‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 367 sur 851 · Joan., 17. — 2. //. J'et., m · texte numérisé non relu

Joan., 17. — 2. //. J'et., m

— 1. Matth., VI. 13.

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LA GÈNE. — SECONDE PARTIE

mal : je vous remets entre les mains ma liberté malade et chancelante, et ne veux mettre ma confiance qu'en vous.

L'homme superbe craint de rendre son salut trop incertain, s'il ne le tient en sa main; mais il se trompe. Puis-je m'assurer sur moi-même? ^lon Dieu ! je sens que ma volonté m'échappe à chaque moment : et si vous vouliez me rendre le seul maître de mon sort, je refuserais un pouvoir si dangereux à ma faiblesse. Qu'on ne me dise donc pas , que cette doctrine de grâce et de préférence met les bonnes âmes au désespoir. Quoi? On pense me rassurer davantage , en me renvoyant à moi-même, et en me livrant à mon inconstance? Non, mon Dieu, je n'y consens pas. Je ne puis trouver d'assurance qu'en m'abandonnant à vous. Et j'y en trouve d'autant plus, que ceux à qui vous donnez cette confiance, de s'abandonner tout à fait à vous , reçoivent dans ce doux instinct, la meilleure marque qu'on puisse avoir sur la terre de votre bonté. Augmentez donc en moi ce désir; et faites entrer, par ce moyen, dans mon cœur, cette bienheureuse espérance de me trouver à la fin, parmi ce nombre choisi.

« Ce ne sont, » dit David , dit Salomon , « ce ne sont ni de bonnes armes, ni un bon cheval : ce n'est ni notre arc, ni notre épée, ni notre cuirasse, ni notre valeur, ni notre adresse, ni la force de nos mains, qui nous sauvent à un jour de bataille; mais la protection du Très-Haut ' ! Quand j'aurai préparé mon cœur, il faut qu'il dirige mes pas^. Je ne suis pas plus puissant que les rois, dont le cœur est entre ses mains, et il les tourne où il veut^. Qu'il se rende le maître du mien! Qu'il m'aide de ce secours , qui me fait dire : « Aidez-moi , et je serai sauvé "^ : » et encore : « Guérissez-moi , et je serai guéri 5 : » et encore : « Convertissez-moi, et je serai converti; car depuis que vous m'avez converti, j'ai fait pénitence; et depuis que vous m'avez touché , je me suis frappé le genou *^, » en signe de componction et de regret.

LXXIIJe JOUR.

S'unir à Jésus-Christ.

A LA fin de ces réfiexions, je prie tous ceux que j'ai tâché d'aider par tout ce discours, de s'élever au-dessus, je ne dirai pas seulement de mes pensées, qui ne sont rien, mais de tout ce qui leur peut être présenté par le ministère de l'homme : et en écoutant uniquement ce que Dieu leur dira dans le cœur sur cette prière, de s'y unir avec foi. Car c'est là véritablement ce qui s'appelle prier par Jésus- j Christ et en Jésus-Christ, que de s'unir en esprit avec Jésus-Christ priant , et s'unir autant qu'on ' peut à tout l'effet de cette prière. Or l'efi'et de cette prière c'est qu'étant unis à Jésus-Christ Dieu et '. homme, et par lui à Dieu son Père, nous nous unis- [ sions en eux avec tous les fidèles , et avec tous les i hommes, pour n'être plus, autant qu'il est en nous, | qu'une même âme et un même cœur. Pour accomplir cet ouvrage d'unité, nous ne devons plus nous regarder qu'en Jésus-Christ : et nous devons croire qu'il ne tombe pas sur nous la moindre lumière de

1. Ps., XXXII, 16, 17, 18, 19; cxlvi. 10, 11; Prov., xxi. 31. -- j 2. Pj-or., XVI. 9. -- 3. /(iem , XXI. 1.— 4. Ps., cxviii. 117. -- 5. Jerem., xvii. 11. — (>. Jerem., xxxi. 18, 19. |

la foi, la moindre étincelle de l'amour de Dieu, qu'elle ne soit tirée de l'amour immense que le Père éternel a pour son Fils; à cause que ce même Fils notre Sauveur étant en nous, l'amour dont le Père l'aime s'étend aussi sur nous par une effusion de sa bonté : car c'est à quoi aboutit toute la prière de Jésus-Christ.

C'est en cet esprit que nous pouvons et devons conclure toutes les nôtres avec l'Eglise, Par Jésus- Christ Notre Seigneur : Per Domixu.m nostrum JesuM Christum. Car, n'ayant à demander à Dieu que les effets de son amour, nous les demandons véritablement par Jésus-Christ, si nous croyons, avec une ferme et vive foi , que nous sommes aimés de lui par une effusion de l'amour qu'il a pour son Fils. Et c'est là tout le fondement de la piété et de la confiance chrétienne. C'en est, dis-je, tout le fondement, de croire que l'amour immense que le Père éternel a pour son Fils en tant que Dieu, lui fait aimer l'âme sainte qui lui est si étroitement et si substantiellement unie, aussi bien que le corps sacré et béni qu'elle anime , c'est-à-dire, son humanité tout entière : et l'amour qu'il a pour toute cette personne, qui est Jésus-Christ Dieu et homme, fait qu'il aime aussi tous les membres qui vivent en lui et de son Esprit vivifiant.

Croyons donc que comme Jésus-Christ est aimé par un amour gratuit, par un amour prévenant, l'âme sainte qui est unie au Verbe de Dieu, n'ayant rien fait qui lui attirât cette union admirable, mais cette union l'ayant prévenue; nous sommes aimés de même par un amour prévenant et gratuit. En un mot, comme dit saint Augustin : « La même grâce qui a fait Jésus-Christ notre chef, a fait tous ses membres'. » Nous sommes faits chrétiens par une suite de la même grâce, qui a fait le Christ. Toutes les fois donc que nous disons : Per Domixcm no- STRu.M Jesum Christum : Par Notre Seigneur Jésus- Christ, et nous le devons dire, toutes les fois que nous prions, ou en effet, ou en intention, n'y ayant point d'autre nom par lequel nous devions être exaucés^ : toutes les fois donc que nous le disons, nous devons croire et connaître que nous sommes sauvés par grâce , uniquement par Jésus-Christ et par ses mérites : non que nous soyons sans mérite, mais à cause que tous nos mérites sont ses dons, et que celui de Jésus-Christ en fait tout le prix, parce c'est le mérite d'un Dieu , et par conséquent infini.

C'est ainsi qu'il faut prier par Jésus-Christ Notre Seigneur : et l'Eglise, qui le fait toujours, s'unit par là à tout l'eflet de la divine prière que nous venons d'écouter. Si elle célèbre la grâce et la gloire des saints apôtres , qui sont les chefs du troupeau , elle reconnaît l'effet de la prière que Jésus-Christ a faite distinctement pour eux. Mais les saints, qui sont consommés dans la gloire, n'ont pas moins été compris dans la vue et dans l'intention de Jésus- Christ, encore qu'il ne les ait pas exprimés. Qui doute qu'il ne vit tous ceux que son Père lui avait donnés dans toute la suite des siècles, et pour lesquels il s'allait immoler avec un amour particulier?

Entrons donc avec Jésus-Christ et en Jésus-Christ, dans la construction de tout le corps de l'Eglise; el rendant grâces avec elle par Jésus-Christ pour tous

1. De Pfcedem. Sanct., >i. 31, tom. x, col. 810. — 2. Act., IV. 12.

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