LX« JOUR
Jésus fait pari de sa gloire à ses élus. (Joan., xvii. 22.) « Je leur ai donné la gloire que vous m'avez donnée : afin qu'ils soient un comme nous sommes un^. 1) Il la compte comme donnée, parce qu"il voulait nous la donner, et qu'elle sera le fruit du sacrifice qu'il allait oITrir pour nous.
1. Jonn., XVII. 10, 11,21. 23. —2. hlem , 51. — 3. Ibid., xiii 35. — 4. Ibi't., 23. — 5. Ihid., 22.
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
II commence ici à nous découvrir une nouvelle vérité, qui est qu'après avoir été un dans la charité sur la terre, nous serons un dans la gloire; et que la gloire qui nous sera donnée, sera celle de Jésus- Christ. Il parle ici de la gloire qui devait être donnée à Jésus-Christ selon sa nature humaine , en le ressuscitant. Cette gloire nous sera donnée, puisque nous aurons part à la gloire de sa résurrection. Bien plus, il a daigné dire dans l'Apocalypse : « Je donnerai à celui qui aura remporté la victoire, d'être assis dans mon trône: comme j'ai remporté la \icloire, et que je me suis assis avec mon Père dans son Irone'.
Toute la sainte cité, toute la société des saints, n'est qu'un seul trône de Dieu, qui a dit : Je serai en eiu'-. II sera comme un roi, qui, après avoir abattu le règne du péché et de la mort, établira son empire dans tous ses sujets, en les rendant clernellemenl et parfaitement heureux. Ce qui leur arrivera, parce que Dieu sera tout en tous^. Alors donc nous serons unis dans la gloire, comme sur la terre nous aurons été unis dans la charité et dans la grâce. Noire gloire sera celle de Jésus-Christ notre chef, qui se répandra sur tous ses membres : et la gloire de Jésus-Christ sera celle de son Père; laquelle se trouvant en lui par sa naissance éternelle, rejaillira sur l'humanité que le Fils de Dieu s'est unie. Voilà donc tout réduit en un par la gloire et la félicité éternelle; et pour être reçus dans celte gloire , il faut èlre un par la charité : car Dieu veut faire de ses fidèles un corps parfaitement un en Jésus-Christ : un corps dont l'unilé aille croissant, jusqu'à ce qu'elle se consomme, et reçoive sa dernière perfection dans le ciel.
Pour donc répondre au dessein de Dieu , nous ne pouvons nous unir assez avec nos frères , ni assez bannir tout ce qui peut faire entre nous la moindre division. Mon Dieu, plus que jamais je m'en vais rechercher en moi tout ce qui me divise de mes frères par quelque endroit que ce soit, les défiances, les jalousies, l'orgueil qui en est la source. L'orgueil lire loul à soi, veut tout pour soi : cl c'est là le principe de la division. Nous vivrions sans partage si nous vivions sans orgueil.
O vie sainte! ô vie heureuse que celle qui csl sans orgueil I c'est le vrai commencement de la vie éternelle. Commençons donc cette vie; et puisque Jésus-Christ ne cesse de nous inculquer celle unité, tournons toutes nos pensées, tous nos désirs, tous nos soins à l'établir dans notre cœur. Ayons toujours dans la pensée, toujours à la bouche ce précepte de saint Paul : Que chacun ne regarde pas ce qui lui contient, mais ce qui contient aux autres''. C'est là cette parfaite abnégation de soi-même tant aimmandée par Jésus-Christ. Soyons un de notre c<Hé, raème avec ceux qui ne veulent pas èlre un avec nous : n'ayons rien à nous : que tout notre déplaisir soit de ne pouvoir pas communiquer assez tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes. Cherchons les moyens de devenir, autant que nous pourrons un bien commun à tous, en nous faisant tout à loua, avec saint Paul'.
O charil/i! ft amour! ô compassion! ù condesccn-
I. ^foc in. 81. —2. Lev., xxvi. 12; // Cor., vt. 16; Apoc, »xi.3.— 3. /.Cor.. XV. 28. - 4. Philip., ,r, 4. — 5. /. Cor.,
dancet ô support! Aumône, libéralité, consolation, entrailles de miséricorde, paix entre les frères en Dieu notre Père, et en Jésus-Chrisl Noire Seigneur; vous êtes l'objet de mes vœux : je ne veux plus penser autre chose. Amen, amen.
LXIe JOUR.
],es élus consommés en Un. (Joan., xvit. 23.)
« Je suis en eux, cl vous en moi; afin qu'ils soient consommés, réduits en un : et que le monde connaisse que vous m'avez envoyé, et que vous les avez aimés comme vous m'avez aimé'. » Il revient toujours à celle sainte unité : elle fait les délices de son cœur; et il ne peut quitter un sujet qui lui plaît si fort.. Il va toujours approfondissant de plus en plus celle matière : et il nous apprend ici que la source de celle unité, c'est qu'il est en nous comme son Père est en lui.
Les saints Pères ont interprété ces paroles en celle sorte : Je suis en eux, par mon esprit; je suis en eux par ma chair que je leur donne dans l'Eucharistie. Je leur rends par ce moyen, tout ce que j'ai pris d'eux : je leur donne en môme temps tout ce que j'ai reçu de vous : ma divinité est à eux aussi bien que mon humanité. Dans l'humanité, qui est à eux et en eux, ils trouvent la divinité qui lui est unie : et ils en peuvent jouir comme de leur bien. C'est donc ainsi que je suis en eux : et vous , mon Père , vous êtes en moi. Tout est donc en eux, tout est à eux. Que leur faut-il davantage pour être parfaitement consommes en un? El néanmoins voici encore quelque chose de plus louchant. C'est, mon Père, que vous les aimez comme vous m'avez aimé. Ils ne sont enfants que par adoption et par grâce; et moi, qui suis Fils par la nature, j'ai trouvé cet admirable moyen de me les unir comme mes membres, afin que cet amour paternel, que vous avez pour moi, s'étendit sur eux : afin, conlinue-t-il, que l'amour dont vous m'avez aimé soit en eux , comme je suis aussi en eux^.
0 homme, regarde donc combien lu es chéri de Dieu ! Quoi, le monde le plaît encore? Quoi, tu peux penser autre chose que Dieu même? Il en faudrait mourir de regret et de honte. Il faut se taire ici dans une profonde admiration et action de grâces, en considérant, en goùlanl ce que nous sommes à Dieu par Jésus-Chrisl. C'est un mystère incITable cl inénarrable. Or si le monde le pouvait connaître, il connaîtrait en même temps que Jésus-Chrisl est vraiment envoyé de Dieu; et qu'un Dieu envoyé au monde ne pouvait rien enseigner ni opérer de plus grand !
LXIIc JOUR.
Gloire de Jésus : il vent que les élus y soient avec lui. (Joan., XVII. 24.)
« Mon Père, je veux que là où je suis, ceux que vous m'avez donnés y soient aussi avec moi : afin qu'ils voient la gloire que vous m'avez donnée; parce que vous m'avez aimé avant l'établissement du monde''. »
^fon l'ire, je veux. Jusqu'ici il avait dit : Je prie : il change de langage, cl il dit plus absolument : Je veux. En parlant aux hommes, il pouvait dire : Je veux, à même titre qu'il leur dit : Je vous commande. Car il est leur maître et leur seigneur :