‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 554 sur 851 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Passage du livre des Confessions.

Mais pour aller à la source, il faut encore écouler ce saint docteur dans ses Confessions , et lui entendre confesser qu'il devait sa conversion aux larmes continuelles de sa mère. C'est lui-même, qui parlant dans le livre De la Persévérance de cet endroit de ses Confessions^, y reconnaît un aveu de la grâce prévenante et convertissante de Jésus-Chrisl. Mais toutes ses Confessioiis sont pleines d'expressions de celle nature, cl il ne cesse d'y faire voir par ses propres expériences, que tout l'ouvrage de

1. De pi-ced. SS.,c. XIV, n. 27. — 2. C<ip., xi. —3. Sol., lib. I, c. I, »i. 3. — 4. De don. }iers., c. il. n. 3,-5. Lib. i, c. i, n. \. — a. Lib. m. Conf.,cnp. xii,n.2\; De don, pe>-s.,c. \\, n. 33.

DÉFENSE DE LA TRADITION ET DES SAINTS PERES

sa conversion était de Dieu, dès les premiers pas. Car il y montre que c'était par lui et sous sa conduite, DfCE TE, qu'il était rentré en lui-même, ce que je n'aurais pas pu, dit-il, si vous n'aviez pas été mon secours •; et il reconnaît par toute la suite que Dieu gagne, qu'il change les cœurs, qu'il rappelle l'homme ù lui-même par des coies secrètes et impénétrables^ ; en sorte que l'on commence à pouvoir ce que l'on ne pouvait pas, parce que l'on commence par la grûce à vouloir fortement ce que l'on ne voulait que faiblement auparavant.

Il ne faut pas prendre ces sentiments de saint Augustin comme des réilexions qui lui soient venues longtemps après, lorsqu'il écrivit ses Confessions, mais comme l'expression de ce qu'il sentait, lorsqu'il était encore sous la main d'un Dieu convertissant. C'est pourquoi il raconte que dès lors attiré à la continence, il se disait à lui-même devant Dieu ^ : • Quoi , lu ne pourras pas ce qu'ont pu ceux-ci » et celles-là? Est-ce que ceux-ci et celles-là le » peuvent par eux-mêmes , et non pas par le Sei- » gneur leur Dieu? Le Seigneur leur Dieu m'a » donné à eux (et veut que je sois de leur nombre); » pourquoi est-ce que tu l'appuies sur toi-même, » et que par là tu demeures sans appui? Jeltes-toi » entre les bras de Dieu : ne crains rien, il ne se » retireras pas afin que lu tombes : jette-loi sur » lui avec confiance, il le recevra et le guérira. » Tout cela, qu'était-ce autre chose qu'une pleine confession de la grâce de Jésus-Christ? C'est pourquoi, en reconnaissant d'où lui venait cette liberté qui l'alTranchissait loul à coup de tous les liens de la chair et du sang, il s étonnait, dil-il^ de voir sortir son libre arbitre comme d'un abîme; non qu'il n'en eût le fond en lui-même, mais parce que ce libre arbitre n'était parfaitement et véritablement libre, que depuis qu'allranclii par la grâce à laquelle il s'était abandonné , il avait commencé à baisser la tête sous le joug de Jésus-Christ.

Dieu lui fil donc expérimenter, comme à un autre Paul, la puissance de sa grâce , parce qu'il en devait être , après cet apOtre, le second prédicateur; et afin qu'on ne doute pas qu'il n'en eût dès lors compris tout le fond, il dit lui-même ^ qu'en lisant alors l'Ecriture sainte, « il commença à y remarquer » une parfaite uniformité, en sorte que les vérités n qu'il y avait lues d'un cOté, de l'autre lui paraisn salent dites à la recommandation de la grâce , » afin, » dit-il, « <') Seigneur, que celui qui les voit » ne se glorifie pas en lui-rnème, comme si c'était » un bien qu'il n'eût pas reçu; mais qu'il entende » au contraire qu'il a reçu non-seulement le bien f. qu'il voit, mais encore le don de le voir, » qui est le fruit consommé de la doctrine de la grâce.

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