‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 359 sur 851 · LVI" JOUR · texte numérisé non relu

LVI" JOUR

Jétu» te sanctifie lui-même. (Joan., xvii. 18, 19.)

« C0.MME vous m'avez envoyé dans le monde, ainsi je les ai envoyés dans le monde : et je me sanclille moi-mémo pour eux, afin qu'ils soient aussi sancliliés en vérilé*. »

On voit ici la raison profonde, pourquoi il fallait que les ap'jtres fussent .sanctifiés en vérité. C'est que le Fils les envoyait flans le monde, comme son ï'ere l'avait envoyé dans le monde : mais en l'envoyant dan.s le monde, il l'avait sanctifié pour y aller, conformément '1 celte parole du Sauveur : «Celui que le Fére a sanctifié , <;t qu'il a envoyé

I. H'.h. ,iy. 13. — 2 Joan., xii. 4S. — ?.. t. Cor., xi. .'il. — 4. Jac, II. 13. — ô. Idem. xvii. \ii, ly.

dans le monde : vous dites qu'il blasphème, parce (pi'il s'appelle lui-même le Fils de Dieu'. »

Disons donc, qu'est-ce qu'a fait le Père céleste pour sanctilicr son Fils? D'abord, le sanctifier, c'est le déclarer sainl : ce que le Père céleste a fait par tant de miracles, que les dénions mômes lurent contraints de s'écrier : « Je sais qui vous ôles : vous êtes le saint de Dieu -; » le sainl qui êtes sainl de la sainteté de Dieu; le saint que Dieu a promis par tous les prophètes, et qu'ii a oint pour être le Saint des saints^. Mais il faut entendre non-seulement la manière dont Jésus-Christ est déclaré saint, mais encore celle dont il l'est et dont il l'a été fait.

Il est saint par sa naissance éternelle : et encore qu'il reçoive celle sainteté de son Père , comme il en reçoit son essence, il n'a non plus été fait saint, qu'il a été fait Dieu. Ainsi il ne convient à Jésus- Christ d'avoir été sanctifié, que selon sa nature humaine; et ce grand ouvrage fut accompli el manifesté au milieu des temps, lorsque le Saint-Esprit étant descendu sur la sainte Vierge, et la vertu du Très-Haut l'ayant couverte; « la chose sainte, qui naquit de celte bienheureuse Vierge, fut appelée le Fils de Dieu''. » C'est donc ainsi que Jésus-Christ a été sanctifié, pour être envoyé au monde, ou plutôt lorsqu'il y fût envoyé.

El ce qui rend celle sanctification plus glorieuse, et plus abondante; c'est qu'outre la sainteté personnelle de Jésus-Christ, il fut oint, consacré, sanctifié par sa charge de médiateur et de pontife, ayant été revêtu de ce divin sacerdoce qui lui avait été prédestiné, selon l'ordre de Melchisédech. Ce qui était encore une suite de sa filiation, selon ce que dit sainl Paul; « qu'il ne s'est pas ingéré de lui-même dans le sacerdoce, mais qu'il y a été appelé et nommé par celui qui lui a dit : Vous êtes mon Fils : je vous ai engendré aujourd'hui^. »

Celte sanctification de Jésus-Christ en qualité de pontife , en induit une autre du même Jésus en qualité de victime. Car ce divin sacrificateur ne devait pas, comme le grand-prèlre de la loi, offrir une victime étrangère, ni un autre sang que le sien : mais il devait paraître une fois pour abolir le péché ens'offrant lui-mrme^. Il était donc saint, et consacré à Dieu, non-seulement en qualité de pontife, mais encore en qualité de viclirae. « Et c'est pourquoi il dit à Dieu en entrant au monde : Vous avez rejeté les holocaustes et les sacrifices pour le péché : alors j'ai dit : Je viendrai moi-même^, » pour tenir la place de toutes les hosties.

C'est pour cela qu'il se sanctifie , qu'il s'offre , qu'il se consacre, comme une chose dédiée el sainte, au Seigneur. Mais il ajoute : Je me sanctifie pour eux, en parlant de ses apôtres; afin que participant par leur ministère à la grAce de son sacerdoce, ils entrent aussi en même temps dans son état de victime; et que n'ayant point par eux-mêmes la sainteté qu'il fallail pour être les envoyés el les ministres de Jésus-Christ, ils la trouvassent en lui.

Ce ne sont pas seulement les apôtres, mais encore tous les chrétiens, qui ont part à ce sacrifice , [* et au sacerdoce de Jésus-Christ. Saint Paul nous

1. Jo'iH., X. 30. — 2. Luc, IV. 31. — 3. Dan., ix. 24. — \. L'tc.,i. .35. — 5. //e/;.,5,6, 10. — 0. Idem, ix. 25, 26. — 7. 1'., xxxix. 7; 8, lleh., x. 5, 0, 7, etc.

♦. Le» mots qui sont entrBfloiix firoohets [] nose trouvent point dans le manuscrit orif<inal. {Edil. de Versailles.)

LA GENE

SECONDE PARTIE

apprend « à offrir nos corps comme une hostie vivanle, sainte, agréable à Dieu'. » Celui qui a une hostie à offrir participe au sacerdoce : et c'est ce qui fait dire à saint Pierre, que tant que nous sommes de chrétiens, « nous sommes un saint sacerdoce, offrant à Dieu des victimes spirituelles, qui sont acceptées par Jésus-Christ^; » et à saint Jean, dans l'Apocalypse; « que Jésus-Christ nous a faits rois et sacrihcateurs à notre Dieu^. » Ce ne sont pas seulement les apôtres qui sont sanctifiés par la part qu'ils ont au sacerdoce de Jésus-Christ : nous y avons tous notre part à cette manière. Tout ce qu'a fait Jésus-Christ nous appartient comme à eux.J Car les apôtres mêmes ne sont pas apôtres pour eux, mais pour les autres, comme disait l'apôtre saint Paul : « Tout est à vous, soit Paul, soit Céphas , soit Apollo : tout est à vous : et vous êtes à Jésus-Christ, et Jésus-Christ est à Dieu'^. Et encore : Dieu a mis en nous le ministère de réconciliation parce que Dieu était en Christ, se réconciliant le monde, ne leur imputant point leurs péchés : et il a mis en nous la parole de réconciliation ^. »

Voilà donc la mission des apôtres fondée sur celle de Jésus-Christ , et l'accomplissement de cette parole du Sauveur : « Comme vous m'avez envoyé , ainsi je les envoie^. » Vous m'avez envoyé pour réconcilier le monde; et je les envoie avec la parole et le ministère de la réconciliation, pour accomplir mon ouvrage. Et je me sanctifie pour eux, et pour tous ceux à qui je les envoie, afin qu'ils soient saints en vérité, par l'effet de mon sacerdoce , et par la perfection de mon sacrifice.

Voici donc les mots solennels du sacrifice de Jésus-Christ, par lesquels il s'offre lui-même pour nous : Sanctifiez-les en vérité : Je me sanctifie , ]Q me consacre moi-même pour eux, afin qu'ils soie^it sanctifiés en vérité'. Il fallait que nous eussions un tel pontife saint, innocent, juste, parfaitement séparé des pécheurs, et exempt de toute souillure, qui n'eût pas besoin d'offrir pour lui-même *, mais qu'il s'offrît lui-même pour le peuple. Lui qui ne connut jamais le péché , a été fait péché pour nous, c'est-à-dire , victime pour le péché , afin que nous fussions justice de Dieu en lui^. Il s'est revêtu de notre péché, pour nous revêtir de sa justice. C'est l'elïet de cette parole : Je me sanctifie pour eux.

Entrons donc avec Jésus-Christ dans cet esprit de victime. S'il se sanctifie, s'il s'offre pour nous, il faut que nous nous offrions avec lui. Ainsi nous serons sanctifiés en vérité, et Jésus-Christ nous sera donné de Dieu pour être notre sagesse, notre justice , notre sanctification et notre rédemption. Et l'effet d'un si grand mystère, c'est que celui qui se glorifie, ne se glorifie pas en lui-même '"; mais seulement en Jésus-Christ en qui il a tout. C'est donc ce que Jésus-Christ demandait pour nous, en disant : Je me sanctifie pour eux , afin qu'ils soient sanctifiés en vérité. Et il ne faut rien ajouter à ce commentaire de saint Paul, qu'une profonde attention à un si grand mystère.

l.Rom., XII. 1. — 2. /. Prt., II. 5. — 3. Apoc, v. 10. — 4. I.Cor., III. 22, 23, — 5. //. Joan., v. 18. 19. — 6. Joan., xvii. 18. — 7. Idem, xvii. 19. — 8. Heb., vu. 26, 27. — 9. //. Cor.,\. 21. - 10./. Cor. i. .W, 31.

LYIIe JOUR.

Jésus prie pour tous les élus : qu'ils soient Un. (Joan., xvii. 20.)

Je ne prie pas seulement pour eux : mais pour ceux qui croiront en moi par leur parole*. Heureux chrétiens! Jésus-Christ vous a tous en vue dans cette prière. En priant pour les apôtres qu'il envoyait au monde, il priait aussi pour ceux à qui il les envoyait. Mais pour confirmer notre foi, et nous déclarer davantage ses intentions , il a daigné s'expliquer en notre faveur, d'une manière plus expresse, par les paroles qu'on vient de voir. Et afin de nous faire entendre qu'il nous associe à ses apôtres, il demande pour nous la même grâce qu'il a demandée pour eux. Je tous prie, disait-il , qu'ils soient un comme nous. Voilà ce qu'il demandait pour ses apôtres. El que demande-t-il maintenant pour nous , qui devions croire par leur parole? Je vous prie, dit-il encore, que tous ils soient un, comme vous, mon Père, êtes en moi, et moi en vous ainsi qu'ils soient un en nous -.

Qu'ils soient un comme nous, qu'ils soient wi en nous. Il explique plus distinctement ce qu'il avait dit de notre unité. Qu'ils soient un comme nous; c'était-à-dire avec la proportion qui doit être entre l'original toujours parfait, et d'imparfaites images. Mais lorsqu'il dit : Qu'ils soient un en nous , il explique plus distinctement que l'unité est en Dieu comme dans la source, comme dans le centre, comme dans le premier principe, par qui et en qui nous sommes unis. Qu'ils soisnt un en nous : que nous soyons non-seulement le modèle, mais encore le lien de leur unité : qu'ils aient par nous, et par grâce , ce que nous avons par nature et de nousmêmes; qu'ils soient des ruisseaux qui se réunissent en nous, comme dans la source d'où ils tirent tout. Ainsi ils vivront tous d'une même vie, et ils ne seront qu'un cœur et qu'une âme.

Si les chrétiens sont un de cette sorte, ils sont heureux : car qu'ya-t-il de plus heureux, que d'être un dans le Père et dans le Fils? que d'être un véritablement, persévéramment , sans que rien nous puisse séparer? C'est ce qui nous sera donne dans la perfection, au siècle futur : mais c'est ce qu'il faut commencer ici par la sincérité de notre concorde.

Repassons souvent ces paroles : Ils n'étaient qu'un cœur et qu'une âme^. C'est par où a commencé le christianisme. Mais si nous tenions quelque chose d'une si belle origine, la charité seraitelle si resserrée, la concorde si rare, les aumônes si peu abondantes?

Le cœur de l'homme est si ennemi de la concorde, et de la paix, qu'au milieu de cette union primitive, qui ne faisait des premiers fidèles qu'un cœur et qu'une Ame, il s'éleva un principe de dissension entre les Grecs et les Hébreux , comme si les veuves des uns étaient plus négligées que celles des autres^. Les apôtres remédièrent bientôt à ce désordre : et ce fut ce qui donna lieu à la première promotion des diacres. 0 Dieu , réveillez dans votre Eglise cet esprit de charité apostolique , qui répare les dissensions qu'on voit répandues dans tous les ordres de l'Eglise I Au lieu de celle première unité,

1 Jofin.,\\ii. 20. —2. Idem, n, -20 ,2\. — 3. Act., IV. M — 4. Idem, vi. 1.

MKDITATIONS SUR L'ÉVANGILE.

on ne voil que jalousie, que mépris, que froideur outre tous les ordres, entre tous les particuliers. 0 Dieu , donnez-nous des Etiennes qui ne respirent que la charité, et qui entretiennent la concorde! 0 Dieu, mettez tin aux schismes, aux hérésies, aux guerres, aux jalousies des chrétiens! Gardez du moins, pacilîez, et unissez votre Eglise par toute la terre. Qu'il n'y ait qu'un même esprit, et un même cœur, comme il n'y a qu'une même foi '.

LVIIIe JOUR.

iniU et éyalité parfaite du l'ùre et du Fils. (Joan., xvii. 21.)

Comme cous , mon Père , êtes en moi , et moi en cous-. Ces façons de parler réciproques, dont la propriété et la force est de marquer une parfaite égalité, sont familières à Notre Seigneur. Ici il ne se contente pas de dire à son Père : Vous êtes en moi , s'il ne dit en même temps : Je suis en cous. L'n peu au-dessus : Tout ce qui est à moi, est à vous; et incontinent après : Tout ce qui est à vous , est à moi^. En un autre endroit : Personne ne connaît le Père, si ce n'est le Fils, et réciproquement : Personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père''. Toutes manières de parler naturelles au Fils de Dieu, pour marquer son unité parfaite avec son Père , et traiter en toutes manières d'égal avec lui : en sorte que s'il semble recevoir de son Père quelque avantage, en disant : Vous êtes en moi, il le lui rend en disant : et moi en cous. Ce sont paroles de société, d'égalité, d'unité parfaite; c'est un langage qui n'a lieu qu'entre le Père et le Fils, entre le Fils et le Père. Qui osera dire : Vous êtes en moi, et je suis en tous , que celui qui ne reconnaît de différence entre son Père et lui , que dans le rapport mutuel de Père et de Fils? De même, qui osera dire : Tout ce qui est à vous, est à moi ; et réciproquement : Tout ce qui est à moi, est à cous, sinon celui qui est un avec son Père? C'est déjà quelque chose de divin de pouvoir dire : Tout ce qui est à TOUS , est à moi : mais d'ajouter : Tout ce qui est à moi , est à cous, c'est montrer que l'avantage est égal : au Fils , d'avoir tout ce qu'a le Père; et au Père, d'avoir tout ce qu'a le Fils. Par ces divines' façons de parler, tout est égal; dans les personnes : Vous êtes en moi, et moi en tous : dans les biens : Tout ce qui est à moi , est à vous : tout ce qui est à cous, est à moi : dans la connaissance : Personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père ; et personne ne connaît le Père, si ce n'est le Fils. L'avantage est égal des deux côtés, en tout et partout. La gloire de recevoir n'est pas moindre que celle de donner. Celui qui donne reçoit, parce qu'il reçoit dans son sein ce Fils unique à qui il donne : et* s'il lui était inégal, il recevrait en lui-même quelque chose (|ui lui étant inférieur ne serait pas digne do lui. Tout nis est égal à son père par la nature : et c'est là le propre d'un fils. Que s'il y a quelque inégalité entre ces noms de père et de fils parmi les hommes, c'est que le fils n'est d'abord qu'un homme inijiarfail et commencé.

Il faut oier tout cela en Dieu , où il n'y a rien d'imparfait. Kt «i même parmi les hommes, le désir du père est que fvm Fils lui devienne égal en tout, en crois.sanl; combien plus le désir de Dieu doit-il

\. Bphe*., IV h. — i. Joan., xvii. 21. — .3. Idem, 10. — 4. Mitlh., XI. Î7.

être, pour ainsi parler, non que son Fils lui devienne égal, mais qu'il le soit en naissant. Car par ce moyen il ne dégénère du Père en aucun instant , étant d'abord tout parfait. Il faut ôler semblablemenl dans la nature divine, que le Père précède le Fils : car cela n'a point de lieu , où le temps ne se trouve pas, et où tout est mesuré par l'éternité. Qui ne voudrait être père d'abord, puisqu'ètre père, c'est l'effusion de la fécondité, et la démonstration de la plénitude? On voudrait donc être père d'abord, et n'attendre pas cela du temps : c'est le désir de la nature. Or tout le bien qu'on désire parmi les hommes, est naturel en Dieu, sans le désirer. Et d'ailleurs quel avantage est-ce parmi nous à un père, d'être devant son fils, si ce n'est d'avoir vieilli? Or comme Dieu ni ne change, ni ne vieillit; ni le Père n'a la prééminence de l'âge, ni le Fils n'a l'avantage de la jeunesse. Car, après tout, ce qu'on appelle la prééminence de l'âge n'est qu'un défaut de la nature qui en vieillissant tend à sa fin.

Tout cela est donc exclu en Dieu. Ni le Père n'est plus vieux, ni le Fils n'est plus jeune : car en cela il excellerait au-dessus du Père. Dans le Père qui est Dieu, et le Fils qui est Dieu aussi, l'antiquité est toujours également vénérable, comme la jeunesse est toujours également dans la fleur; parce que l'éternité, qui est toujours ancienne et toujours nouvelle, égale tout. El c'est pourquoi le Fils dit : Tout ce qui est à moi, est à vous ; et tout ce qui est à vous, est à moi, par conséquent l'éternité même : et de toute éternité je suis en vous, comme de toute éternité vous êtes en moi. Ainsi la gloire est égale : car s'il y a de la gloire pour le Fils d'avoir un tel Père, il n'y en a pas moins au Père d'avoir un tel Fils. Et si même parmi les hommes, où le fils nécessairement est moins que son père, et dégénère de lui, du moins en naissant si petit et si imparfait, on ne laisse pas de dire : U7i sage fils est la gloire de son père : combien plus le dira-t-on du Fils de Dieu? Si c'est la gloire d'un père d'avoir un fils qui n'est sage qu'à cause qu'il l'est devenu, quelle gloire pour le Père éternel, d'avoir un Fils qui est, en naissant et d'abord, la sagesse même?

Il est si beau d'avoir un tel Fils, que le Père en l'engendrant le conserve en soi. Parmi nous, avoir un fils, c'est le mettre hors de soi-même : en Dieu, avoir un fils, c'est le produire et le conserver éternellement dans son sein, comme quelque chose d'égal et aussi parfait que soi-même. C'est pourquoi il est unique, et il ne peut y en avoir deux : Le Fils unique qui est dans le sein du Père* . Il est unique, parce qu'il est parfait : il est unique, parce qu'il tire tout et épuise si parfaitement la fécondité, qu'un autre n'ajouterait rien à la gloire d'être Père. C'est pourquoi il demeure dans le sein du l^èrc, parce qu'il est digne par sa perfection, d'y être toujours; et tout immense qu'est ce sein du Père, il n'y a point de place pour un autre fils, parce qu'on ne peut en avoir qu'un, quand on l'a parfait.

Croyons donc la vérité de cette parole : Vous êtes en moi, et moi en vous. Et adorons également le Fils dans le Père, et le Père dans le Fils, parce qu'ôtant du nom de Père et de Fils tout ce qui marque imperfection, commencement, inégalité, il ne reste qu'une nature parfaite et parfaitement

1, Joan., I. 18.

LA GENE. — SECONDE PARTIE

commune. En sorte que si, du côté de l'origine, on met le Père devant le Fils; du côté de la perfection, on les met naturellement tous deux ensemble; et qu'on pourrait aussi bien dire, le Fils et le Père, qu'on dit, le Père elle Fils, selon aussi que l'ont dit quelques anciens, pour montrer, qu'entre le Père et le Fils, être le premier ou le second, n'emporte point d'inégalité, mais seulement une origine sans imperfection.

Pourquoi osons-nous parler de telles choses? Ne faudrait-il pas trembler, et adorer en silence un si grand mystère? Mais puisque Jésus-Christ a daigné nous en parler, nous pouvons en parler aussi; pourvu que ce soit avec lui, après lui et selon lui. Ajoutons, que ce soit encore pour la fin qu'il s'est proposée. Et quelle est-elle? Elle est admirable : Comme vous, mon Père, êtes en moi, et que je suis en vous; ainsi qu'ils soient un en nous : qu'il y ait entre eux, comme entre nous, une parfaite égalité , depuis le premier d'entre eux jusqu'au dernier : qu'il y ait une parfaite unité et communauté; que chacun puisse dire en quelque façon à son frère : « Tout ce qui est à moi, est à vous; et tout ce qui est à vous , est à moi. » C'est ce qui a été en effet, il le faut souvent répéter, dans la naissance de l'Eglise : « Et ils n'avaient qu'un cœur et qu'une âme. Et aucun d'eux ne disait qu'il eût quelque chose à soi; mais tout était commun entre eux'. » Cela a étéelTectif au commencement de l'Eglise; pour montrer que la disposition en devait être dans le fond de tous les cœurs. Et c'est pourquoi Ananias et Saphira, ces deux disciples qui violèrent la loi de celle communauté de l'Eglise, périrent dans leur malheureuse propriété. Pierre, qui était le chef de l'unité, les frappa; et le Saint-Esprit, à qui ces malheureux avaient menti, fit un foudre de la parole de ce saint apôlre, pour les faire mourir à l'instant^. Ainsi fut vengé le violerrlent de l'unité des fidèles.

Portons donc cette disposition dans le fond du cœur : communiquons : donnons : ne resserrons point nos entrailles : qu'aucun de nous ne regarde son frère avec mépris. Dans le fond tout est égal entre nous : la distinction superficielle qui nous élève les uns au-dessus des autres, regarde l'ordre du monde, mais ne change rien dans le fond. Nous sommes tous formés d'une même boue : nous portons tous également l'image de Dieu dans notre âme. L'homme n'a que la nature : le chrétien n'a que la foi. Que la charité égale tout; selon ce que dit saint Paul : qu'il faut établir l'éfjalilé. La consolation et l'aflliclion, le bien et le mal, tout doit être égal entre les frères. Et pour cela, celui qui est riche doit suppléer à ce qui manque au pauvre; afin , répète l'apôtre , que tout soit réduit à l'égalité, selon ce qui est écrit de la manne : que celui fiui en recueillait plus, n'en avait pas plus; et celui qui en recueillait moins, n'en avait pas moiyis'K Dieu veut donc de l'égalité entre les frères : c'està-dire que personne ne soit dans l'indigence, mais que le besoin de tout le monde soit soulagé, et l'inégalité compensée.

Le riche qui fait meilleure chère, qui est mieux vêtu , mieux logé , n'en est pas plus grand pour cela : au contraire, dans le fond il est plus pauvre,

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