‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 5 sur 851 · SUR LEUR PRÉTENDU ACCOMPLISSEMENT DES PROPHÉTIES · texte numérisé non relu

SUR LEUR PRÉTENDU ACCOMPLISSEMENT DES PROPHÉTIES

1 . Que les iiiterpr étalions des prophéties , et surtout de l'Apocalypse , proposées par les miiiistres, sont une manifeste profanation du texte sacré. Trois vérités démontrées sur ce sujet dans ce discours. — Si la profanation des Ecritures est toujours un attentat plein de sacrilège, la profanation des prophéties est d'autant plus criminelle, que leur obscurité sainte devait être plus respectée. C'est néanmoins aux prophéties que les ministres se sont attachés plus qu'à tous les autres livres de l'Ecriture , pour y trouver tout ce qu'ils ont voulu. L'obscurité de ces divins livres, et surtout de l'Apocalypse, leur a été une occasion de les tourner à leur fantaisie : au lieu d'approcher avec frayeur des ténèbres sacrées dont souvent il plaît à Dieu d'envelopper ses oracles , jusqu'à ce que le temps de les découvrir soit arrivé, ces hommes hardis ont cru qu'ils pouvaient se jouer impunément de ce style mystérieux. Leur haine a été leur guide dans celte entreprise. Ils voulaient, à quelque prix que ce fût, rendre l'Eglise romaine odieuse; ils en ont fait la prostituée de l'Apocalypse; et comme s'ils avaient démontré ce qu'ils ont avancé sans fondement, il n'y a rien qu'ils n'aient osé sur ce principe. Ce n'a pas été seulement au commencement de la Réforme qu'ils se sont servis des prophéties pour animer contre nous un peuple trop crédule. En 1628, on vit paraître à Leyde , de la belle impression des Elzévirs , un livre dédié au roi de la Grande-Bretagne, par un Ecossais, dont le titre était : Du Droit royal, queces nations ont tant respecté, comme on a vu ^ Mais ce n'est pas de quoi il s'agit ici : il y avait un chapitre dont le sommaire était proposé en ces termes : Que les rois et les autres fidèles ont eu raison de secouer le joug de la tyrannie pontificale , et qu'ils sont obligés à persécuter le pape et les papistes. Un titre si violent n'était rien encore en comparaison du corps du chapitre, où on lisait ces mots : Ce n'est pas assez aux fidèles d'être sortis de Dabylone , s'ils ne lui rendent jjerte pour perte , et ruine pour ruine. Rendez -lui , dit l'Apocalypse, comme elle tous a rendu : rendez-lui le double de tous les maux qu'elle vous a fait souffrir, et faiteslui boire deux fois autant du calice dont elle vous a donné à boire. Il est vrai que Dieu est la source des miséricordes ; mais il ne garde point de mesure avec cette prostituée; et encore qu'en toute autre occasion

1. Vid. Epist. vir. Ecclesiasticor. et TheoL, Ep. C37. II. — T. II.

il défende la vengeance, il veut à ce coup qu'on arme contre elle, et qu'on se venge avec une rigueur impitoyable. C'est ainsi que parlaient aux rois et aux peuples les docteurs de la Réforme : ces gens qui, en apparence, ne se glorifiaient que de leur patience, ne respiraient, dans le fond du cœur, que des desseins de se venger; et comme si c'eût été peu d'avoir établi sur l'Apocalypse ces maximes sanguinaires, ils ajoutaient aune telle doctrine, cette cruelle exhortation : Que tardent les fidèles à persécuter les papistes ? Se défient-ils de leurs forces? Mais le Seigneur leur promet une victoire assurée sur la jjrostituée et sur ses compagnes, sur Rome et sur toutes les églises de sa communion. Voilà, mes chers frères, les exhortations dont retentissaient toutes vos églises. Toutes les boutiques des libraires étaient pleines de livres semblables. Les luthériens n'étaient pas plus modérés que les calvinistes; et le ministre principal de la cour de l'électeur de Saxe , nommé Mathias Hobe , fit débiter à Francfort un livre dont le titre était : Le jugement et l'entière extermination de la prostituée, de la Babylone romaine , ou livre VI des commentaires sur l'Apocalypse '. Le livre n'est pas moins outré que le titre : et voilà ce qu'on écrivait en Allemagne et dans le Nord. En France, tous nos réformés avaient entre les mains, avec une infinité d'autres livres sur cette matière, celui de Dumoulin sur l'Accomplissement des Prophéties où, en parlant des dix rois qui, selon lui , devaient détruire le pape avec Rome, et de Vaccomjjlissement prochain de cette prophétie, il donnait cette instruction aux rois : C'est aux rois à se disposer à servir Dieu dans une si grande œuvre ^. C'est ce qu'il disait dans ce livre, qui est devenu si fameux par la remarque qu'il y fait sur l'an 1G89. On voit qu'il ne tenait pas à lui que les rois ne hâtassent l'exécution de la prophétie par tous les moyens qu'ils ont en main. Le ministre Jurieu ne dégénère pas de cette doctrine, puisqu'il dit dans son Avis à tous les chrétiens ^, à la tête de son Accomplissement des prophéties : C'est maintenant qu'il faut travailler à ouvrir les yeux aux rois et aux peuples de la terre ; car voici le temps qu'ils doivent dévorer la chair de la bête, et la brûler au feu , dépouiller la paillarde , lui arracher ses ornements, renverser de fond en comble Ba-

1 . Lips. in-i". — 2. Ace. des Proph., p. 288, à Sedan, an. 162-1. — 3. Idem.

AVEUTISSEMENT AUX PTxOTESTANTS

bijlone , et la ràiiiire eti cendres. Qui n'admirerail ces réformés f Ils sont les saints du Seigneur, h qui il n'est pas permis de loucher, et toujours prêts à crier à la persécution. Mais pour eux , il leur est permis de tout ravager parmi les catholiques; cl si on les en croil, ils en ont reçu le commandement d'en-haul. C'est à quoi se terminait loulc la douceur qu'on ne cessait de vanter dans la réforme. Ses ministres onl toujours cherché à faire paraître dans l'Apocalypse la chute prochaine de Rome, dans le dessein d'inspirer à ses ennemis l'audace de tout entreprendre pour la perdre; el ceux-là mômes qui ne croyaient pas que ces excessives interprétations/'usse/Ji véritables, croyaient néanmoins qu'il les fallait conserver à cause de l'utilité imbiique, c'est-à-dire , pour nourrir dans les protestanls la haine contre Rome, el une conliance insensée de la détruire hientot. Voilà ce que Grolius écrivait de bonne foi à Gérard-Jean Vossius ', qui le savait aussi bien que lui. Que si les ministres n'en veulent pas croire Grolius , qui leur est suspect , quoiqu'il n'ait jamais été tout à fait des noires, et qu'alors constamment il fût des leurs : que rcpondronlils à Vossius, un si bon protestant, el tout ensemble un si savant homme, qui raconte à Grolius, en faisant réponse à sa lettre ^ , qu'ayant doucement remontré à un ministre de Dordrechl, qu'il appelle en se moquant , lourde tète, qu'il ne devait pas imposer, comme il faisait, aux papistes des sentiments qu'ils n'avaient jamais eus : ce séditieux haranijueur lui demande brusquement s'il voulait défendre les papistes? et conclut comme un furieux qu'on ne pouvait trop décrier la doctrine de l'Eglise romaine devant le peuple , afin qu'il déteste davantage celte Eglise; ce qui revient assez , poursuit Vossius, à ce qu'on me disait à Amsterdam : A quoi bon dire que le pape n'est pas V Antéchrist? est-ce afin qu'on nous quitte déplus en plus, pour s'unir à l'Eglise romaine, comme s'il n'y avait déjà pas assez de gens qui le fissent, et qu'il en fallût encore augmenter le nombre? On voit donc qu'il n'est que trop vrai, du propre aveu des ministres, que rien ne retenait lant le peuple protestant dans le parti , que la haine qu'on lui inspirait contre l'Eglise romaine, et ses séditieuses interprétations où on la faisait paraître comme l'Eglise antichrélicnne que Jésus-Ghrisl allait détruire. Cet esprit a dominé de tout temps dans la réforme : à la première lueur d'espérance, il se réveille; el quoifiuo trompés cent fois sur la chule imaginaire de Rome, les prolcslanls croient toujours la voir prochaine dés le premier succès qui les flatlc. C'est en vain qu'on leur représenle la nullité de leurs preuves , la visible contradiction de leurs faux systèmes, l'expérience des erreurs passées, et la témérité manileslc de leurs prophètes tant de fois menteurs. Dès ((ue quelque chose leur rit, ils n'écoulent plus; el sans songer aux iirofondcurs des conseils de Dieu, qui livre durant quelque temps à des espérances trompeuses ceux qu'd veut punir, ou, comme j'aime ujieux le présumer, ceux qu'il veut désabuser de leurs erreurs, ils s'obsiinenl à croire leurs (lalteurs. Je ne m'étonne donc pas de les voir aujourd'hui crier de tous côtés à la victoire, et s'imaginer qu'ils vont

1. Aie. dei frtpluitUi, p. 288, Ejnal. :,:,!, fiuœ t-iC Grol. — — i. l'Um. tplit. 671.

proliler des dépouilles des catholiques par loute la terre. Il y a longtemps que Bucer, un de leurs réformateurs les plus vantés, a écrit ' : qu'ils parlaient toujours avec beaucoup de courage, lorsqu'ils se croyaient soutenus du bras de la chair. Nourris dans cet esprit, ils le reprennent aisément; et il semble que c'est inutilement que nous allons entreprendre de les désabuser pendant qu'ils sont enivrés de leurs prophéties imaginaires. Mais comme l'illusion pourra passer, et d'ailleurs qu'ils ne sont pas tous également emportés, je leur adresse ce discours pour leur faire voir que tout ce qu'ils tirent contre nous des prophéties, est une profanation manifeste du lexle sacré : et parce que l'Apocalypse est le livre dont ils abusent le plus, c'est à celui-là principalement que je m'allaclierai dans ce discours. J'en ai déjà dit assez dans un autre ouvrage ^, pour détruire tout le système protestant : mais comme M. Jurieu a fait de vains elTorls pour y répondre, je découvrirai les illusions dont il éblouit ses lecteurs, en continuant à faire le prophète : je passerai encore plus avant, el je me propose de démontrer aux protestants trois défauts essentiels de leurs interprétations : le pi'emier, en ce qu'elles n'ont aucun fondement, ni d'autres principes que leur haine ; le second, en ce qu'elles ne satisfont à aucun des caractères de l'Apocalypse, au contraire, qu'elles les détruisent tous sans en excepter un seul ; et le troisième, en ce qu'elles se détruisent elles-mêmes. Voilà trois défauts essentiels que je prétends démontrer, et je ne crains point de me trop avancer en me servant de ce mot. Il se pourrait faire qu'on n'eût encore que des conjectures vraisemblables sur le véritable sens de l'Apocalypse. Mais à l'égard de l'exclusion du sens des ministres comme on y procède par des principes certains, on peut dire avec confiance qu'elle est démontrée. C'est ce qu'on verra clairement , pour peu qu'on lise ce discours avec attention, el qu'on écoute Dieu et sa propre conscience en le lisant.

2. Premier défaut. Que le système des protestants n'a aucun principe. Preuve par eux-mêmes, et par le ministre Jurieu. — Je dis donc avant toutes choses, que les protestants parlent sans principes, et n'ont de guide que leur haine, lorsqu'ils appliquent la prostituée et la bête de l'Apocalypse au pape et aux Eglises de sa communion. Je n'en veux point de meilleures preuves que leur propre légèreté, et l'inconstance dont ils onl usé en celle matière. Selon le ministre Jurieu, dans son Avis à tous les chrétiens'-', à la tôle de son Accomplissement des Prophéties, la doctrine du pape Antéchrist est une vérité si capitale, que sans elle on ne saurait être vrai chrétien. C'est, poursuit-il'', le fondement de toute notre réformation : car certainement, ajoula-l-il, je ne la crois bien fondée qu'à cause de cela. Ceux des protestants qui ont osé mépriser ce fondement de la réforme, sont l'opprobre , non-seulement de la réformation , mais du nom chrétien. Ce n'est donc pas seulciuent ici un article fondamental de la réforme, mais c'est encore le plus fondamental de tous, sans lequel la réforme ne peut subsister un seul moment; et cet article est si essentiel, que le nier, c'est la honte du christianisme. Loin de rougir de ces excès, le miriis-

1. /Jurer, int. E/i. Cai., p. SiW, 5(0 ; Ilist. linn Vni-iiU., I/o. v. n. 14. — 2. l'Iem, lit), xiir. — '.i. P. 49. — 4. Iilem, 50.

SUR L'EXPLICATION DE L'APOCALYPSE

Ire les a confirmés dans les lettres qu'il a publiées contre l'endroit des Variations, où la suite de mon histoire m'amenait à cette matière. C'est là, dit-il', le grand fondement de notre séparation d'avec l'Eglise romaine , lequel comprend tous les autres. Et encore : Si l'Eglise romaine n'était point Babglone, vous n'auriez pas été obligés d'en sortir; car il n'y a que Babylone dont il nous soit ordonné de sortir : Sortez de Babylone, mon peuple. C'est donc ici, encore un coup, à l'égard de la réforme, le fondement des fondements, que le pape est l'Antéchrist, et que Rome est la Babylone antichrélienne. Mais en même temps, pour faire voir combien ce fondement est ruineux, de l'aveu de la réforme même, il ne faut que considérer ce que j'en ai dit dans le livre des Variations. M. Jurieu croit avoir droit de mépriser cet ouvrage, à l'exception des endroits où je parle du pape Antéchrist; car pour ceux-là il reconnaît qu'à cause que j'y attaque directement son Accomplissement des prophéties , « il y doit prendre un intérêt particulier^. » Voyons donc s'il répondra un seul mot à ce que j'ai dit sur ce sujet. J'ai dit que ce dogme si essentiel et si fondamental du pape Antéchrist tirait son origine des manichéens les plus insensés, les plus impurs, et les plus abominables de tous les hérétiques. A cela M. Jurieu ne dit pas un seul mot; et comme un nouveau prophète, qui ne doit compte à personne de ce qu'il annonce, il se contente de m'appeler au juste tribunal de Dieu. Mais pardonnons-lui cette omission : peut-être que cet endroit ne touche pas d'assez près son accomplissement des prophéties. J'ai avancé^ que Luther, qui le premier des nouveaux réformateurs a renouvelé ce dogme du pape Antéchrist, avait posé pour fondement, que l'Eglise, où l'Antéchrist présidait, était la vraie Eglise de Dieu; car c'est ainsi qu'il entendait ce mot de saint Paul, qui établit la séance de l'Antéchrist dans le temple de Dieu. Quel aveuglement, ou, s'il est permis une fois d'appeler les choses par leur nom, quel renversement du bon sens, et quelle brutalité, que pour reconnaître le pape comme l'Antéchrist, et l'Eglise romaine comme \ antichrétienne, le premier pas qu'il faille faire, soit de reconnaître cette Eglise comme le vrai temple où \ Dieu habite, et comme la vraie Eglise de Jésus- Christ; en sorte qu'il en faille sortir et y demeurer ' tout ensemble, l'aimer et la détester en même temps? M. Jurieu passe encore ceci sous silence. J'ai ajouté que quelque emportés que fussent les réformateurs contre le pape, ils n'avaient osé insérer le dogme à présent si fondamental qui en a fait l'Antéchrist, [ dans leurs confessions de foi'', puisqu'on ne le i trouve, ni dans celle d'Augsbourg, qui était celle ' des luthériens, ni dans celle de Strasbourg, qui était celle du second parti de la réforme en Allemagne; de sorte que ce grand dogme se trouve banni de la confession de foi des deux partis réformés. M. Jurieu se tait à tout cela. Loin que dans ces confessions de foi on ait traité le pape d'Antéchrist, on y supposait le contraire, puisqu'on s'y soumettait au concile qu'il assemblerait. On y appelait à ce concile; on y déclarait publiquement qu'on n'en voulait pas à l'Eglise romaine; et ces déclarations se trouvent égale-

1. Lelt.xi.de la 3« ann., p. 85, col. 1. — 2' Lett. xi.de la 3» ann., p. 85., col. 1. — 2. Variât., liv. m, n. GO, 62. — 4. Prcef. Conf. Aug.; Conf. Argent, in fine. Var., m, 6i; xiv,74.

ment dans les confessions de foi des deux partis, dans celle d'Augsbourg et dans celle de Strasbourg. Appelait-on au concile convoqué par l'Antéchrist? Qui ne voit donc que ce dogme du pape Antéchrist, maintenant le plus essentiel, et celui qui comprend tous les autres , ne fut jamais avancé sérieusement, et qu'il n'était proposé que comme un amusement du peuple, que, non-seulement on n'osait insérer dans les confessions de foi, mais qu'on y combattait ouvertement? M. Jurieu, si fécond à répondre à tout lorsqu'il croit avoir la moindre raison, garde encore ici le silence. Répondra-t-il du moins à ce que je dis', que les articles de Smalcade de 1536, lorsque le parti de Luther, fortifié par des ligues, commença à devenir plus menaçant, furent le premier acte de foi où l'on nomma le pape Antéchrist , et que Mélanchton, si soumis d'ailleurs à son maître Luther, s'y opposa en deux manières : l'une, en protestant qu'il était prêt à reconnaître l'autorité du Pape, et l'autre, en déclarant qu'il fallait se soumettre au concile qu'il convoquerait? Tout cela n'est rien pour M. Jurieu, et il ne fait pas même semblant de l'avoir lu, de peur d'être obligé d'y répondre. J'ai continué l'histoire de ce nouveau dogme, et je reconnais franchement que pour la première fois nos prétendus réformés le voulurent passer en article de foi, et l'insérer dans leur confession en 1603 , dans le synode de Gap, cinquante ans après qu'elle eût été dressée. Le ministre commence ici à rompre le silence : Voilà donc, dit-iF, qui est passé en article de foi dans les Eglises de France ; et je souhaite , ajoute-t-il deux lignes après, qu'oii fasse attention à cet endroit, afin qu'on sache que tout protestant qui nie que le papisme soit l'antichrisiianisme, par cela même renonce à la foi et à la communion de l'Eglise réformée de France ; car c'est un article d'un synode national. Qu'il est fort, et qu'il parle haut, lorsqu'il croit avoir quelque avantage! Mais cependant il oublie que ce grand article, qu'on nous donnait powr si solemiel et pour scellé du sang des martyrs^, avait pour titre. Article omis. Je l'avais expressément remarqué : mais M. Jurieu, qui se voyait convaincu par l'autorité de son synode, où l'on confessait qu'un article qu'on jugeait si important avait néanmoins été omis, et ne commençait à paraître parmi les articles de foi que tant d'années après la réforme, passe encore ceci sous silence, et se contente d'exagérer magnifiquement l'autorité d'un synode national. Mais encore pourquoi ce synode a-t-il tant d'autorité? Nous avons fait voir en tant d'endroits que les synodes les plus généraux de la réforme sont pour M. Jurieu si peu de chose'' : et sans sortir de celui de Gap, il se moque ouvertement de ce qu'il a défini sur l'alTaire de Piscalor, encore qu'en cet endroit il soit suivi par trois autres synodes nationaux. Mais c'est que dans la réforme, les synodes n'ont rien de sacré et d'inviolable , que ce qu'on y dit pour nourrir la haine des peuples contre Rome et entretenir leurs espérances.

Le ministre me demande ici que je lui montre que ce synode ait jamais été révoqué''. Il me produit un grand nombre d'auteurs protestants qui ont soutenu que le pape était l'Antéchrist °; et il s'é-

1. Var., liv. xiii. n. 6. — 2. Lett. xi., 85. col. 2. — 3. Hier.,ib. — 4. Lett. X. de la 3e ann,; Var., -xii, 27 et suiu. — 5. Idem. — G. lOiJ., p. 86.

.VVEUTISSEMEXT AUX PROTESTANTS

lonne de m'enleiulre dire que dans lous les enlre- Uens que j'ai eus avec nos prolesUinls, je n'en al jamais trouve aucun qui fil fort sur cet article. Il trouve mauvais que j'allègue llammond et Cirolius, auteurs protestants; et c'est là le seul endroit de mon livre où il paraisse vouloir faire quelque réponse. Mais il dissimule ce qu'il y a de principal. Si je dis que la controverse du pape Antéchrist m'avait toujours paru tout à fait tombée, c'est après que le ministre reconnaît lui-même à la tète de son Aa'ompUssement dea Prophéties^, que cette controverse de l'Ànlechri^t a langui depuis un siècle; qu'on l'a malheureusemetit abandonnée; que la cause de lous les malheurs et de ces dernières faiblesses des prétendus réformés, c'est qu'on ne leur mettait plus devant les yeux cette grande et importante vérité, que le papisme est l'antechristianisme. Il y avait, dit-il, si longtemps qu'ils 7i avaient ouï dire cela , qu'ils l'avaient oublié : ils croyaient que c'était un emportement des réformateurs dont on était retenu. On s'est uniquement attaché à des controverses qui ne sont que des accessoires, et on 'a négligé celle-ci, qui était la fondamentale et la plus essentielle de toutes. Voilà ce qu'il avait dit luimême. Il m'attaque et il me reproche que j'allègue mon propre témoignage; mais il dissimule que je ne le fais qu'après avoir produit le sien. Que lui sert de me citer des ministres qui ont écrit pour ce nouveau dogme du pape Antéchrist? Ce n'est pas ce que j'ai nié : je sais bien que les ministres n'ont cessé de faire ce qu'ils ont pu pour entretenir dans le peuple ce sujet de haine contre Rome. Mais je dis qu'on ne laissait pas d'abandonner cette controverse, comme le ministre l'avoue^ : que ce soit, comme il voudrait le faire croire, par une mauvaise politique, et pour obéir aux princes papistes; quoi qu'il en soit, j'ai raison de dire que ce grand article de foi du synode de Gap était oublié , puisque M. Jurieu l'a dit aussi en termes plus forts que jo n'ai fait. Je passe encore plus avant. Loin de croire qu'on abandonnât cet article par politique , je dis que ce n'était que par politique, et pour animer la multitude, que la plupart des ministres le soutenaient; mais qu'au fond, ils n'y croyaient pas. Je viens d'en produire la preuve par Vossius^, irréprochable témoin. J'ajoute que ce n'était pas seulement par politique qu'on abandonnait un dogme si insoutenable; c'est qu'on avait ouvert les yeux à son absurdité; c'est que Grotius, protestant alors, el estimé de tous les savants du parti, en avait rougi , el en avait inspiré la honle aux habiles gens de la réforme; c'est qu'il avait été suivi publiquement par llammond , constamment le plus savant el le plus célèbre de lous les protestants anglais , sans que personne l'en eûl repris; et qu'il avait conservé sa dignité, sa réputation, son crédit parmi les siens, quoiqu'il combattu ouverlemenl ce dogme qu'on nous veut donner pour si essentiel; c'est que d'autres savants prolcstanls étaient entrés dans les in/;nie3 sentiments, jusque-là que M. Jurieu luimfcrae élail si touché des raisons, ou de l'autorilé de si graves auteurs, qu'en 1085, un an avant qu'il puhViM fion A aymplissement des Prophéties, il écrivait ces paroles : Chacun mil, et ce n'est pas la peine d'en faire un mystère , que nous regardons le

1 . AvU à louM le» rhr., j. it, Vj. — a fdern. — 3. ,Vi//,., « 1

papisme comme le siège de l'Antéchrist : si c'était une chose unanimement reçue, ce ne serait plus un préjugé; ce serait une démonstration* . Ce n'était donc pas une chose unanimement reçue ; ce ministre savait bien qu'on en doutait dans la réforme : c'est pourquoi il n'ose dire que ce soit une démonstration , c'est-à-dire , une chose assurée , mais seulement un préjugé, c'est-à-dire, selon lui, une chose vraisemblable. Il doutait donc lui-même encore en 1G85, de ce qui lui a paru en 1686 le fondement le plus essentiel de la réforme , sans lequel elle ne peut subsister.

On n'imagine pas ce qu'il pouvait répondre à un passage si précis; car je lui demande ce qu'il lui faudrait, afin que le dogme du pape Antéchrist passât en démonstration comme une chose unanimement reçue? Que demanderait-il pour cela? Quoi, notre consentement? Voudrait-il faire dépendre de notre aveu sa démonstration , et le pape ne sera-l-il jamais convaincu d'être l'Antéchrist, qu'il ne l'avoue? Donc ce qui empêche la démonstration de ce dogme, c'est que la réforme elle-même, malgré l'article de Gap, n'en convenait pas comme d'une chose assurée, et unanimement reçue. C'est pourquoi M. Jurieu ajoute encore^ qu'il laisse indécise cette controverse, quoiqu'il n'oublie aucune des raisons dont on s'est servi dans le parti, et au contraire qu'il les étende jusqu'à en faire un gros volume. Il avoue donc que son dogme du pape Antéchrist, si essentiel en 1686, demeurait encore indécis avec toutes les preuves dont on le soutient en 1685.

Voilà de toutes les autorités qu'on pouvait jamais produire contre M. Jurieu , la plus pressante pour lui , puisque c'était la sienne propre dans un livre composé exprès sur la matière dont il s'agit entre nous. A cela on sent d'abord qu'il n'y a rien à répondre, ni d'autre parti à prendre que celui du silence. C'est aussi ce qu'a fait M. Jurieu. Je lui objecte ces passages dans le xn*' livre des Variations^; et c'était une des autorités dont je me servais , pour détruire la certitude de ce nouvel article fondamental. M. Jurieu s'était engagé dans sa lettre xi«, de répondre à cet endroit de mon livre comme à une chose où il a un intérêt particulier''. Il n'y avait rien où il eût un intérêt plus particulier, qu'une autorité tirée de lui-même : mais il n'en dit pas un mot. Il traite cette matière dans sa onzième lettre pastorale , et il dit dans la douzième an commencement : qu'après avoir anéanti les autorités de M. Bossuet dans sa lettre précédente , il faut anéantir ses raisons. Il en est. donc aux raisons, el il a passé le lieu des autorités, dont la plus considérable était la sienne , à laquelle il ne dit mol.

Qui ne voit maintenant plus clair que le jour, que ce dogme du pape Antéchrist n'est fondé sur aucun principe? Dans les préjugés légitimes en 1685, il n'est pas certain : en 1686, dans l'Accomplissement des Prophéties, il est si certain et si évident, qu'on ne le iieut nier sans renoncer, non-seulement à la réforme, mais encore au christianisme, el sans en être l'opprobre. Mais je dis plus : dans VAccomplissement des Prophéties, où M. Jurieu se donne aux siens, non tant comme un interprète, que comme un homme inspiré , il confesse et répèle

1 . Prtî). lé{/., l" p., cil. IV, p. 72. — 2. Idem. — 3. Var., \\i\ n. 10. — 4. IjfU. XI. '/'' la 3» ann., p. 85.

SUR L'EXPLICATION DE L'APOCALYPSE

bouvenl qu'il y a tant d'obscurité dans les endroils de l'Apocalypse, où il met le dénoûment de tout le mystère, qu'après les avoir lus vingt et vingt l'ois, il n'y entendait jJcis davantage; et qu'il s'assurait seulement que jyersonne n'y avait jamais rien entendu^. S'il avait voulu parler de bonne foi, il nous aurait avoué que les interprétations des protestants sur les autres endroits de l'Apocalypse , ne sont ni plus claires , ni plus certaines : c'est pourquoi un an auparavant et en 1685, il nous les donnait pour problématiques. Il ne répond rien à tout cela et ne laisse pas de nous dire avec un air triomphant^, qu'il a anéanti mes autorités, et qu'il ne reste plus qu'd anéantir mes raisons. S'il appelle anéantir, passer sous silence ce qu'il y a de plus décisif, il a tout anéanti, je le confesse : mais si, pour anéantir des autorités, il faut du moins en { dire quelque mot, on doit croire que mes raisons seront autant invincibles, que mes autorités lui ont paru inattaquables.

Concluons, encore une fois, qu'il n'y a point de principe dans le système protestant; qu'on l'avance, qu'on l'abandonne, qu'on le reprend, qu'on le rabaisse , qu'on le relève sans raison : de sorte qu'il ne faut point s'étonner si, durant un si long temps, les honnêtes gens en ont rougi, et si M. Jurieu lui-même n'a osé s'y appuyer tout à fait.

3. Que les ministres n'ont aucun principe pour prouver que la Babylone de V Apocalypse fut une église chrétienne , et que cela est impossible. — Mais comme il parait se peu soucier qu'on ait varié dans son parti, et d'avoir varié lui-même, recommençons le procès, et cherchons si les protestants ont en effet quelque principe par où ils puissent prouver que la Cabylone de saint Jean soit l'Eglise romaine. Je démontre qu'ils n'en ont aucun; car tout le principe qu'ils ont , c'est que visiblement il s'agit de Piome : or ce n'est pas là un principe; puisqu'ils n'en font rien pour eux, s'ils ne montrent dans l'Apocalypse, non-seulement Rome, mais encore l'Eglise romaine , dont il n'y a pas seulement le moindre vestige dans les endroits qu'ils produisent.

Qu'ainsi ne soit, cherchons dans ce divin livre quelque caractère de l'Eglise romaine en particulier, ou, pour ne point trop pousser nos adversaires , du moins de quelque Eglise en général. Saint Jean dit que la bête est posée sur sept montagnes; je l'avoue : c'est un caractère de Rome, mais qui ne montre pas une Eglise chrétienne. Saint Jean dit qu'elle a sept rois; quoi que ce soit que ces sept rois , ils ne marquent pas une Eglise , et ce n'en est pas là un caractère. Saint Jean dit qu'elle est vêtue d'écarlate ; ce n'est pas un caractère d'Eglise, puisque le sénat de Rome, ses magistrats et ses princes avaient celte marque. Saint Jean dit qu'elle a l'empire sur tous les rois de la terre ; Rome païenne l'avait, et il fallait autre chose pour nous marquer une Eglise.

Mais elle corrompt le genre humain par ses ivrogneries et ses impuretés ; ce qui marque une autorité d'enseigner, et par conséquent une Eglise. Quelle illusion! les prophètes en ont autant dit de Tyr, de Ninive, et de Babylone , qui sans doute n'étaient pas des Eglises corrompues. Nous avons vu'

1. Avis aux chr., 46; Ace. des Proph., ch. iv, vu, etc. — i. Lelt. XII. — 3. Préf., n. 9; Exp. du chap. xvii.

que ces trois superbes villes avaient corrompu ou enivré les nations : Rome païenne a corrompu le monde à leur exemple, en étendant le culte des dieux par tout son empire, en y faisant enseigner une fausse philosophie qui autorisait l'idolâtrie.

Quand donc on veut faire passer la Rome de saint Jean pour une Eglise, à cause qu'elle entreprend de faire embrasser aux hommes une religion , on abuse trop grossièrement de l'ignorance d'un peuple crédule. Car n'était-ce pas en effet une religion que Rome païenne voulait établir par toute la terre , et y forcer les chrétiens? Et quand on serait contraint par l'Apocalypse à regarder cette religion comme particulière à Rome , ce qui n'est pas , n'était-ce pas quelque chose d'assez particulier à Rome païenne , de faire adorer ses empereurs , et avec eux elle-même comme une déesse, dans les temples bâtis exprès? C'est l'idolâtrie que nous avons vue très-bien marquée dans l'Apocalypse de saint Jean'; mais de cette nouvelle idolâtrie qu'on veut attribuer à l'Eglise romaine , de cette idolâtrie dont le vrai Dieu est le principal objet, où l'on reconnaît la création par un seul Dieu , et la rédemption par un seul Jésus-Christ; quoiqu'elle soit d'une espèce si particulière, on n'en montre pas un seul trait dans saint Jean, qui néanmoins, à ce qu'on prétend , n'a écrit que pour la faire connaître.

4. Démonstration que saint Jean ne parle ni du pape, ni d'aucun pasteur de l'Eglise chrétienne. Vaines objections des ministres. — Peut-être qu'on trouvera plus clairement le caractère du pape , c'est-à-dire, celui d'un pasteur de l'Eglise, que celui de l'Eglise même. Et en effet, nous dit-on, il y a la seconde bête, qui est appelée un faux prophète^. Mais en cela on ne voit rien qui marque un caractère de christianisme : les païens ont leurs prophètes ; tout en est plein dans les philosophes, parmi les Egyptiens, dans Platon, dans Porphyre, dans Jamblique, dans tous les autres auteurs : on n'a qu'à voir les remarques sur le xni<' chapitre de l'Apocalypse, pour y voir autant de l'histoire de ces faux prophètes , qu'il en faut pour épuiser le sens de l'Apocalypse. Mais, dit-on, le faux prophète de l'Apocalypse fait venir le feu du cieP ; donc, c'est le pape. Pour moi , j'ai bien remarqué ce prestige, dans les faux prophètes du paganisme, et j'en ai donné des exemples qu'on peut voir dans le commentaire : mais où est ce feu du ciel que le pape envoie? C'est , dit-on, qu'il lance le foudre de l'excommunication. Si un feu allégorique suffît, quelle abondance en trouverai-je dans l'histoire du paganisme? Il n'y a donc jusqu'ici dans les bêtes de l'Apocalypse , aucun caractère de chrétien ; et quand on y trouverait le pouvoir d'excommunier en termes formels, les ministres seraient donc aussi des antechrists comme nous, puisqu'ils ne prétendent pas moins que leur excommunication , prononcée selon l'évangile , est une sentence venue du ciel , et un feu spirituel qui dévore les méchants. Que si c'est là un caractère de l'Antéchrist, il en faudra venir aux indépendants, et à l'oncle de M. Jurieu'', qui soutient que la puissance d'excommunier, qu'on a conservée dans la reformation prétendue, était dès les prc-

1. Voyez les notrs sur les chap. xi, xiii, xvii. — 2. .\poc., XIII, 13; XVI, 1.3. — 3. Voyez ^es notes sur l'Apocal., xiii, 13 — 4. Fasc. Episl., an 1676; Epit. à M. Allix.p. 145.

AVERTISSEMENT AUX ITxOTESTANTS

miers temps, et dans l'Eglise romaine, la tyrannie aniichrélienne qu'il fallait détruire. En un mot, quand on nous oppose la puissance d'excommunier, ou c'est l'abus , ou la chose môme qu'on nous veut donner pour un caractère de faux pasteurs. Mais la chose est apostolique , et il n'y a dans saint Jean aucun mol qui marque l'abus.

5. Que le mystère écrit sur le front de la prostituée, ne prouve point que ce soit une Eglise chrétienne. — Mais, dit-on, la prostituée a écrit sur son front, mystère* : elle voudra donc qu'on la respecte comme une chose sacrée ? Je le veux : qui ne sait aussi que Rome païenne voulait passer pour une ville sainte , consacrée dès son origine par des auspices éternels ? C'était , disait-on , par la puissante vertu de ses auspices divins, que la destinée de Rome avait été supérieure à celle des autres villes ; c'est ce qui avait aveuglé Brennus, ôté le sens à Annibal , elTrayé Pyrrhus , en sorte qu'ils ne purent tenir Rome qu'ils avaient entre les mains. D'ailleurs, ne connait-on pas les mystères du paganisme , et en particulier ceux de Rome, ses augures, ses divinations, ses consécrations, ses cérémonies cachées, ses sacrillces '? On sait même que les mystères des païens étaient souvent une imitation de la véritable religion , et qu'en particulier les philosophes païens et Julien l'Apostat aflectèrent quelque imitation du christianisme ; ce qui donne lieu à saint Jean d'attribuer à la béte deux cornes semblables à celles de l'Agneau-. On n'a qu'à voir nos remarques sur cet endroit, et sur le chapitre xnide l'Apocalypse, pour y trouver clairement toute autre chose qu'une Eglise chrétienne.

6. Conte ridicule de Scaliger, méprisé par Drusius, protestant, et relevé par le ministre Jurieu. — Il ne faudrait pas ici se donner la peine de rapporter un conte qui court parmi les protestants, si leur déplorable crédulité ne leur faisait prendre pour vrai tout ce que leurs gens leur débitent. Les critiques d'Angleterre ont inséré parmi leurs remarques': Qu'un homme digne de foi avait raconté à M. de Montmorency étant à Rome, que la tiare pontificale acait écrit au frontal ces lettres d'or, MvsTERiL'M, mais qu'on avait changé cette inscription. M. Jurieu relève cette historiette toute propre à tromper les simples, avec ces termes magnifiques* : Ce n'est pas sans une providence toute particulière que Dieu a permis qu'autrefois les papes portassent ce nom de Mystère écrit sur leur mitre. Joseph Scaliger et divers autres ont attesté avoir vu fie ces vieilles mitres sur lesquelles ce nom était écrit. Ce ministre artificieux ajoute du sien que Scaliger l'avait vu : on vient de voir que ce qu'il en écrit n'est qu'un ouï-fJire de ouï-dire, et sans aucun auteur certain. Drusius, auteur protestant, en est demeuré d'accord'', cl reconnaît que Scaliger en a parlé seulement sur la foi d'autrui : il fait mémo fort peu de cas de ce petit conte, dont il demande des preuves et un meilleur témoignage. On se tourmenterait en vain k le chercher; c'est un fait irivenlé en l'air : mais M. Jurieu ne veut rien perdre; et il trouve digne de foi tout ce qui fait, pour peu que ce soit, contre le pape.

1. Apoe,. XVII. 5. — a. l'Um, xiii, 11. — 3 Crllic. adcip. XVII, 5, /. VII, //. «O.'», — i. Préj lég., 1. part., 7, p. 171, — h. Criltc. ad Cap. xvii,5, t. vu, p. ifi'jl.

7. Sur le mot Lateinos qu'il n'a rien de commun avec le pape. Démonstration par saint Irénée , duquel il est pris. — Mais voici le grand dénouement : il est dans ce mot de Lateinos, où saint Irénée , un grand docteur et si voisin des apôtres , a trouvé le nombre fatal du nom de l'Antéchrist. Or, Lateinos, visiblement, c'est le nom du pape et de l'Eglise latine, dont il est le pasteur. Voilà tout ce qu'on a pu trouver; mais voyons en peu de mots ce que c'est.

C'est , dit-on , une ancienne tradition , que l'Antéchrist serait Latin , et on la voit commencer dès le temps de saint Irénée. Mais premièrement on se trompe : car saint Irénée propose son mot Lateinos, non pas comme venu de la tradition , mais comme venu de sa conjecture particulière; et nous avons vu*, comme il dit en termes formels, qu'il n'y a point de tradition de ce nom mystique. Mais avouons, si l'on veut , la tradition du mot Lateinos ; saint Irénée l'entend-il d'une Eglise? A-t-il seulement songé qu'il regardât l'Eglise latine? Ecoutons : Ce mot, Lateinos , convient fort à la projjhétie de l'Antéchrist. Pourquoi ? Parce que ceux qui régnent à présent sont les Latins. Saint Irénée voulait donc parler de ceux qui régnaient de son temps, et ne pensait pas seulement à une Eglise.

8. Evidence de la démonstration précédente. — De là résulte ce raisonnement. Saint Jean a voulu donner à la bête qu'il nous a montrée, des caractères par où on la pourrait reconnaître : je le prouve. Il a voulu que l'on connût Rome; il l'a si bien caractérisée, qu'il n'y a personne qui ne croie la voir, dans sa situation par ses sept montagnes, et dans sa dignité par son empire sur tous les rois, de la terre. S'il avait voulu marquer l'Eglise, il ne l'aurait pas désignée moins clairement : or, dans toute son Apocalypse , on ne trouve pas un seul mot qui marque la bête, ni la prostituée comme une Eglise corrompue. Donc démonslrativement ce n'est pas là ce qu'il a voulu marquer.

9. Confirmation de cette preuve , parce que saint Jean a évité d'appeler du nom d'adultère , la prostituée de son Apocalypse. — Loin de marquer la prostituée comme une Eglise corrompue , nous avons montré clairement qu'il a pris des idées toutes contraires à celles-là, puisqu'au lieu de produire une Jérusalem infidèle, ou du moins une Samarie, autrefois partie du peuple saint, comme il aurait fait, s'il avait voulu nous représenter une Eglise corrompue, il nous propose une Babylone , qui jamais n'a été nommée dans l'alliance de Dieu. Nous avons aussi remarqué^ ([u'il n'avait jamais donné à la prostituée le titre d'épouse infidèle ou répudiée; mais que partout il s'était servi du terme de fornication , et de tous ceux qui revenaient au môme sens. Je sais que ces mots se confondent quelquefois avec celui d'adultère; mais le fort du raisonnement consiste en ce que de propos délibéré , saint Jean évite toujours ce dernier mol, qni marquerait la foi violée, le mariage souillé et l'alliance rompue : tout au contraire de ce que Dieu fait en parlant de Juda et d'Israrl, de Jérusalem el de Samarie, à qui il ne cesse de reprocher, qu'elles sont des adultères, qui ont méprisé leur premier époux , en s'abandonnant aux dieux étrangers. C'esl pourquoi il parle

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