‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 357 sur 851 · Joan., xtn. J3, — 2. IcUm · texte numérisé non relu

Joan., xtn. J3, — 2. IcUm

Elle ne sait d'où lui viennent ces nouveaux désirs, qui vont peu à peu la détachant du monde, en sorte qu'elle n'en est plus , et qu'elle est à Dieu : pour accomplir cette parole de notre Sauveur : Je leur ai donné votre parole, et ils ne sont pas du monde, comme je ne suis pas du monde. Et le monde les hait , parce qu'ils ne sont pas des siens* : mais ils méprisent sa haine injuste et impuissante : injuste, puisqu'elle s'est premièrement attachée à Jésus- Christ : impuissante, puisqu'elle n'a pu empêcher sa gloire, ni l'accomplissement de la volonté de Dieu.

Ainsi les enfants de Dieu, que le monde hait, à cause que l'esprit de simplicité, de droiture et de justice est en eux, méprisent la haine du monde; et se trouvent trop honorés de goûter cette partie des opprobres de leur cher Sauveur. Qu'altendez-vous du monde après cela? Voulez- vous qu'il vous estime, lui dont vous devez plutôt désirer la haine? Quant à ce qui vous regarde , ayez la paix avec tout le monde : mais si le monde ne veut point avoir la paix avec vous, ni vous laisser en repos , que vous importe? Vous n'êtes pas du monde, et votre repos est ailleurs.

Llle JOUR.

Qu'est-ce à dire : « Garder du mal? » (Joan., xvii. 15.)

Je ne vous prie pas de les tirer du monde , mais de les garder du maP. Après ce que Jésus-Christ vient de dire de ses apôtres, il pourrait sembler qu'il les voulût retirer du monde , et qu'ils ne devaient plus y être après que lui-même il l'aurait quitté. Mais il fallait qu'ils y fissent leur temps , comme lui-môme l'y avait fait. Ils devaient luire comme de grands luminaires dans le monde : et Jésus-Christ qui avait dit de lui-môme : Je suis la lumière du monde^, avait daigné en dire autant de ses apôtres. « Vous êtes la lumière du monde; et des flambeaux qu'il ne faut pas mettre sous le boisseau , mais sur le chandelier, pour éclairer toute la maison^, » Et c'est pourquoi il dit à son Père : « Je ne vous dis pas, que vous les tiriez du monde; mais que vous les délivriez du mal, » dont le monde abonde; « tout le monde étant dans le mal, «disait saint Jean^. Ainsi en les laissant dans le monde, je vous prie de les garder du mal : que le monde ne les gagne pas par ses attraits; qu'il ne les épouvante pas par ses menaces. Mon Père, gardez-les du mal, et qu'ils soient dans le monde sans en être.

C'est la grande merveille de la grâce de Dieu, et c'est celte grâce que Jésus-Christ demande pour eux. Il nous apprend aussi à la demander, lorsqu'il nous enseigne à dire : Délivrez-nous du mal^. Mais nous le demanderions en vain, s'il ne l'avait auparavant demandé pour nous. « Mon Père, gardez-les du mal. Si le Seigneur ne garde une ville, ses sentinelles veillent en vain sur ses murailles : si le Seigneur ne garde une ville, ceux qui l'ont bâtie avec tant de soin, ont travaillé inulilemenl^. »

Mon Père, gardez-les du mal : Je m'unis, mon Sauveur, à votre prière; et c'est en vous et avec vous, que je veux dire, comme vous l'avez commandé : Délivrez-nous du mal.

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