XLII" JOUR
Comment le Pèredonne les élus au Fils. (Ibicl.).
Ils étaient à vous, et vous me les avez donnés''. Mais le Fils ne se les a-t-il y)as donnés lui-même? D'où vient donc qu'il disait dans le chapitre précédent : Ce n'est pas vous qui m'avez choisi : c'est moi qui vous ai choisis''. El quand le Père lésa choisis, si ce n'est pas par le Fils qu'il a fait ce choix, saint Paul aurait-il dit : que Dieu nous a choisis en lui et par lui^ : autrement il ne serait pas véritable que nous lui devrions tout, puisque
1. Luc, XVII. 5. — s. M'irc.,ix. 2.'i. — 3. Joan., i. 9. — 4. Iih'tn, xvir. 0. — .0. /hhl., xv. 10. — d. Ep/ies., i. 1, ô.
LA CÈNE. — SECONDE PARTIE
nous aurions été choisis sans lui? Entendons donc que le Père inspire à l'àme sainte de son Fils fait homme, de choisir ceux qu'il devait choisir; et le Fils, qui ne fait rien que ce qu'il voit faire à son Père' , les choisit après lui : et le Père ne veut pas que son choix ait son effet, jusqu'à ce que le Fils y soit entré. Mais le Fils, qui de son côté ne fait rien que selon qu'il voit la volonté de son Père , choisit ceux qu'il veut. Ainsi le Père qui dirigeait, animait, et inspirait la volonté de son Fils , était le premier qu'il choisissait : et c'est pourquoi le Fils dit : Ils étaient à vous, et vous me les avez donnés.
Et que dirons-nous du Fils comme Dieu? Ces bienheureux choisis de Dieu, n'élaient-ils pas à lui comme au Père? Oui sans doute, comme il dit après : Tout ce qui est à vous , est à moi : et tout ce qui est à moi , est à cous'^. Mais c'est son langage ordinaire de tout rapporter à son Père, de qui il lire lui-même son origine : et encore selon ce sens, ils étaient au Fils dès-là qu'ils étaient au Père. Tout leur est commun; et tout venant du Fils au Père , tout lui est aussi rapporté. C'est le langage du Fils, le langage mystérieux et sacré de sa mutuelle communication avec son Père, en un mot, le langage de la Trinité, que Jésus-Christ n'aurait point parlé devant les hommes, s'il ne les voulait introduire dans ce secret par la foi , pour un jour les y introduire parla claire vue. Croyons donc , et nous verrons.
XLIIIe JOUR.
Jésus parle ici des onze apôtres. (Joan., xvii. G-8.)
« Et ils ont gardé votre parole : ils ont maintenant connu , que tout ce que vous m'avez donné vient de vous; parce que je leur ai donné les paroles que vous m'avez données : et ils ont connu véritablement, que suis sorti de vous : ils ont cru que vous m'avez envoyé*. »
Il parle de ceux qui étaient actuellement avec lui. Judas s'était retiré incontinent après la cène, et n'avait aucune part au discours qui avait suivi. Ce traître s'étant retiré pour consommer son crime, et ensuite aller en son lieu''; on pouvait dire véritablement, de tous ceux qui étaient présents , qu'ils avaient reçu la parole, et qu'ils avaient connu que Jésus-Christ était sorti de Dieu : car ils venaient de lui dire : Nous croyons que vous êtes sorti de Dieu'^ : qui est la môme parole que Jésus-Christ répète ici; et il semble avoir approuvé comme véritable ce qu'ils lui disaient alors , en leur répondant : Vous croyez présentement? uodo creditis"? Mais encore que cela soit véritable jusqu'ici , et que les apôtres ne se soient pas encore démentis , il semble que Jésus-Chrit les regarde non-seulement dans l'état où ils étaient, mais encore et beaucoup plus dans celui où ils allaient être, incontinent après la descente du Saint-Esprit. Et de même que lorsqu'il dit qu'il a consommé iouvra;je que son Père lui a ordonné''; il ne parlait point seulement de ce qu'il avait fait jusqu'alors, et regardait principalement ce qu'il allait faire, qui était la plus essentielle partie et la consommation de ce grand ouvrage :
1. Joan., V. 19. — 2. Idem, xvii. 10. — 3. Ibi<l., G, 7, 8. — 4. Act., 1. 23. — 5. Joan., xvi.30. — 3. Idem, 31. — 4. Iliid., VII. 4.
ainsi tout ce qu'il dit à ses apôtres, regarde principalement l'avenir.
Et en effet, cette parole qu'il dit ici : Ils ont connu véritablement , semble regarder quelque chose de plus parfait dans la foi, que l'état douteux et chancelant où étaient alors les apôtres, qui dans un moment allaient tomber, non-seulement dans la faiblesse de l'abandonner, mais encore dans une entière incrédulité. C'est aussi ce que Jésus-Christ luimême venait de leur répondre, après qu'ils lui eurent dit : Nous croijoyis que vous êtes sorti de Dieu. Vous croyez maintenant? leur avait-il dit : l'heure est venue , que vous allez être dispersés , et que vous me laisserez seul ' ; comme s'il eût dit : Vous appelez cela croire? Est-ce croire, que d'être assez faibles pour me quitter dans un moment. Estce là connaître vraiment que je suis venu de Dieu? Une foi si vacillante méritait-elle cet éloge de la bouche du Fils de Dieu : Ils ont vraiment connu.
Quoi qu'il en soit, on ne peut douter que Jésus- Christ ne parle des onze qui l'écoutaient actuellement; et que ce ne soit, par conséquent, ceux qu'il regardait comme étant à lui , et comme lui étant donnés par son Père. Ecoutons donc ce qu'il en va dire : mais avant que de passer outre , remarquons que ceux qui sont véritablement à lui, sont ceux qui demeurent. Les autres sont de ceux, dont il est écrit : Ils étaient parmi nous, mais ils n'étaient pas des nôtres : ils n'étaient pas véritablement de notre troupeau : car s'ils en avaient été, ils y seraient demeurés^ ; mais leur sortie fait connaître que tous ceux qui sont parmi nous ne sont pas pour cela de notre société. Demeurons donc en Jésus-Christ, et Jésus-Christ en nous, afin d'être véritablement, c'est-à-dire, sincèrement et constamment, de ceux qui sont en lui.
XLIVe JOUR.
Jésus prie pour eux et pour ses élus. (Joan., xvii. 9, 10.)
« Je prie pour eux : je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que vous m'avez donnés, parce qu'ils sont à vous. Tout ce qui est à moi , est à vous; et tout ce qui est à vous est à moi : et j'ai été glorilié en eux*. » Il parle des onze , et de ceuxlà seulement, dont la foi et l'obéissance l'ont glorifié, selon ce qu'il avait dit : « Ils ont gardé votre parole, et ils ont cru, et ils ont connu que vous m'avez envoyé''. » \'oilà donc ceux qu'il a en vue, et pour qui il prie en cet endroit. Et lorsqu'il dit qu'il a clé glorilié en eux, il les regarde principalement dans l'étal où ils seraient rais après sa résurrection et la descente du Sainl-Esi)rit. Car c'est alors seulement qu'il a été véritablement glorilié en eux, ne l'ayant été que Ircs-faiblemenl jusqu'alors; et au contraire ayant été plutôt déshonoré par leur fuite et par leur incrédulité. Mais il i)rie Dieu de les affermir; et voilà, encore un coup, ceux pour qui il prie dans ce verset. Car priant ici principalement pour la formation de son corps mystique, qui est son Eglise, il commence par prier pour ceux qui en devaient être après lui les fondateurs par la prédication; et il prie ensuite pour ceux qui devaient croire par leur parole'^. Car c'est ainsi (juc tout le
1. Joan., XVI. 30,31,32. - 2. /. Joan., ri. 19 — 3. Joan , xvii. 9, 10. -- 4. Idem, 0, 7. S. — 5. Ibid., 20.