‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 572 sur 851 · Prœf. — 2. Idem · texte numérisé non relu

Prœf. — 2. Idem

« n'ont parlé qu'un même langage sur le libre ar- » bitre, sur la prédestination et sur la grâce; » c'est pour dire que saint Augustin ne l'a pas parlé : « Il n'y » a pas d'apparence que les premiers Pères se soient » tous trompés : » c'est donc saint Augustin qui se trompe et qui renverse l'ancienne doctrine, dont l'Eglise l'avait établi le défenseur. C'est où tendait naturellement tout le discours. L'auteur n'ose aller jusque-là, et tournant tout court : « Je n'ai pas » pour cela prétendu condamner les nouvelles in- )) terprétalions de saint Augustin , » quoique contraires à celles qui ont été reçues depuis les apôtres; c'est-à-dire, je n'ose pas condamner ce que les règles condamnent, ce que j'ai montré condamnable : j'ai bien posé le principe, mais je n'ose tirer la conséquence : « je souhaite seulement que ceux qui se » font gloire d'être ses disciples, ne fassent pas pas » ser tous les sentiments de leur maître pour des ar- » ticles de foi. » Je vous l'ai déjà dit, M. Simon, vous voulez nous donner le change : il ne s'agit pas de savoir si tous les sentiments de saint Augustin sont des articles de foi : il s'agit de savoir si pour combattre ceux à qui vous le faites dire, à tort ou à droit, il n'importe, vous n'avez pas pris un tour qui porte trop loin, qui range saint Augustin au nombre des adversaires de la doctrine reçue depuis les apôtres , qui le note par conséquent et qui oblige à le rejeter comme un novateur : vous avez beau dire , je ne prétends pas, je n'ai pas dessein : c'est de même « que tirer sa flèche contre quelqu'un et » le percer de sa lance, et puis dire : Je ne l'ai pas » fait tout de bon', » je n'avais pas dessein de le blesser.

On voit, dans celle préface de M. Simon, toute la suite de son ouvrage. A vrai dire , c'est à la doctrine de saint Augustin qu'il en veut partout : il y revient à toutes les pages avec un acharnement qui fait peur : il en est lai-mème honteux, et il voudrait bien pouvoir excuser un déchaînement si étrange. « Au regard des Latins, « dit-iP, « j'ai examiné » plus -au long les ouvrages de saint Augustin que » ceux d'aucun autre, parce qu'il a eu des lumières » particulières sur plusieurs passages du Nouveau » Testament, et qu'il a tiré beaucoup de choses de » son fond. » Sans doute son dessein élait de faire admirer la fécondité de son génie , mais non : son dessein était de le reprendre partout, i)artoul de le noter comme un novateur.

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