CHAPITRE XXI
Autre exemple , où M. Simon méprise la Tradition, en excusant ceux qui contre tous les saints Pères, n'entendent pas de l'Eucharistie le chapitre VI de saint Jean.
Il y a encore une autre critique de M. Simon à l'occasion des mômes paroles du chapitre sixième de saint Jean : Si tous ne mangez la chair du Fils de l'homme, etc. Ce critique présuppose avant toutes choses2, que les anciens Pères entendaient de l'Eucharistie le chapitre sixième de l'Ecangile de saint Jean, ce qui était une suite de ce qu'il venait de dire, qu'ils avaient inféré de ce passage la nécessité de ce sacrement. Il est vrai que toute l'antiquité entend ce passage de l'Eucharistie, sans qu'on trouve un seul Père qui y soit contraire; et même la plupart s'en servent pour établir dans ce saint mystère, le parfaite et substantielle communication et présence du corps et du sang de Jésus-Christ. Le fait est constant, et notre auteur qui l'avance, remarque encore^ que le cordelicr Férus, fameux prédicateur du siècle passé , suit plutôt les luthériens que les anciens écrivains ecclésiastiques, en entendant ce chapitre sixième de la manducalion spirituelle seulement. Ailleurs il observe encore* « que Gajctan a » pu croire sans être hérétique, que ces paroles de » Jésus-Christ, nisi manducavcritis, etc., ne s'en- » tendent point à la rigueur de la lettre de la man- » ducation sacramentale, bien qu'il soit opposé en » cela au sentiment commun des anciens et des » nouveaux interprètes de l'Ecriture. » Enlin il rapporte ailleurs^ les raisons de Maldonal, qui ne peuvent pas être plus fortes, « pour condamner du » moins d'impi'udence et de témérité ceux qui, con- » Ire le consentement universel des Pères, approuvé
1. Serm. 294. aliàs 14. — 2. P. ^SS. — 3. P. 5(31. - 4. P. 542. - 5. P. 630.
» généralement de toute l'Eglise dans le concile de » Trente, » comme il le fait remarquer à Maldonat, osent suivre l'interprétation qui exclut l'eucharistie du chapitre' sixième de saint Jean.
Maldonat a raison de dire que le concile de Trente suit expressément le sens contraire dans la session XXI, ch. 1. Il y pouvait ajouter le concile d'Ephèse*, qui , en approuvant les anathématismes de saint Cyrille , approuve par conséquent cette explication qui y est contenue.
Après avoir vu ces choses et avoir pris tant de soin à prouver que l'explication des luthériens, de Férus et de Cajétan répugne au sentiment commun de tous les Pères, il semblera que 'Si. Simon devait s'en être éloigné , selon la règle qu'il pose comme inviolable : qu'il faut expliquer l'Ecriture d'une manière conforme aux sentiments de l'antiquité. Mais ceux qui le concluraient ainsi , ne connaîtraient guère cet auteur; car il ne lui faut qu'un seul endroit, et un petit mot pour détruire et affaiblir ce qu'il semble dire partout ailleurs avec plus de force. Et en efTet, malgré tout ce qu'il avance en faveur de l'explication qui trouve l'Eucharistie dans ce chapitre de saint Jean, le même M. Simon, en parlant de Théodore d'Héraclée, qui l'expliquait de l'Incarnation, en a fait ce jugement^ : « Ce sens » paraît assez naturel, quoiqu'il ne soit pas com- » mun; car il semble qu'il s'agisse plutôt en cet » endroit du mystère de l'Incarnation, ou de Jésus- » Christ considéré en lui-môme, que de l'Eucha- » ristie. » Comme si dans l'Eucharistie Jésus-Christ n'était pas aussi considéré en lui-môme, ou qu'il n'y fut pas véritablement présent; mais ne le pressons pas là-dessus : demandons-lui seulement si ces expressions : Il paraît assez naturel, il semble qu'il s'agisse plutôt, etc., ne sont pas visiblement des manières d'insinuer un sentiment, et de lui donner la préférence, bien qu'il ne soit pas commun. Ainsi Théodore d'Héraclée , un arien (car M. Simon convient qu'il Tétait ) , l'emporte par l'avis de ce critique , sur tous les Pères , sur tous les interprètes anciens et modernes, et sur deux conciles œcuméniques, celui d'Ephèse et celui de Trente. Est-ce là un défenseur de la Tradition, ou plutôt n'en est-ce pas l'ennemi et le destructeur secret?
GHAPITRI^ XXII.
Si c'est assez, pour excuser un sentiment, de dire qu'il n'est pas hérétique.
Le principal avantage que M. Simon veut tirer ici contre l'autorité de la Tradition, c'est que « Ca- )) jétan a pu croire sans être hérétique, (jue ces » paroles , nisi manducaveritis, etc., ne s'entendent » point à la lettre de la manducation sacrainenlale, » bien qu'en cela il soit opposé au senlimont com- » mun des anciens et des nouveaux inlerprèles^, » Mais c'est proposer la chose d'une manière peu érjuitable. Il ne s'agit pas de savoir si Cajétan est hérétique, en s'opposant à une interprétation autorisée par tous les saints. On peut penser mal sans être héréti(|ue , si l'on est soumis et docile. Tout ce qui est mauvais en matière. de doctrine, n'est pas pour cela formellement héréti(juc. On ne qualilio pour l'ordinaire d'hérésie formelle que ce qui attaque directement un dogme de foi; mais de là il ne s'en-