CHAPITRE XX
Que la méthode que M. Simon atlrilme à saint Athanase et aux Pères qui l'ont suivi dans la dispute contre les ariens , n'a rien de certain, et mène à l'indifférence.
Mais afin qu'on ne croie pas que je craigne , par une vaine terreur, les secrets desseins de l'auteur, il faut ici les approfondir avec plus de soin, et mettre encore dans un plus grand jour ce mystère d'iniquité, en le déterrant du milieu des expressions ambiguës dont cet auteur artificieux a tâché de l'envelopper.
Je dis donc hautement et clairement, que la méthode de notre auteur nous mène à l'indifférence des religions, et que le moyen dont il se sert pour
n'oserions pas l'assurer, si nous n'étions appuyés sur l'autorité et le consentement de l'Eglise universelle , à laquelle saint Cyjirien aurait cédé sans difficulté , si la vérité eût été dés lors éclaircie et confirmée par un concile universel.
Ce que saint Augustin n'oserait pas assurer sans l'autorité de l'Eglise, non-seulement il l'assure après sa décision, mais encore il ne p4Ut croire que saint Cyprien ni aucun homme de bien en puisse disconvenir.
Et il ne se trompe pas en jugeant ainsi de saint Cyprien, qui avait enseigné si constamment qu'il fallait condamner sans examen tous ceux qui se séparaient de l'Eglise. Voici comme il en écrit à l'évéque Antouieu sur la doctrine de Novatien , prêtre de l'Eglise romaine, et auteur d'une secte nouvelle. * Vous me priez de vous écrire quelle hérésie a introduite Novatien. Sachez premièrement , mon cher frère , que nous ne devons pas même être curieux de ce qu'il enseigne , puisqu'il n'enseigne pus dans l'Eglise Quel qu'il soit, il n'est pas chrétien, n'étant pas en l'Eglise de Jésus-Christ.
Saint Augustin avait raison do croire qu'un homme qui parle nsi de l'autorité de l'Eglise , n'aurait pas hésité après la déci-
ai sion.
Ou objecte à mademoiselle de Duras, qu'il faut bien , quoi qu'on lui dise, qu'elle se serve de sa raison pour choisir entre deux personnes c|ui lui parlent de la religion d'une façon si contraire , et ainsi que les catholiques ont tort de lui proposer une soumission à l'Eglise sans examen.
Mais qui ne voit 1" que c'est autre chose d'examiner après quelques particuliers, autre chose d'examiner après l'Eglise.
2" Que si mademoiselle de Duras est fondée d'examiner après son Eglise , qui lui déclare elle-même qu'elle et tous ses synodes peuvent se tromper, et qu'il se peut faire qu'elle seule entende mieux la parole de Dieu que tout le reste de l'Eglise ensemble , comme M. Claude le lui a enseigné, il ne s'ensuit pas pour cela que l'Eglise soit faillible en soi, ni qu'il faille examiner après elle; mais que ceux-là seulement doivent faire cet examen qui doutent do l'autorité infaillible de l'Eglise.
3» Los cutlioliques ne prétendent pas qu'il ne faille pas se servir de sa raison ; car il faut de la raison pour entendre qu'il faut se soumettre ù. l'autorité de l'IOglise; un fou ne l'entendrait jamais : mais quoiqu'il faille do la raison, il ne s'ensuit pas pour cola que la discussion de ce point soit dillicile ou embarrassée , comme celle des autres points. Si iteu qu'on ait de raison , on en, a assez pour voir qu'un particulier no doit pas être assez téméraire pour croire qu'il entend mieux la parole de Dieu que toute l'Eglise.
■lo C'est pour cela que Dieu nous a renvoyés à l'autorité, commo à une chose aisée , au lieu que la discussion par les Ecritures saintes est infinie, comme l'expérience lo fait voir.
5o Quand l'Eglise propose de se soumettre sans examen à son autorité , elle ne fiit que suivre la pratique des apôtres.
A la première question qui s'est mue dans l'ISgliso, elle a prononcé en disant : Il a semblé bon au Saint-Esprit et à nous. ** Examiner après cela, ce serait ex;iminer après lo S.iint-Esprit.
La discussion se fit donc dans le con<'ilo des apdtros : ajjrès on ne laissa plus de discussion à faire aux fidèles, l'aul et Silas allaient parcourant les vilb'S , leur enseignant de garder ce qui avait été jugé 'par les apôtres et les prêtres dans Jérusalem ***.
Ceux donc qui no sont pas dans l'IOglise doivent examiner, et c'est co que faisaient ceux deBérée ■'""; mais pour ceux qui sont dans l'Eglise, le concile dos ajjôtros leur fait voir qu'il n'y a plus rien à examiner après la décision.
Nous avons appris par ce (iremier concile, à tenir des conciles pour définir les questions qui s'élèvent dans l'Eglise. Nous devons apprendre quelle est l'autorité des conciles par oU nous avons appris à tenir les concibs mêmes.
Encore un mot de saint Augustin : Qui est hors de l'Eglise
ne voit ni entend; qui est dans l'Eglise n'est ni sourd ni aveugle. »
' lipisl. Li éd. l'amel. —" Act., xv. ît. Ibid , XVII. 17. — linar. in /',<., xlvii, n
— "' Idem, xisi. 4. —