‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 366 sur 851 · LXXII'' JOUR · texte numérisé non relu

LXXII'' JOUR

Effet secret tie la prUre de Sotre Seigneur : Jésus-Christ toujours exaucé : Préilcstinalion des saints.

C'est encore un autre mystère proroiui, que l'elVet secret de la prière de Notre Seigneur.

Voici un premier principe, que Jésus-Christ nous apprend en ressuscitant Lazare : « Mon Père , je vous rends grAces de ce que vous m'avez exaucé : Je sais pour moi, que vous m'exaucez toujours". » Quoi qu'il puisse demander à Dieu, fût-ce la résurrection d'un mort de quatre jours, et déjà pourri, il est assuré de l'obtenir. Et pour montrer l'efficace de sa prière , il commence en remerciant d'avoir été écouté.

Il est vrai , que dans le jardin des Oliviers il fil cette prière : « Mon Père, si vous le voulez , si cela se peut, éloignez de moi ce calice : toutefois que voire volonté s'accomplisse, et non la mienne^. » Mais ces paroles font voir, que sa demande n'était que conditionnelle : et pour montrer que s'il eût voulu la faire absolue, il eût été exaucé, il ne faut qu'entendre ce qu'il dit lui-même à saint Pierre, lorsqu'il entreprit de le défendre avec l'épée, et qu'il frappa un de ceux qui le venaient prendre : « Ne puis-je pas, » dit-il alors, « prier mon Père : et il m'enverrait plus de douze légions d'anges'; » Il savait donc bien que s'il l'avait demandé, il l'eût obtenu; et que son Père aurait fait ce qu'il eût voulu. Il est donc toujours exaucé, quoi qu'il demande; fût-ce douze légions d'anges, pour l'arracher des mains de ses ennemis; fût-ce, comme on vient de dire, la résurrection d'un mort, dont le cadavre commencerait à sentir mauvais.

Croyons-nous qu'il soit moins puissant, et moins écouté, lorsqu'il demande à son Père ce qui dépend de notre libre arbitre? Il ne le demanderait pas, s'il ne savait que cela môme est au pouvoir de son Père, et qu'il n'en sera non plus refusé, que de tout le reste. Et c'est pourquoi lorsqu'il dit : « Simon , Simon, j'ai prié pour vous, afin que votre foi ne défaille pas*; » personne ne doute que sa prière n'ait eu son eiïet en son temps. Qui doutera donc, qu'elle ne l'ail dans tous les autres apôtres, pour qui il a dit : « Je vous prie qu'ils soient un en nous* : » et encore : « Je ne vous prie pas de les lirer du monde , mais de les préserver de tout mai* : » et en général, dans tous ceux pour qui il a dit avec une volonté si déterminée : « Mon Père, Je veux que ceux que vous m'avez donnés, soient avec moi, et qu'ils voient ma gloire^? » Dira-l-on qu'aucun de ceux pour qui il a fait cette prière, dût périr, ou n'être pas avec lui , et ne voir pas sa gloire? On pourrait dire de mémo, que, malgré toute la prière qu'il avait faite pour saint Pierre, on pouvait douter si sa foi ne défaudrait pas. Mais ci Ijieu ne plaise qu'un tel doute entre dans un ; coeur chrétien. Tous ceux pour qui il a demandé i de certains effets, les auront : ils auront, dis-je, la foi, la persévérance dans le bien, et la parfaite i délivrance du mal, si Jésu.s-Christ le demande. S'il avait prié d'une certaine façon jKjur le monde, pour ! lequel il dit qu'il ne pria pas'* ; le monde ne serait

1. Jonn., XI. Jl. iz. 2. Matth.. \\vi. VJ; Luc, xxii. 42. — « M'itth., xxM. M. — 4. Auc. XXII. .'51 , :i2. — 5. Joaii., xvii. Jl, 33. —r, l'Um. r. — l./hi'l.,il. 8 //„-,/ 9. I

plus monde , et il se sanctifierait. Tous ceux donc pour qui il a dit : Sanctifiez-les en vérité^ seront sanctifiés en vérité.

Je ne nie pas la bonté dont il est touché pour tous les hommes, ni les moyens qu'il leur prépare pour leur salut éternel, dans sa providence générale. « Car il ne veut point que personne périsse, et il attend tous les pécheurs à rcpentance^. » Mais quelque grandes que soient les vues qu'il a sur tout le monde, il y a un certain regard particulier et de préférence, sur un nombre qui lui est connu. Tous ceux qu'il regarde ainsi , pleurent leurs péchés, et sont convertis dans leur temps. C'est pourquoi lorsqu'il eut jeté sur saint Pierre ce favorable regard, il fondit en larmes : et ce fut l'efl'et de la prière que Jésus-Christ avait faite pour la stabilité de sa foi. Car il fallait premièrement la faire revivre; et dans son temps l'affermir, pour durer jusqu'à la fin. Il en est de même de tous ceux que son Père lui a donnés d'une certaine façon; et c'est de ceux-là qu'il a dit : « Tout ce que mon Père me donne , vient à moi ; et je ne rejette pas celui qui y vient : parce que je suis venu au monde, non pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de mon Père : et la volonté de mon Père est que je ne perde aucun de ceux qu'il m'a donnés, mais que je les ressuscite au dernier jour'. »

Et pourquoi nous fait-il entrer dans ces sublimes vérités? Est-ce pour nous troubler, pour nous alarmer, pour nous jeter dans le désespoir, et faire que l'on s'agite soi-même, en disant : Suis-je des élus, ou n'en suis-je pas? Loin de nous une si funeste pensée, qui nous ferait pénétrer dans les secrets conseils de Dieu, fouiller, pour ainsi parler, jusque dans son sein, et sonder l'abîme profond de ses décrets éternels. Le dessein de notre Sauveur est, que contemplant ce regard secret qu'il jette sur ceux qu'il sait, et que son Père lui a donnés par un certain choix, et reconnaissant qu'il les sait conduire à leur salut éternel par des moyens qui ne manquent pas, nous apprenions, premièrement à les demander, à nous unir à sa prière, à dire avec lui : « Préservez-nous de tout mal'* : » ou, comme parle l'Eglise : « Ne permettez pas que nous soyons séparés de vous : si notre volonté veut échapper, ne le permettez pas : » tenez-la sous votre main , changez-la, et la ramenez à vous.

C'est donc la première chose que Jésus-Christ nous veut apprendre. Ce n'est point à nous à nous enquérir, ou à nous troubler du secret de la prédestination, mais à prier. Et afin de le faire comme il faut , une seconde chose qu'il nous veut apprendre, c'est de nous abandonner à sa bonté : non qu'il ne faille agir et travailler; ou qu'il soit permis de se livrer, contre les ordres de Dieu , à la nonchalance, ou à des pensées téméraires : mais c'est qu'en agissant de tout notre cœur, il faut au-dessus de tout nous abandonner à Dieu seul pour le temps et pour l'éternité.

Mon Sauveur ! je m'y abandonne : je vous prie de me regarder de ce regard spécial, et que je ne sois pas du malheureux nombre de ceux que vous ha'irez , et qui vous haïront. Cela est horrible à prononcer. \Ion Dieu, délivrez-moi d'un si grand-

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