CHAPITRE XI
Que les Pères ont également soutemi les preuves de l'Ecriture et de la Tradition. Que M. Simon fait le contraire, et affaiblit les unes par les autres. Méthode de saint Basile, de saint Gi'i'goire de ^ysse et de saint Grégoire de Nazianzc , dans la dispute contre Aëce et contre Eunome, son disciple.
L'endroit où M. Simon semble le plus appuyer la Tradition, est celui où il parle de saint Basile, de saint Grégoire de Nysse, son frère, et de saint Grégoire de Nazianze, son ami; mais il y tombe dans la même faute qu'on a déjà remarquée, qui est une affectation d'affaiblir principalement sur le mystère de la Trinité , les preuves de l'Ecriture.
Pour découvrir la malignité de ce dangereux auteur, il faut remarquer en peu de mots, qu'Eunome, disciple d'Aëce, ayant attaqué ce grand mystère avec de nouvelles subtilités, disons mieux, avec de nouvelles chicanes, toutes les forces de l'EgUse se tournèrent aussitôt contre lui. Saint Basile fut le premier à l'attaquer par cinq livres , auxquels il joignit un peu après celui du Saint-Esprit, pour montrer qu'on le pouvait glorifier avec le Père et le Fils , parce qu'il était leur égal , et un avec eux.
Eunome fit une réponse à saint Basile, et ce Père étant mort un peu après qu'elle eût paru, saint Grégoire de Nysse entreprit la défense de son frère, qu'il appelle partout son père et son maître. Saint Grégoire de Nazianze ne manqua pas à l'Eglise dans celte occasion, et composa ces cinq oraisons ou discours célèbres contre Eunome, qu'on appelle aussi les Discours sur la théologie , et qui en effet lui ont acquis, plus que tous les autres dans toute l'EgUse, le titre de Théologien par excellence, à cause qu'il y défend avec une force invincible, dans sa manière précise et serrée , la théologie des chrétiens sur le mystère de la Trinité.
Les preuves dont se servent ces grands hommes, sont tirées de l'Ecriture et de la Tradition. Les preuves de l'Ecriture ne sont ni en petit nombre ni insuffisantes, selon l'idée qu'on va voir qu'en a voulu donner M. Simon. Au contraire, tous leurs discours sont tissus de témoignages de l'Ecriture, que ces grands hommes proposent partout comme invincibles et démonstratifs par eux-mêmes. La Tradition ne laissait pas de leur servir en deux manières : l'une pour montrer qu'ils exposaient l'Ecriture, comme on avait fait de tout temps; l'autre à cause qu'y ayant des dogmes non écrits également rcccvables avec ceux qui se trouvaient dans l'Ecriture, ce n'était pas un argument de dire, comme faisaient les hérétiques, cela n'est pas écrit, donc il n'est pas.
Il ne faut pourtant pas s'imaginer qu'ils aient jamais rangé le dogme de la divinité de Jésus-Christ ou du Saint-Esprit, parmi les dogmes non écrits. Au contraire, ils montrent partout que les preuves de l'Ecriture sont claires et sullisanles. Lorsqu'aux chapitres xxvn et xxvm du Traité du Saint-Esprit, saint Basile vient à établir les dogmes non écrits, c'est pour prouver qu'on se peut servir, pour glorifier le Saint-Esprit avec le Père cl le Fils , d'une façon de parler qui n'est point dans l'Ecriture. Les hérétiques voulaient bien (ju'on unit les trois Personnes divines par la particule et , qui en effet se trouvait dans les paroles de l'Evangile, les baptisant