puisque le modèle d'union et de communication qu'on le propose, est un modèle dont lu ne peux jamais atteindre la perfection : et tout ce que lu peux faire , c'est de croître toujours en l'imitant, en communiquant de plus en plus tout ce qu'on a à ses frères, lumière, instruction, conseil, correction quand il le faut; amour, tendresse, vertu , par l'édification cl le bon exemple, support mutuel; et à plus forte raison , biens , richesses, subsistance, el tout jusqu'au pain que nous mangeons , que nous devons partager avec les pauvres.

La mission du Saint-Esprit est expliquée. Nous en avons vu les effets égaux à ceux qu'a produits le Fils. Nous en avons vu l'origine dans l'éternelle coramunicalion des trois divines Personnes. Ecoutons la suite des paroles de notre Sauveur.

XXVJe JOUR.

Qu'est-ce à dire : Encore un peu de temps? (Joan., xvi. 16.)

« Encore un peu de temps , et vous ne me verrez plus : encore un peu de temps, et vous me verrez, parce que je m'en retourne à mon Père ^. »

Depuis le t- 9 du chapitre xiv, jusqu'à la fin, que Jésus-Christ sort de la maison; el dans le chapitre XV et dans le xvi", jusqu'à ce verset, Jésus-Christ a parlé seul sans disconlinuation, el sans être interrompu par ses disciples; si ce n'est par ce petit mot de saint Jude : « D'oîi vienl. Seigneur, que vous vous découvrirez à nous, el non pas au inonde'*? (' A quoi Jésus-Christ ne répond pas, ou n'y répond qu'indireclemenl, en continuant son discours. Ils l'interrompent ici plus ouvertement, en se disant les uns aux autres. « Que veut-il dire? Encore un l)eu , el vous ne me verrez plus : Et ils disaient : Oue veul dire ce peu de temps? Nous ne savons ce qu'il veul dire''. » El Jésus qui avait prévu cette interruption , et qui avait comme jeté cette parole pour y donner lieu dans le dessein d'en tirer une grande consolation el une grande instruction pour eux, reprend la parole en celle sorte : « Vous vous demandez les uns aux autres , ce que veut dire ce peu de temps : En vérité; en vérité, je vous le dis : vous gémirez : et vous pleurerez vous autres, et le monde se réjouira : mais votre tristesse sera changée en joie*. »

Il y avait quelque sorte d'ambiguïté dans ce discours du Sauveur : Encore un peu, et vous ne me verrez plus, etc. On pouvait entendre : dans peu vous cesserez de me voir; car je vais mourir : el dans peu vous me reverrez, car je ressusciterai : les ombres de la mort ne me peuvent pas retenir; cl il faut fjue je retourne à mon Père. Durant le temps

. Jo'in

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