Joan., XIV. 22, 23. — 2. Pa., c
LA GENE
SECONDE PARTIE
Comme il avait donné l'amour et l'union de ses disciples, comme la marque de son école, il inculque la même chose dans sa prière'. Ces paroles : « Vous connaîtrez en ce jour-là, que je suis dans mon Père, et vous en moi et moi en vous ^, » reviennent à cellesci : « Je suis en eux : et vous en moi; » et à cellesci : « AQn que l'amour que vous avez pour moi soit en eux, comme je suis en eux^. » Ce qu'il promet par ces paroles : « Là où je suis, celui qui me sert y sera aussi ^, » il le demande à son Père parcelleci : « Là où je suis, je veux, mon Père, que ceux que vous m'avez donnés, y soient aussi avec moi*. » Cela nous montre deux vérités. L'une, que ce qu'on enseigne aux hommes, doit être aussi la matière de ce qu'on traite avec Dieu dans la prière. La seconde, que la même chose qui fait la matière du commandement, et celle de la promesse, fait en même temps la matière de la prière : parce qu'on doit demander à Dieu l'observation des commandements, et l'accomplissement de ses promesses : Ce qu'il promet, dit saint Paul®, il est puissant pour le faire. Et saint Augustin disait aussi en parlant des commandements : « Accordez-moi ce que vous me commandez. » Il ne dit pas : Accordez-moi ce que vous me promettez, ce qui serait naturel; mais : Accordez-moi ce que vous me commandez ; qui est la même chose que s'il disait : Accordez-moi ce que je dois faire, c'est-à-dire, faites en moi mon action propre. Ce qui est conforme à la parole de Jésus-Christ , qui , après avoir commandé la charité fraternelle, et l'union de ses fidèles, demande à Dieu qu'il la fasse en eux, et qu'ils soient consommés en un.
Unissons-nous à la prière sainte de Jésus-Christ : rappelons en notre mémoire, et méditons devant Dieu, les vérités qu'il nous enseigne, et surtout médilons-y ce qu'il nous promet, et ce qu'il commande , pour obtenir en Jésus-Christ et par Jésus- Christ l'accomplissement de l'un et de l'autre, et autant de ce qui dépend de nous , que de ce qui dépend de Dieu.
Apprenons la liaison sainte de la promesse, du commandement et de la prière. Le commandement nous avertit de ce que nous avons à faire. La promesse nous avertit de ce que nous avons à espérer ; et l'une et l'autre nous avertissent de ce que nous avons à demander, à celui sans lequel nous ne pouvons rien espérer, ni rien faire.
LXIXe JOUR.
Ferme foi en Jésus vrai Messie. (Joan., xvii. 25, 8.)
Ils ont connu que vous m'avez envoyé'' : ils l'ont connu avec une ferme foi et une persuasion aussi forte, que celle qu'on a des choses dont on est le plus assuré : Ils Vont connu véritablement^ , comme il l'a dit : tout est là-dedans : et cela posé , tout s'ensuit. Heureux ceux à qui Jésus-Christ rend ce témoignage! Examinons-nous nous-mêmes sur cette importante disposition de notre cœur. Ecoulons saint Paul, qui nous dit : « Examinez-vous vousmêmes , si vous êtes dans la foi : éprouvez-vous vous-mêmes^. » Voyez combien il presse , combien il inculque. « Examinez-vous, éprouvez-vous. »
1. Joan., XVII. 16; xv. 18, 19; xvi. 33; xvii. 11; xvi. 28; xv. 12, 17; XIII. 34, 35. — 2. Idem, xiv. S20. — 3. Ibid., xvii. 23, 20. — 4. Ibid., XII. 26. — 5. Ibid., xvii. 24. -- 6. Rom., iv. 21. — 7. /oan., XVII. 25. — 8. Idem, 8. -- 9. //. Cor., xui. 5.
B. — T. II
Croyez-vous avec une pleine certitude que Jésus- Christ soit véritablement envoyé de Dieu? Quelle raison pourriez-vous avoir de ne le pas croire? N'at-on pas vu en lui toutes les marques que les prophètes et les patriarches avaient données du Christ qui devait venir? N'a-t-il pas fait tous les miracles qu'il fallait faire , et dans toutes les circonstances qu'il les fallait faire, en témoignage certain qu'il était celui qu'on devait attendre , et le véritable envoyé de Dieu ?
Quel autre que lui a donné aux hommes une morale si sainte, si pure, si parfaite? Et qui a pu dire comme lui : Je suis la lumière du monde'? Où trouverons-nous plus de charité envers les hommes; de plus saints exemples, un plus beau modèle de perfection ; une autorité plus douce ; plus insinuante, plus ferme; une plus grande condescendance pour les faibles, pour les pécheurs jusqu'à s'en rendre l'avocat, l'intercesseur, la victime? C'est ce qu'il explique lui-même par ces aimables paroles : « Venez à moi, vous tous qui êtes oppressés, et affligés, et je vous soulagerai : approchez, et apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes : car mon joug est doux, et mon fardeau est léger ^. » Il faut à l'homme un joug, une loi, une autorité, un commandement : autrement, emporté par ses passions, il s'échapperait à lui-même. Tout ce qu'il y avait à désirer, c'est de trouver un maître comme Jésus-Christ , qui sût adoucir la contrainte, et rendre le fardeau léger. Où trouverons-nous la consolation, l'encouragement, et les paroles de vie éternelle, si nous ne les trouvons pas dans sa bouche? Croyez-vous bien tout cela? C'est la première partie de cet examen.
Mais quand nous aurons dit : Oui, je le crois, je le reconnais avec cette plénitude de la foi^, dont parle saint Paul ; avec une pleine et entière persuasion'' : saint Jean viendra nous dire, avec sa divine et incomparable douceur : « C'est en cela que nous savons que nous le connaissons , si nous gardons sa parole. Celui qui dit qu'il le connaît, et ne garde pas sa parole , c'est un menteur, et la vérité n'est pas en lui. » Et un peu après : « Celui qui dit qu'il demeure en lui, doit marcher comme il a marché^, » et suivre ses exemples. Bien certainement, « il y en a qui le confessent de bouche, el qui le renoncent par leurs œuvres^. » Saint Paul l'a dit : et saint Jean a dit : « Mes petits enfants, aimons non de bouche, et de la langue, mais en œuvre et en vérité^. » Sommes-nous ou ne sommes-nous pas de ceux-là? Qu'avons-nous à nous répondre à nous-mêmes là-dessus? C'est la secondo partie, encore plus essentielle que la première , de l'examen que nous faisons.
Et la troisième, la plus importante de toutes : « Si notre cœur ne nous reprend pas, et que nous marchions devant Dieu avec confiance* : » si nous tâchons de vivre, de sorte que nous soyons les enfants de la vérité, du moins que nous travaillions à le devenir, et que « nous en puissions persuader notre cœur en la présence de Dieu : » croyons-nous bien , que c'est là un don de Dieu, conformément à
1. Joan.. VIII. 12. — 2. Matlh.. xi. 28,29, 30.— 3. Ileb., \. 22. -- 4. /. Thess., i. 5. -- 5. /. Joan., ii. 3. 4, 6. -- 6. TU., 1. 16. — 7. /. Joan.. m. 18. — 8. Idem, 21, 29
MÉDITATIOiNS SUR L'ÉVANGILE.
celle parole : « La paix soil ilonnoo aux rrères, à la charito avec la foi par Dieu le Père, et par Jésus- Clirisl Noire Seigneur', en sorle que nous n'avons poinl à nous en glorilior, mais plulol à nous humilier jusqu'aux enfers ; parce que nous n'y avons apporlé du nôlre , à ce lel quel commencement de bonnes œuvres, que misère, pauvreté, el corruplion ; el que si c'est se perdre que de s'écarter de la verlu , c'est se perdre encore beaucoup plus d'en présumer.
Après cela , il ne reste plus qu'à confesser nos péchés, non avec découragement et désespoir, mais avec une douce espérance : parce que le même saint Jean a dit , « Que si nous confessons nos péchés , il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés-, et pour nous purifier de toute iniquité'^. » Remarquez, fidèle et juste : non qu'il nous doive rien : mais à cause qu'il, a tout promis en Jésus- Christ. En sorle que pour pouvoir espérer de lui notre rémission el notre grâce, il suiïit de croire qu'il a envoyé Jésus-Christ, parce que bien conslamment , il n'est envoyé que pour être par son sang la propitiation de tws fautes^.
LXXc JOUR.
Dieu Père el Fils. (Joan,, xvii. 3, 5, 10, 21, 23.)
On ne peut quitter cette divine prière de notre Seigneur, ni le discours qui la précède, et qui en a, comme on a vu , fourni la matière. On lit el on relit ce discours, ce dernier adieu, cette prière de Jésus -Christ, et, pour ainsi dire, ses derniers vœux, toujours avec un nouveau goût, et une nouvelle consolation. Tous les secrets du ciel y sont révélés, et de la manière du monde la plus insinuante el la plus touchante.
Quel est le grand secret du ciel, si ce n'est celle éternelle et impénétrable communication entre le Père, le Fils, et le Sainl-EsprilY C'est là, dis-je, le secret du ciel , qui rend heureux ceux qui le voient, el qui n'avait point encore été parfaitement révélé : mais Jésus-Christ nous le révèle ici d'une manière admirable.
Qui dit un Père , dit un Fils; et qui dit un Fils , dit un égal dans la nature ; et qui dit un égal dans une nature aussi parfaite que celle de Dieu, dit un égal en toute perfection : en sorle qu'il n'y puisse avoir de premier el de second , que par une sainte, parfaite et éternelle origine.
C'est ce que Jésus-Christ nous fait entendre, lorsqu'il demande à son Père, la claire manifestation de la gloire qu'il avait en lui * : Apud te : Chez vous et dans cotre sein, deranl que le monde fût fail^. Celle gloire qu'il avait dans le sein de Dieu , ne pouvait être que celle de Dieu môme : laquelle , et celle gloire du Fils, étant toujours, el précédant tout ce qui a été fait, par conséquent n'a point été faiie; par conséquent elle est incréée, et la même que celle du Père, Cela est ainsi, cl ne peut pas être autrement.
Le Fil.s égal à son Père, est pourtant en même
temps son etitoyé, à cause qu'il sort de iwi". Il en
' ' 'i , pour venir au monde : voilà comme il est
Il quille le monde pour y retourner : voilà
le terme de la mission : voilà tout ce qu'est Jésus-
I. Epht*. »i. 23. -. 2. /, Joan., i, 0. — 3. Idem, ii. 2. — i. Joan.,i. \ — ' /^«m, XVII. 5. — 0. /6W., XVII. 28;xvii.8.
! Christ en sa personne, parfaitement égal à Dieu j qui l'envoie, puisqu'il est son propre Fils, Dieu ne voudrait point avoir un Fils qui serait moindre que lui, cl qui ne le valût pas. Pardonnez, Seigneur, ces expressions : ce sont des hommes qui parlent. Quand on dit : Dieu ne voudrait pas, c'est-à-dire, que ce serait une chose indigne de lui, et qui par conséquent ne peut pas être. C'est pourquoi, en tout et partout, il traite d'égal avec son Père : « 'Tout ce qui est à vous , est à moi : tout ce qui est à moi , est à vous* : » cela ressent une égalité parfaite et des deux côtés : c'est plus que si l'on disait qu'on est son égal : car c'est plus de traiter d'égal avec lui, que d'énoncer simplement celle égalité.
Mais voyons ce qu'est Jésus-Christ par rapport à nous. Il est, comme son Père, notre bonheur : « Connaître son Père et lui, c'est pour nous la vie éternelle. » C'est pourquoi il dit : « Celui qui m'aime, sera aimé de mon Père, et je l'aimerai, et je me manifesterai à lui^. » C'est là le grand efTet de mon amour : c'est par là que je rends les hommes éternellement heureux. Et il ajoute : « Celui qui m'aime, gardera ma parole, et mon Père l'aimera : el nous viendrons à lui , et nous y ferons notre demeure 3. »
Nous viendrons, en société, mon Père et moi. Qui jamais a pu ainsi s'égaler à Dieu? Nous viendrons : car nous ne pouvons venir l'un sans l'autre : Nous viendrons : car ce n'est pas tout d'avoir le Père; il faut m'avoir aussi. Nous viendrons. Qui peut venir au dedans de l'homme , pour le remplir et le sanctifier intérieurement, que Dieu même? Nous viendrons en eux , et nous y demeurerons : ils seront notre commun temple, notre commun sanctuaire : nous serons leur commune sanctification , leur commune félicité, leur commune vie. Que peut-il dire de plus clair, pour se mettre en égalité avec son Père, la meilleure manière de le dire, c'est de le montrer par les efTels, 0 homme : que désirez-vous? d'avoir Dieu en vous. Et afin que vous l'ayez pleinement, mon Père et moi nous viendrons dans ccl intérieur : si vous désirez de m'avoir en vous, en désirant d'y avoir Dieu : je suis donc Dieu. C'est ainsi que les fidèles seront un : parce que tous ils auront en eux le Père et le Fils, et qu'ils en seront le temple : Ils seront un , dit Jésus-Christ, mais ils seront un en nous''. Nous serons le lien commun de leur unité : parce qu'étant mon Père et moi parfaitement un, toute unité doit venir de nous; et nous en sommes le lien comme le principe.
C'est la première partie du secret divin : l'unité parfaite du Père et du Fils, aujourd'hui parfaitement révélée aux hommes : pour leur faire entendre combien leur union doit être sincère et parfaite à sa manière : puisqu'elle a pour modèle et pour lien, l'unité absolument parfaite du Père et du Fils, et leur éternelle et inaltérable paix.
LXXJe JOUR, Dieu Saint-Esprit. (Joan., xiv. 16, 17, 26.)
. Venons maintenant au Saint-Esprit : « Je prierai mon Père, et il vous donnera un autre consolateur, pour demeurer éternellement avec vous"'. » Un autre consolateur! Un consolateur à la place de Jésus-
1. Joan., xvii. 10. — 2. Idem, xvn. 3; xiv. ïil. —3. Ibid., xiv. ÏS. — 4. Ihùl.., XVII. '<!1. — r,. Ibid., XIV. 10.
LA CENE
SECONDE PARTIE
Christ, s'il est de moindre vertu et de moindre dignité, afflige plutôt qu'il ne console. Ainsi un consolateur à la place de Jésus-Christ, ce n'est rien moins qu'un Dieu pour un Dieu. Et c'est pourquoi si le Fils vient en nous, et y demeure comme le Père, le Saint-Esprit y demeure aussi, et y esf', comme le Père et le Fils. Il habite avec eux dans notre intérieur; comme eux il le vivifie. Nous sommes son temple, comme nous le sommes du Père et du Fils. « Ne savez-vous pas, dit saint Paul, (( que vous êtes le temple de Dieu , et que son Esprit habite en vous^? Ne savez-vous pas que vos membres sont le temple du Saint-Esprit, qui habite en vous, et que vous n'êtes pas à vous-mêmes^? Car un temple n'est pas à lui-même , mais au Dieu qui y habite. Celui-là donc qui demeure en nous et qui y est, selon l'expression de Jésus-Christ, comme le Père et le Fils, est Dieu comme eux : et si j'ose parler ainsi, il fait en nous acte de Dieu, quand il y habite et qu'il nous possède.
« Il vous enseignera toute chose : et il vous fera ressouvenir de ce que je vous aurai dit^ : )•> Paraîtrat-il aux yeux? Parlera-t-il aux oreilles? Non : c'est au dedans qu'il tient son école : il se fait entendre dans le fond. C'est aussi ce même fond où le Père parle, et où l'on apprend de lui à venir au Fils. Qui peut parlera ce fond, sinon celui qui le remplit, et qui y agit, pour le tourner où il veut, c'est-à-dire. Dieu? Le Saint-Esprit est donc Dieu : et c'est encore un acte de Dieu que de parler et se faire entendre au dedans le plus intime de l'homme.
« J'ai beaucoup de choses à vous dire : mais vous ne les pouvez pas encore porter : mais l'Esprit de vérité viendra, qui vous enseignera tout^. » C'est à lui que sont réservées les vérités les plus hautes et les plus cachées : et il lui est réservé en même temps d'augmenter vos forces, pour vous en rendre capables. Qui le peut, si ce n'est un Dieu? Il est donc Dieu.
« Et il vous annoncera les choses futures^. » Il veut dire que c'est cet Esprit qui fait les prophètes; qui les inspire au dedans; qui leur découvre l'avenir : car il sait tout, et ce qui est même le plus réservé à Dieu. Il est vrai, dit le Fils de Dieu, qu'il ne dit rien, que ce qu'il a oui'' : mais il n'a pas ouï autrement que le Fils de Dieu : il a ouï ce qu'il a reçu par son éternelle possession, comme le Fils a ouï ce qu'il a reçu par son éternelle naissance.
Car il faut entendre que cet Esprit procède du Père , d'une manière aussi parfaite que le Fils. Le Fils procède par génération : et le Saint-Esprit, comment? Qui le pourra dire? Nul homme vivant : et je ne sais si les anges mêmes le peuvent. Ce que je sais, ce qui est certain par l'expression de Jésus- Christ, c'est que s'il n'est pas engendré comme le Fils, il est, par manière de parler, encore moins créé comme nous. Il prendra du niien^, dit le Fils. Les créatures viennent de Dieu, mais elles ne prennent pas de Dieu ; elles sont tirées du néant : mais le Saint-Esprit prend de Dieu comme le Fils, et il est également tiré de sa substance. C'est pourquoi on ne dit pas qu'il soit créé : à Dieu ne plaise : il y a un terme consacré pour lui : c'est qu'il procède
l.Joan., XIV. 17. — 2. /. Cor., m. 16. — 3, Idem, vi. 19. — 4. Joan., XIV. 26. — 5. Idem, xvi. 12, 13. — 6. Ihid., 13.— 7. Ihid., 15. — S. Ibi'L, xvi. 11.
du Père. Il est vrai que le Fils en procède aussi : et si sa procession a un caractère marqué, qui est celui de génération; c'est assez, pour lui égaler le Saint-Esprit, d'exclure tout terme qui marque création, et d'en choisir un pour lui, qui lui puisse être commun avec le Fils.
Si le Fils est engendré, pourquoi le Saint-Esprit ne l'est-il pas? Ne recherchons point les raisons de cette incompréhensible différence. Disons seulement : s'il y avait plusieurs fils, plusieurs générations, le Fils serait imparfait, la génération le serait aussi. Tout ce qui est infini, tout ce qui est parfait, est unique : et le Fils de Dieu est unique, à cause aussi qu'il est parfait. Sa génération épuise, si on peut ainsi parler de l'infini, toute la fécondité paternelle. Que restc-t-il donc au Saint-Esprit? quelque chose d'aussi parfait , quoique moins distinctement connu. Il n'en est pas moins parfait, pour être moins distinctement connu : puisqu'au contraire ce caractère ne sert qu'à mettre sa procession parmi les choses inconnues de Dieu , qui ne sont pas les moins parfaites. C'est assez de savoir qu'il est unique, comme le Fils est unique : unique comme Saint-Esprit, de même que le Fils est unique comme Fils, et procédant aussi noblement, et aussi divinement que lui; puisqu'il procède, pour être mis en égalité avec lui-même.
C'est pourquoi, quand il parait, on lui attribue un ouvrage égal à celui du Fils. C'est ce qu'on a remarqué sur ces paroles du Sauveur : « Quand il sera venu, il convaincra le monde sur le péché; sur la justice et sur le jugement* : » ce qui n'est rien d'inférieur aux œuvres du Fils.
Si nous sommes soigneux de recueillir toutes les expressions du Fils de Dieu, nous y trouverons un langage qui emporte également entre ces divines personnes, distinction et unité, origine et indépendance. Le Fils est au Père, le Père est au Fils; chacun à différent titre, mais à litre égal. Le Saint- Esprit est au Fils, il est au Père par un litre pareil, et sans déroger à la perfection. Le Père l'envoie, le Fils l'envoie , il vient. C'est ce langage mystique de la Trinité, qui ne s'entend pleinement, qu'en conciliant l'unité et la distinction, dans une perfection égale. C'est par là que les expressions de Jésus- Christ, que nous avons vues, conviennent toutes : et c'est aussi pour les rassembler qu'il a dit en abrégé : « Baptisez au nom du Père, et du Fils, el du Saint-Esprit^. » Tout ce qu'il dit dans un long discours, se rapporte là. Ce qu'il dit là, réunit tout ce qu'il a dit dans son long discours.
Et pourquoi nous parle-t-il de ces hauts mystères, si ce n'est parce qu'il veut un jour nous les découvrir à nu? Avant que d'enseigner pleinement la vérité , les maîtres commencent par dire en gros à leurs disciples , ce qu'ils apj)rendront dans leur école. Jésus-Christ commence aussi par nous dire confusément ce qu'il nous montrera un jour trèsclairement dans sa gloire. Croyons donc, et nous verrons. Ne nous étonnons pas des dilîicullés; nous sommes encore dans les préludes de notre science : ne souhaitons pas de demeurer dans ces premiers éléments : désirons de voir; cl en atlcndant contentons-nous de croire.