‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 346 sur 851 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

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LA GENE. — SECONDE PARTIE

que je serai dans le tombeau, le monde triomphera, et il croira être venu à bout de ses desseins, et vous serez dans la désolation et dans l'oppression , comme un troupeau dispersé. Mais à ma résurrection qui suivra de près , la joie vous sera rendue, et la confusion à vos ennemis. C'est ainsi qu'on pouvait entendre ces prompts passages de la privation à la vue, et de la vue à la privation. Mais la suite nous fait voir que Jésus-Christ regarde plus loin. Nous cesserons de le voir : non précisément à cause qu'il ira à la mort; mais à cause qu'il montera aux cieux , à la droite de son Père : et nous le reverrons pour ne le plus perdre, lorsqu'il viendra des cieux une seconde fois pour nous y ramener avec lui. Ainsi ce qu'il appelle un peu de temps , c'est tout le temps de la durée de ce siècle ; tant à cause que ce temps finit bientôt pour chacun de nous , qu'à cause qu'en le comparant à l'éternité qui doit suivre, c'est moins qu'un moment.

I Apprenons donc que selon le langage du Sauveur, ' qui est celui de la vérité, tout ce qui est temps, n'est qu'un point , et moins que rien : et que ce qui dure, ce qui est véritablement, c'est l'éternité qui ne passe jamais. Comptons pour rien tout ce qui passe. Il y a près de dix-sept cents ans depuis l'ascension de Notre Seigneur : et tout cela devant Jésus-Christ, giu est le Père du siècle futur*, n'est peut-être qu'une très-petite partie de tout le temps qui se trouvera du jour de l'ascension à la fin du monde, que Jésus-Christ a compté pour rien. Les siècles sont donc moins que rien : mille ans valent moins qu'un jour selon cette mesure. Que serait-ce donc que les souffrances de cette vie, si nous avions de la foi ? Nos sens nous trompent : tout le temps n'est rien : tout ce qui passe n'est rien : accoutumons-nous à juger du temps par la foi. Selon cette règle, qu'est-ce que dix ans, qu'est-ce qu'une année , et un mois , et un jour de peine ? Et cependant celte heure nous parait si longue. Gens de peu de foi, quand serons-nous chrétiens? Quand jugerons-nous du temps par rapport à l'éternité?

XXVIIe .JOUR.

Tristesse changée en joie. (.Joan., xvi. 20.)

« Vous pleurerez, et le monde se réjouira : mais votre tristesse sera changée en joie^. » Disons ici avec cet ancien : Je ne veux pas me] réjouir avec le monde , de peur de m'afiliger un jour avec lui. Je ne veux pas, pour sa joie courte et trompeuse , m'atlirer l'accablement et le poids d'une éternelle douleur. Ne vous laissez pas tromper aux joies du monde, ni à cette fleur qui tombe du matin au soir. Ne nous abandonnons jamais à la joie; car c'est nous abandonner à l'illusion. Disons au ris : Tu es un menteur ; et à la joie : Tu nous trompes^. Les saints Pères ne voulaient pas qu'un chrétien s'abandonnât à la joie, jusqu'à rire avec éclat. Il faut nourrir dans notre cœur une sainte et salutaire tristesse par le souvenir de nos péchés, par la crainte du jugement de Dieu, et par un saint dégoût des biens du monde. Celte tristesse ne sera pas seulement changée en joie dans le jour de l'élernilé; mais dès le siècle présent, la joie de Jésus-Christ triomphera dans notre cœur : et c'est de ce fond de juie (pic goûtera au dedans un cœur allaché à Jésus-

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