‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 363 sur 851 · Joan., XVII. 6, 20. — 2. /. Joan., ut · texte numérisé non relu

Joan., XVII. 6, 20. — 2. /. Joan., ut

faite consommalion de l'œuvre pour lequel Jésus- Christ est venu; et c'est peut-être pourquoi il en demande l'accomplissement par ce Je veux si déterminé, si absolu, si aimable, et si doux à entendre aux hommes.

Parce que vous m'avez aimé avant V établissement

du monde. Il semble qu'il parle ici de l'amour qu'il

: a de loule éternité pour son Fils, qui lui est coéter-

j nel. C'est proprement cet amour qu'il a pour lui

j avant la constitution du monde. Car encore que le

Père éternel ait un amour éternel pour ses créatures,

par la volonté de les créer, et par celle de les rendre

heureuses : si c'était d'un amour semblable qu'il

voulût parler, il ne se distinguerait pas assez, ni

des hommes, ni des anges bienheureux qu'il a aimés

d'un semblable amour, quoique dans un degré fort

inégal.

Entendons donc que le Père a aimé son Fils avant l'établissement du monde; parce qu'il était ce Fils unique avant cet établissement, et qu'il était par conséquent aimé de son Père. Que faisait Dieu, s'il est permis de le demander, avant qu'il eût fait le monde? Il aimait son Fils, il le produisait dans son sein , il l'embrassait; il se l'unissait, ou plutôt il était un avec lui. Et pourquoi nous rappeler toujours à un si sublime mystère? Parce que c'est loule la source de noire bonheur. La source de notre bonheur, c'est que ce Fils que Dieu aime, et qu'il porte dans son sein avant que le monde fût, et de toute éternité, se soit fait homme; en sorte que ne faisant qu'une seule et même personne avec riiomme qui lui est uni, il aime ce tout comme son Fils : d'où il s'ensuit que répandant sur les hommes, qui sont ses membres, le même amour qu'il a pour lui; il s'ensuit, dis-je, que l'amour qu'il a pour nous est une extension et une effusion de celui qu'il porte dans l'éternité à son Fils unique. C'est la source de notre bonheur. C'est pourquoi Jésus-Christ nous y rappelle; et il veut que nous entendions par ces dernières paroles, combien est grande, combien est immense la gloire que nous verrons, et à laquelle nous aurons part en la voyant.

Que l'élévation de l'homme est un grand mystère ! Tout le mystère de Dieu, et toute cette éternelle et intime communication du Père et du Fils y est déclarée : et c'est ainsi que Dieu est tout à tous, selon l'expression de saint Paul '.

Chrétien, es-tu chrétien, si après cela lu languis encore dans l'amour des choses de la terre? Quand entendrons-nous que nous ne pouvons assez épurer nos pensées, nos affections, nos csprils et notre cœur? Seigneur Jésus, achevez; et après nous avoir montré de si sublimes vérités, élevcz-nous-y , et failes-les-nous aimer d'un pur et éternel amour.

LXIIIo JOUR.

Justice de Dieu inconnue eu monde . (Joan., xvii. 215.)

« Mon Père juste, le monde ne vous a pas connu-. » Jésus-Christ ne donne dans celle oraison que deux qualités à son Père : Mon Père saint; et : Mon Père juste.

Mon « Père saint , sanclifiez-les en vérité : je me sanctifie pour eux, afin qu'ils soient saints en vérité'; » par la communication de votre sainteté, qui est aussi la mienne. On pourrait entendre de même,

1. /. C'of., XV.28. —2. Jo'in. ,\-vii. 25. —3. Idem, ii. 17.19.

jlo

MEDITATIONS SUR L'ÉVANGILE

mon Père juste: parce que, comme dit saint Paul', t Dieu est juste, et jusliliant celui qui croit en Jésus-Christ. »

Mais la suite semble demander quelque chose de plus : « Mon Père, vous êtes juste, et le monde ne vous connait pas. » Non-seulement il est corrompu, et ne connait pas votre justice; mais c'est encore par votre justice que l'abandonnant à sa corruption, dont il ne veut pas sortir, et ne le peut de soi-même, vous le laissez privé de voire connaissance : « Le monde donc ne vous connait pas , et moi je vous connais : et ceux-ci ont connu que vous m'avez envoyé 2. » C'est ainsi qu'ils vous connaissent. Ils méritaient, comme les autres, de ne vous connaître jamais; mais moi, qui vous connais seul, et qui seul suis digne de vous connaître, je vous ai fait connaître à eux, en me faisant connaître moi-même; parce qu'ils sont ces petits et ces humbles, dont je vous ai dit ailleurs : « Je vous loue, mon Père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents de la terre, et vous les avez révélées aux petits : ainsi soit-il , mon Père, parce que vous l'avez voulu. Toutes choses me sont données par mon Père et personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père; et personne ne connaît le Père, si ce n'est le Fils , et ceux à qui le Fils le voudra faire connaître^. » C'est pourquoi il dit ici : « Le monde ne vous connait pas, » par la même vérité qui lui fait dire : « Vous avez caché ce secret aux sages du monde, » qui, enflés de leur vaine science, n'ont pas voulu se soumellre à la justice de Dieu : « ^lon Père juste, ceux-là ne vous connaissent pas : et moi je vous connais, et je vous ai fait connaître à ceux-ci, » qui ont su chercher la vérité dans la petitesse, et dans l'humble abaissement de leur esprit. Mon Père juste! faitesleur adorer en tremblant le juste et terrible jugement que vous exercez sur le monde, qui est privé de votre connaissance; et la merveilleuse miséricorde avec laquelle vous avez daigné vous faire connaître à ceux que vous avez séparés de la corruption.

Chrétien, rendez-vous petit, si vous voulez connaître Dieu, et en Dieu Jésus-Christ, de la manière qu'il le faut connaître pour être saint.

LXIVe JOUR.

Justice de Dieu inconnue aux priaomjtlueux. (Ibid.)

€ Mo.\ Père juste, le monde ne vous connaît pas. » Quoi, les Juifs ne vous connaissent-ils pas, eux qui ont votre loi? Et n'éles-vous pas celui dont il est écrit, que ses beautés invisibles, et sou éternelle rerlu et ditinité sont manifestées aux gentils par les f/urrarjes lUi votre puissance, en sorte qu'ils sont inejcusaWes''? Entendons donc de quelle manière Dieu n'est point connu du monde.

Il n'est point connu du monde : il n'est point connu de ceux qui présument d'eu.x-mèmcs; et c'est pourquoi .saint Paul ajoute, sur ces gentils qui ont connu Dieu , que se disant sages , ils sont devenus

fOUH*.

En ce sens les Juifs mômes ne l'ont pas connu; puisqu'ils '/ ont le zèle de Dieu , mais non pas selon la science; et qu'ignorant la justice que Dieu donne, el cherchant b;ur propre justice,,* celle qu'on croit

X.Rom II.. 2»; if. Joan.. xvii. 25, - 3. Malth., ix. jJ.5, W, ?7. — 4. /fom, I. SJ. — 5. /'iewi,22.

avoir de soi-même, cl ils n'ont pas élô soumis à la justice de Dieu'. »

Ainsi pour connaître Dieu de cette manière secrète, dont il assure que le monde ne le connait pas, il faut bannir toute présomption de notre propre justice, et reconnaître que « Dieu a tout renfermé dans l'incrédulité, afin d'avoir pilié de tous. 0 profondeur des richesses de la sagesse et de la science de Dieu! que ses jugements sont incompréhensibles , et que ses voies sont impénétrables I Car qui a connu les desseins de Dieu; ou qui est entré dans ses conseils? ou qui est-ce qui lui a donné le premier quelque chose, pour ensuite en recevoir la rclribulion? Parce que de lui, et par lui, et en lui sont toutes choses : la gloire lui en soil rendue dans tous les siècles. Amen 2. »

LXVe JOUR.

Lex élufi de Dieu en Jésus-Christ, comme ses membres et ses images. (Joan., xvii. 23, 26.)

Ceux-ci, les apôtres qui étaient présents, et en leur personne toute la société des enfants de Dieu qu'ils représentaient, « onl connu que vous m'avez envoyé, et je leur ai fait connaître votre nom, » comme il a déjà été expliqué, vos grandeurs, vos conseils, ce nom de Père : « et je le leur ferai encore connaître davantage , a(in que l'amour que vous avez pour moi soit en eux, et moi aussi en eux^. »

Voilà, dans la conclusion de la prière de Notre Seigneur, le dessein de tout le reste, el en particulier le dénouement de ce que nous avons vu au t. 24. C'est ce qu'il nous faut considérer avec attention el avec respect, comme la chose du monde qui nous doit le plus donner de consolation. Car c'est ici la dernière marcfue de la tendresse de Jésus-Ghrisl,

Je suis en eux''. Ils sont mes membres vivants : ce sont d'autres Jésus-Ghrisl, d'autres moi-même. Ils ont en eux son esprit, qui fait que la doctrine de Jésus-Christ reluit dans leur vie; qui les rend semblables à lui; qui les rend doux, humbles, patients, tranquilles dans le bien el dans le mal; soit que le monde les estime ou les méprise; soil qu'il leur fasse part de ses honneurs ou de ses rebuts; soit qu'il les invile , pour ainsi dire , à ses festins , comme il y a invité Jésus-Christ; ou qu'il les attache à la croix, comme à lalîn il y a mis le môme Jésus. En tout cela, l'esprit de Jésus qui est en eux, comme dans ses membres vivants , les rend semblables à lui , et leur fait suivre ses exemples ; en sorte qu'on voit en eux la vie et la mort de Jésus-Christ : la vie, parce qu'ils marchent sur ses pas; la mort, parce qu'ils portent l'empreinte de sa croix, et comme parle saint Paul, la mortification de Jésus'^. Ainsi le Père éternel ne voit en eux que Jésus-Christ : c'est pourquoi il les aime par l'ell'usion el l'extension du même amour qu'il a pour Jésus-Christ môme : et cet amour, en les embrassant comme les images, comme les membres de son Fils, répand sur eux la môme gloire que Jésus-Christ a reçue, en consô- (|ucnce de ce qui était dû à sa grandeur naturelle en tant que Dieu, et à ses soull'ranccs en tant qu'homme. Qu'y a-t-il à désirer davantage? Jésus- Christ même n'a rien de plus à nous donner. C'est pourquoi après avoir prononcé avec une tendresse

1. Rom., X. 2, :i. — 2. Idem, xi. '.ii, 33. 34, 35. 30. — 3. Jonu., xvii. 25, 26. — 4. Idem, 20. — 5. //. Cor., iv. 10

LA CENE. — SECONDE PARTIE

infinie ce grand et bienheureux mot, il met fin à sa prière; et il ne lui reste plus qu'à partir pour la consommer par son sacrifice.

On peut donc voir maintenant tout le dessein et toute la suite de cette prière : il commence par demander que son Père le glorifie; et celte glorification se termine à nous en faire part : en sorte que la perfection de la glorification de Jésus-Christ soit dans la nôtre : ce qui nous unit tellement à lui, que le Père même ne nous en sépare point dans son amour. Après quoi il faut se taire avec le Sauveur, et demeurant dans l'étonnement de tant de grandeurs où nous sommes appelés en Jésus-Christ, n'avoir plus d'autre désir que de nous en rendre dignes avec sa grâce.

LXYIe JOUR.

Père sami. (Joan., xvir. M.)

Mon Père saint, mon Père juste : ce sont les deux seuls noms que le Fils de Dieu donne à son Père : les deux seules qualités qu'il lui attribue ; ce qu'elles renferment est inexplicable.

Il est parlé dans celle divine oraison , de deux sortes de personnes dont les unes sont sanctifiées par connaissance de Jésus-Christ; les autres n'ont point cette connaissance , et sont privées de l'etTet de sa sainte prière , conformément à cette parole : « Mon Père juste, le monde ne vous connaît pas'. » Nous avons vu que c'est par rapport aux premiers que Jésus appelle son Père saint; parce qu'il est saint et sanctifiant, et auteur dans les âmes saintes de toute leur sainteté. Et nous avons dit aussi que c'est par rapport aux seconds que le Père est appelé Juste; parce que c'est par un juste et impénétrable jugement qu'ils sont privés de la sainteté que Jésus- Christ leur aurait donnée, s'ils l'avaient reçu.

On voit donc qu'il n'y avait rien de plus convenable que d'honorer ces deux attributs dans une prière dont ils contiennent tout l'elTet. Mais si je viens maintenant à la contemplation particulière de ces deux divines perfections, je m'y perds.

Je vois que ce qu'on loue, ce qu'on célèbre principalement en Dieu dans le ciel, c'est sa sainteté. Les séraphins, c'est-à-dire, les premiers et les plus sublimes de tous les esprits célestes, adorant Dieu dans son trône , n'en peuvent dire autre chose , sinon qu'il est saint; encore une fois qu'il estsaùif ; pour la troisième fois qu'il est saint'^, c'est-à-dire, qu'il est infiniment saint : saint dans sa parfaite unité : saint dans la trinilé de ses personnes : la première, comme le principe de la sainteté : et les deux autres , comme sorties par de saintes opéralions du sein même et du fond de la sainteté. Crions donc aussi : Saint , saint , saint ! et adorons la sainteté de Dieu.

La sainteté dans les hommes, est une qualité morale qui leur donne toutes les vertus, et les éloigne de tous les péchés. Rien n'est plus excellent dans les hommes que la sainteté : rien ne les rend si admirables, si vénérables. La saintclc les fait regarder comme quelque chose de divin, comme des dieux sur la terre : « J'ai dit : Vous êtes des dieux ; et vous êtes tous les enfants du Très -Haut'. » Quelle adoration ne doit donc pas attirer à Dieu sa sainteté infinie? La sainteté est en nous comme quelque

Page 1