Joan., XVH. 1 1, IG
l. M'iuh., V, 14, 1.J, 16. .
-- 7. Pu., ex XVI. 1.
- 2. /rf..»i , 15. — 3. Ihid., VIII. 12. — '). l. Joan.. V. 10. — 0. Matt/i., vi. 13.
LA CENE
SECONDE PARTIE
Lille JOUR.
Qu'est-ce que le monde? (Joan., xvii. 16.)
Ils ne sont pas du monde : et moi je ne suis pas du mondée Jésus-Christ ne se lasse point de répéter celte parole : parce qu'il veut que nous la goûtions. Goùtons-la donc : repassons-la nuit et jour dans notre cœur.
Mes hien-aimés, disait saint Jean, n'aimez pas le monde^. Ce n'est pas assez de ne l'aimer pas en général : il s'explique : ni tout ce qui est dans le monde; car que trouverez-vous dans le monde, si ce n'est la concupiscence de la chair, et l'amour des plaisirs des sens, où le cœur s'aveugle, s'épaissit, se corrompt, se perd : et la concupiscence des yeux , les beaux meubles, l'or et l'argent, les pierreries, tout ce qui contente les yeux : quoiqu'après tout que leur en revient-il? Possèdent-ils véritablement tout ce qu'ils voient? Ils ne font que l'effleurer par leurs regards; tout est hors d'eux : et aussi tout leur échappe. Fuyez donc aussi la concupiscence des yeux, la vanité, la curiosité, les vaines sciences : car encore que tout cela semble être en vous et vous repaître pour un moment, dans le fond tout est hors de vous, et se peut tellement effacer dans votre esprit, qu'il ne vous restera pas même le souvenir de les avoir eus. Voilà pourtant tout ce qu'il y a de plus beau dans le monde.
Mais il y a encore l'orgueil de la vie : l'ambition, les charges, les grands commandements, qui semblent rendre la vie, pour ainsi dire, plus vivante parce qu'on devient un homme public : on vit dans l'esprit de tout le monde, qui vous recherche , qui s'empresse autour de vous; et vous croyez plus vivre que les autres, et vous vous trompez. Car tout cela n'est qu'orgueil, c'est-à-dire, une vaine enflure : on croit être plein, on n'est qu'enflé : il n'y a que du vent au dedans , et tout ce dont vous vous repaissez, n'est que fumée.
Goûtons ces vérités, nourrissons-nous-en : Mes petits enfants, n'aimez donc pas le monde; parce que voilà ce que c'est que ce monde que vous aimez. Ces désirs, ces concupiscences ne sont pas de Dieu, et par conséquent n'ont rien de solide. Car le monde passe, et ses convoitises passent^ : ce sont comme des torrents qui passent avec grand bruit, mais qui passent : qui se jettent les uns dans les autres , mais qui passent : et autant celui qui reçoit, que celui qui vient de s'y perdre. « Le monde passe donc et ses convoitises : et il n'y a rien qui demeure , que celui qui fait la volonté du Seigneur'* : » parce que la parole de Dieu, qui ne passe pas, demeure en eux. Et c'est pourquoi il disait : « Je leur ai donné votre parole, et ils ne sont pas du monde. »
LIVc JOUR.
.IHua n'est pas du monde, ni ses vrais discijiles. (Joan., .Nvii. Il, 10.)
Qui pourra dire de bonne foi avec Jésus-Christ : Je ne suis pas du monde? Nous nous relirons dans nos cabinets : le monde nous suit. Nous fuyons dans le désert : le monde nous suit. Nous fermons cent portes sur nous, nous mettons sur nous cent serrures, cent grilles, si vous le voulez, cent murailles
1. Joan., XVII. 16. -- 2. /. Joan., ii. 13, 16. —'.i. Idem, 17. -- 4. Ibid.
closes; la clôture est impénétrable : le monde nous suit. Nous nous recueillons en nous-mêmes , le monde nous suit; et nous nous donnons à nousmêmes tout l'honneur que nous voulons, même celui que le monde nous refuse. Que ferai-je donc, pour quitter le monde qui me suit, qui vit en moi au dedans, et qui tient à mes entrailles? Et néanmoins il faut pouvoir dire avec Jésus-Christ : Je ne suis pas du monde; puisqu'il a dit : Ils ne sont pas du monde : comme je ne suis jms du monde. 0 Jésus! je le pourrai dire, quand vous aurez dit pour moi : Je ne vous prie pas de les tirer du monde ; mais de les garder du mal, c'est-à-dire, de leur ôter l'esprit du monde.
LVe JOUR.
Etre sanctifié en vérité, qui est sa parole. (Joan., xvii. 17, 18).
Sanctifiez-les en vérité. Votre jmrole que je leur ai donnée est la vérité. Comme vous m'avez envoyé dans le monde; ainsi je les envoie dans le monde; pour y être, non pour en être : et je me sanctifie moi-même pour eux, je m'offre, je me consacre, je me sacrifie, et je me rends leur victime, afin qu'ils soient sanctifiés en vérité; d'une véritable et parfaite sanctification : ou, qu'ils soient sanctifiés dans la vérité* ; dans moi qui suis la vérité même; ce qui revient dans le fond à la même chose.
Ces paroles sont hautes : Sanctifiez-les en vérité. Non-seulement elles nous élèvent au-dessus des sanctifications et des purifications de la loi, qui n'étaient que des figures et des ombres; au lieu que les chrétiens sont sanctifiés dans la vérité , qui est Jésus-Christ; mais encore elles nous apprennent, d'une façon plus particulière, quelle est la propre sanctification des chrétiens. Etre sanctifié, c'est être séparé. Pour être sanctifié dans la vérité, et à fond, à quelle séparation ne faut-il pas être venu d'avec toute créature et d'avec soi-même? 0 Dieu ! je suis effrayé , quand je le considère. Etre sanctifié dans la vérité, en sorte qu'il ne reste en nous que celle vérité qui nous sanctifie, et que tout le faux, tout l'impur soit ôté et déraciné; c'est quelque chose de si pur et de si parfait, qu'on ne peut pas y atteindre en cette vie. Mais seulement qu'il y faille tendre en vérité, sous les yeux de Dieu; c'est de quoi crucifier l'homme tout enlier.
Votre jmrole est la vérité. Celle parole est la vérité qui nous jugera un jour, selon ce que disait le Sauveur : « Celui qui me méprise, cl ne reçoit pas mes paroles , a un juge qui le jugera : la parole que j'ai prononcée, le jugera au dernier jour; parce que je n'ai i)oinl parlé de moi-môme, et que mon Père qui m'a envoyé m'a prescrit tout ce que j'avais à dire-. »
Ce jugement se commence dès celte vie , conformément à cette sentence de saint Paul : « La parole de Dieu est vive et efficace, et plus pénétrante (|u'un couteau à deux Iranchants : elle ])ercc jusqu'aux plus secrets replis de l'âme et de l'esprit : » divisant l'homme animal d'avec l'homme spirituel, cl discernant ce qui vient de l'un ou de l'autre : « elle entre jusque dans les jointures et les moelles^ : » elle découvre la liaison secrète de nos pensées et de nos désirs, jusqu'aux moindres fibres, et voit jusque dans nos os : c'esl-à-dire, ce qu'il y a de plus
I. ./oii/i., .wii. 17,18. —2. Iileni,\n.iS, 19. —.i.Hab.,i\. 12.
oui
MKDITATIONS SUR L'ÉVANGILE.
caché, de plus intime, aussi bien que ce quil y a de plus délicat, et de plus subtil dans nos pensées : « elle discerne les mouvements et les intentions du cœur; el rien ne lui est caché : tout est à nu et à découvert devant elle' : ^ comme on ouvre les entrailles dune victime à qui on a coupé la gorge: ainsi tout est ouvert à cette parole dont nous parlons.
Si l'ApOtre lait ici comme une personne de la parole de Dieu , c'est Jésus-Christ qui a commencé , lorsqu'il a dit : « Je ne vous jugerai pas; la parole que j'ai prononcée sera votre juge 2. » Celle parole prononcée par Jésus-Christ est l'image de la parole éternelle el substantielle, qui est Jésus-Chrisl même : el elle en fait en »iuelque façon les fondions dans les cœurs. Kilo nous juge donc, parce que c'est par elle, et selon elle, que nous serons jugés. Elle fait la séparation de toutes nos pensées, de tous nos désirs, de toutes nos intentions; de celles qui viennent de l'amour de Dieu, et de celles qui viennent de notre amour-propre. Cette parole est un llambeau allumé dans notre conir, el la lumière en pénclre partout, pour tout distinguer. Elle discerne où le bien et le mal se séparent, el l'endroit secret où ils se mêlent. Qui pourrait soutenir la rigueur de ce jugement'? Mais celle môme parole nous apprend que € si nous nous jugeons nous-mêmes, nous ne serons pas jugés'. » Elle nous apprend « que la miséricorde est exallée au-dessus du jugement : et que le jugement sans miséricorde ne sera que pour ceux qui n'auront point fait miséricorde''. » Ainsi celte parole nous munit contre sa propre sévérité : •et nous serons sanctifiés en vérité , selon cette parole , si nous confessons en vérité nos fautes et nos faiblesses.
( )h ! que la vue en est affligeante ! Oh ! qu'on aime à discourir de ses vertus, de ses lumières, de ses grftces! mais qu'on fuit de voir ses faiblesses, ses fautes ! Elles se présentent malgré qu'on en ail : mais on détourne les yeux. On parlera tant qu'on voudra de ses faiblesses en général , de son néant : mais quand on fait niellre le doigt dessus, l'on ne veut plus, l'on ne peut plus voir. Pourôlre sanctifié en vérité, il faut voir la vérité de ses fautes en particulier. Car c'est là ce qui rend l'huniililé véritable : toute autre humilité, celle qui se dit un néant, sans vouloir voir en quoi elle l'est, n'est qu'un orgueil déguisé. Il vaut mieux voir ses fautes, dit saint Augustin , que de voir toutes les merteilles de l'univers.