Joan., XVII. 11. — 2. I.i.. vi. ?.. —3. Ps., lxxxi
chose d'accidentel , qu'on peut perdre : Dieu est saint par son essence ; son essence est la sainteté : le fond en est saint, il est sacré; tout y est sacré, tout y est saint. Profane, n'approchez pas, ne louchez pas : tout est saint : tout est la sainteté même. « Dieu est lumière, et il n'y a point de ténèbres en lui '. Dieu est celui qui est- : » et par son ôlre il est infiniment éloigné du néant. Il est saint , et par sa sainteté il est encore plus infiniment, si on peut parler ainsi, éloigné d'un autre néant plus vil et plus haïssable, qui est celui du péché. Sa volonté est sa règle, et celle de toute chose. Qu'y aura-t-il d'irrégulier dans la règle même ? Il n'est pas le saint par grâce, il est le saint par nature. Il n'est pas le saint sanctifié; il est le saint sanctifiant : toutes ses œuvres sont saintes, parce qu'elles partent du fond de la sainteté, et de sa volonté qui est toujours sainte, toujours droite, puisqu'elle est la droiture même , la règle même de toute droiture.
David se lève le matin, et il vient contempler la sainteté de Dieu : « Le matin je me présenterai devant vous, et je verrai que vous êtes Dieu, qui ne voulez point l'iniquité^; » qui ne pouvez la vouloir; qui êtes toujours saint, dont toutes les œuvres sont inséparables de la sainteté.
Demeurons avec David en silence devant la trèsauguste saintelé de Dieu. On se perd en la contemplant, parce qu'on ne la peut jamais comprendre; non plus que la pureté avec laquelle il faut s'en approcher.
Isaïe voit de loin le trône de Dieu, ce trône devant lequel sa sainteté est célébrée par les séraphins. J'ai vu , dit-il , le Seigneur sur un trône haut et élevé : et tout était à ses pieds; et tout tremblait devant lui : et je vis les bienheureux esprits qui approchent le plus près du trône ; et je n'entendis autre chose de leur bouche que celte voix : « Saint, saint, saint. Et je fus saisi de frayeur. Et je dis : Malheur à moi! parce que j'ai les lèvres souillées et que je demeure au milieu d'un peuple dont les lèvres sont souillées aussi : et j'ai vu de mes yeux le Roi dominateur des armées*, » de toute l'armée du ciel, de toutes celles de la terre. La sainteté de Dieu le fait trembler. Saisi à sa vue d'une sainte et religieuse frayeur, il s'en retire. Je ne m'en étonne pas. Il voit les séraphins mômes dans l'étonnement. S'ils ont des ailes pour voler, ce qui montre la sublimité de leurs connaissances, ils en ont pour se couvrir les yeux éblouis de la lumière et de la sainteté de Dieu. Tout embrasés qu'ils sont du divin amour, ils senlent que leur amour est borné, comme tout ce qui est créé : et par conséquent qu'il y a en eux, pour ainsi parler, plus de non amour, que d'amour : comme il y a aussi toujours plus de non cire, que d'être. El c'est pourquoi ils se cachent, et ils voilent de leurs ailes leur face et leurs pieds ; et se trouvent comme indignes de paraître avec une sainteté finie devant l'infinie saintelé de Dieu. Et le cri qu'ils font pour se dire l'un à l'autre Saint, saint, saint, fait voir l'effort dont ils oui besoin pour entendre cl pour célébrer la sainteté de Dieu, laquelle demeure au-dessus de tous leurs clTorls; en sorte qu'il n'y a que lui qui se puisse louer lui-même, et que c'est en lui qu'il faut trouver et connaître sa digne louange.
1. /. Jo'in., I. .5. -- 2. [;xoJ., l. Is., VI. 1, 2, 3, 4, 5, 6,7.
Ps , V.
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
Combien plu? ilovons-nous Iremblcr devant l'auguste et redoutable sainteté de Dieu avec nos péchés? Mais si un charbon de l'autel est appliqué à mes lèvres, si un de ces séraphins prend l'ordre de Dieu pour me loucher, connue Isaïe , de ce feu céleste ; alors je louerai Dieu avec des lèvres pures , parce que je l'aimerai d'un pur amour.
Ne croyons pas néanmoins que les séraphins, ni que les ministres de Dieu , quels qu'ils soient , fussent-ils élevés à leur degré par la perfection de leur amour, puissent nous purilier. Ils peuvent bien nous loucher les lèvres de ce feu divin par l'inspiration de quelques bonnes pensées; mais pour pénétrer dans le fond, pour nous embraser de 1 amour qui nous sanclilie, c'est le coup réservé à Dieu, qui plus iniin\f.> dans nos cœurs que le plus intime, allume et cache dans notre intérieur, et dans la moelle de nos os celle llamme sanclitiante et purifiante. Et c'est ainsi que s'accomplit celle divine prière : « Mon Père saint, sanctitiez-les en vérité : je me sanctifie pour eux '. »
Séparons-nous donc des pécheurs et de toute iniquité , en contemplant la sainteté de Dieu notre Père céleste. Car c'est ainsi que David, après avoir vu et conlemplé dès le matin, que Dieu est saint, et Jie teul point l'iniquité, c'est-à-dire, ne la veut jamais, ni par quelque endroit que ce puisse être; ajoute aussitôt après : « Et le méchant n'habitera point auprès de vous : et les injustes, les pécheurs ne subsisteront point devant vos yeux 2. » Encore un coup, séparons-nous donc des pécheurs : séparonsnous -eu, non -seulement par une vie opposée à leur; mais encore, autant qu'il se peut, en nous retirant de leur odieuse et dangereuse compagnie, de peur d'être corrompus par leurs discours et par leurs exemples, et de respirer un air infecté.
LXVIIe JOUR.
Père juste. (Ibid.)
Après avoir dit par Jésus-Christ et en Jésus-Christ, mon Père saint, nous pouvons dire aussi en lui et avec lui, mon Père juste.
Après avoir conçu la grâce par laquelle il nous sanctifie, et avoir admiré le bonheur de ceux qui l'ont reçue, nous viendrons à considérer ceux qui en sont justement privés; et nous adorerons les jugements d'un Dieu jusle, après avoir admiré les sanctifications d'un Dieu saint.
La vue de ces sanctifications n'a rien que de consolant. Mais quand il faut venir à considérer cette parole : Le monde ne tous connaît pas^ : et celleci : Je ne jtrie pas pour le monde'' : c'est là que l'on tremble : l'esprit est confondu, le cœur s'abat, cl il ne reste qu'à dire : Mon Père juste : tous êtes jusle, Seirjneur, et tous tos jugements sont droits''.
Gardez-vous bien de vous jeter dans ces profondeurs. Tant de nations qui ne connaissent pas Dieu, et qu'il laisse, comme dit l'Apôtre, aiicr dans leurx roies'^, à qui Jésus-Christ n'a pas seulement /;té nommé : tant d'hérétiques, tant de schismaliques, à qui on ôle dés leurenf;ince la connaissance de la vraie Egli.sc : parmi les vrais chrétiens, tant d'ingrats, tant d'esprits bouchés, lant de cœurs durs, lanl d'oreilles sourdes. 0 Dieu, je m'y perds! Que
I Joan..%7u. 11. 17, 19. 2, f',.. v. 6. - .3. Jonn., xvir 25. — i. Idem. W. — r,. l'i.. cxviii. 1.77. — 0. Acl.. xiv. 15.
dirai-je? Mon Père juste, c'est par votre juste et impénétrable jugement qu'ils sont endurcis. Qu'y a-t-il de plus jusle que de laisser à eux-mêmes ceux qui se cherchciil? Quelle punition plus convenable que celle qui punit l'homme par sa propre faute? Seigneur, m'élôverai-jc contre vous? Et parce que je vois périr dans un hôpital, où m'a réduit ma misère, une infinité de malades, merebcllerai-je contre le médecin qui daigne m'apporler un remède qui me guérit? Lui dirai-je : Je n'en veux point que je voie tout le monde guéri de même? Non, mon frère, prends le remède. Pourquoi le troubler de ceux qui périssent, à qui tu vois quelquefois rejeter avec chagrin et aveuglement le secours qu'on leur présente? Ce n'est pas là ce que le céleste Médecin demande de toi. Reçois humblement le remède, et laisse à la divine Providence ceux que lu en vois privés. Crois seulement que nul ne périt que par sa faute : que dans ce grand hôpital de Dieu, dans le monde, où tout est malade , il n'y a point de mal qui n'ait son remède; et que tous les secours qui se donnent dans l'univers, dans quelque lieu que ce soil, à qui que ce soit, dans quelque degré que ce soit, se dispensent avec équité cl avec bonlé, sans que personne se puisse plaindre.
Quand donc nous entendons ces paroles : Le monde ne vous connaît pas : ne demandons point, comme fit saint Jude : Seigneur, d'où vient que tous vous ferez connaître à nous et non pas au monde*? Car Jésus-Christ ne répond pas à cette demande, et il répond seulement : Celioi qui m'aime gardera ma parole. C'est-à-dire : Ne soyez point curieux de savoir pourquoi Jésus-Christ est caché au monde : ce n'est pas là votre affaire : votre affaire est de profiter de la lumière qui vous est donnée. Pour vous, et pour Ions ceux qui sont sanctifiés, adorez Dieu qui est saint. Pour les autres, qui sont justement privés de la grâce qui vous sanctifie, adorez Dieu qui est juste : c'est à ces deux points qu'aboutit toute la prière de Notre Seigneur.
En passant, où sont ceux qui veulent que ce soit déroger à la perfection de la contemplation, que de s'attacher aux attributs divins, auxquels il faut, disent-ils, préférer la contemplation de son essence? En savent-ils plus que Jésus-Christ, qui, dans la plus haute oraison qu'il ait daigne nous manifester, dit : Mon Père saint, mon Père junte î Qui sait ce que c'est que l'essence de Dieu? Mais qui ne sait, ou ne doit savoir que c'est son essence qu'on adore sous le nom de sainteté et de justice? Célébrons donc sans fin ces deux divins attributs. Disons avec David : 0 Seigneur, je vous chanterai miséricorde et jugement- : parce que c'est dire avec Jésus-Christ et en Jésus-Christ : Mon Père saint, mon Père juste.
LXVIIIe JOUR.
La prière de Jésus-Christ après la cène, est l'abrégé du sermon qui la précède.
En repassant sur la prière de Jésus-Christ, on verra qu'il y ramasse toute la substance du sermon de la cène. S'il dit dans sa prière, que ses apôtres ne sont pas du monde, c'est ce qu'il avait dit auparavant. S'il dit qu'il quitte le monde : il avait dit : « Je suis sorti de Dieu, pour venir au monde : et maintenant je quitte le monde, [)our retourner à Dieu. »