TROISIEME LETTRE
A M. l'abbé Bertin.
Je vous envoie mes Remarques, Monsieur, Vous voyez bien qu'il y fallait donner du temps. Il n'en faudra guère moins pour recevoir les corrections de l'auteur, quand il en sera convenu. Je n'ai pas peur, Monsieur, que vous les trouviez peu importantes ; au contraire , je suis assuré que plus vous les regarderez de près, plus elles vous paraîtront nécessaires, et que vous ne serez pas plus d'humeur que moi à laisser passer tant de singularités affectées, tant de commentaires et de pensées particulières de l'auteur, mises à la place du texte sacré , et qui pis est , des erreurs , un si grand nombre d'affaiblissements des vérités chrétiennes , ou dans leur substance, ou dans leurs preuves, ou dans leurs expressions, en substituant celles de l'auteur à celles qui sont connues et consacrées par l'usage de l'Eglise , et autres semblables obscurcissements. Il faut avoir pour l'auteur et pour les censeurs , toute la complaisance possible , mais sans que rien puisse entrer en comparaison avec la vérité. Ce n'est pas assez de la sauver par des corrections : le livre s'est débité : il ne sert de rien de remédier aux fautes , par rapport à Paris , pendant qu'elles courront par toute la terre , sans qu'on sache rien de ces corrections. Il n'en faut qu'un exemplaire en Hollande, où l'auteur a de si grandes correspondances , pour en remplir tout l'univers, et donner lieu aux libertins de se prévaloir du nom glorieux de MS'' le duc du Maine, et de celui des docteurs choisis par un si savant et si pieux prince , pour examiner les ouvrages de sa célèbre imprimerie. Ce serait se déclarer ennemi de la vérité , que d'en exposer la cause à un si grand hasard.
Puisqu'il faudra se déclarer sincèrement, et se faire honneur de l'aveu des fautes de cette traduction , il n'en faut pas faire à deux fois, et il est temps de proposer à M. Bourret et à l'auteur le dessein que je vous ai confié. Je vous répète qu'il m'a offert à moi-même de réfuter sa Critique du Vieux Testament ; et il ne tint pas à moi que la chose ne fût acceptée et exécutée , au grand avantage de ia vérité, et au grand honneur de la bonne foi de l'auteur. Il faudrait pousser ce dessein plus loin, et qu'il relevât pareillement les autres fautes des critiques suivantes. Il me sera aisé de les indiquer; car je les ai toutes recueillies , et si je n'avais été empêché de les publier par d'autres besoins de l'Eglise, qui paraissaient plus pressants, je puis assurer avec confiance, sans présumer de moi-même, qu'il y aurait longtemps que l'auteur serait sans réplique. Je n'en veux pas dire ici da\antage. Tout ce qui le fait paraître si savant, ne paraîtrait que nouveauté, hardiesse, ignorance de la Tradition et des Pères ; et s'il n'était pas
INSTHUCTIONS STU LA VERSION DU NOUVEAU TESTAMENT
nécessaire do parlera foiul à un homme comme vous, je -ïiipprimerais \olonlioi-s tout ceci ; mais enlin le temps est \enu qu'il faut contenter la vérité et l'Eglise. Je vous laisse à ménager l'esprit de l'auteur avec toute votre discrétion : je ï'erai même valoir sa bonne foi tout autant qu'il le pourra souhaiter. Quant au fond , je suis assuré d'en convenir avec lui , et quant aux manières, les plus claires et les plus douces seront les meilleures. Je ne \eux que du bien à cet auteur, et rendre utiles à l'Eglise ses beaux talents, qu'il a lui-même rendus suspects par la hardiesse el les nouveautés de ses critiques. Toute l'EijIise sera ravie de lui voir tourner son esprit à quelqueVhose de meilleur, et se montrer vraiment savant , non par des singularités, mais par des recherches utiles. Pour ne rien o'ublier, il faut dire encore que la chose se peut exécuter en deux manières très-douces : l'une, que j'écrive à l'auteur une lettre honnête , où je l'aNerlisse de ce que l'édification de l'Eglise demande que l'on corrige ou que l'on ex|)lique , dans ses livres critiques, à commencer par la Critique du Vieux Testament , et consécuti\ement dans les autres , y compris sa version et ses scholies, et qu'il y réponde par une lettre d'acquiescement. L'autre, queVexcitanl de lui-même à une révision, de ses ouvrages de critique , etc., comme
ci-dessus, et examinant les propositions qu'on lui indiquera secrètement, il y fasse les changements, corrections et explications que demande l'édification de l'Eglise. Il n'y aura rien do plus doux , ni de plus honnête, ni qui soit de meilleur exemple.
Ce sera alors i(u'on pourra le regarder comme le digne interprèle de l'Ecriture, et non-seulement du Nouveau Testament , mais encore do l'Ancien , dont la traduction a beaucoup plus de difficultés. Pour m'expliquer encore davantage, il ne s'agit pas de rejeter toute la Critique du Vieux Testament, mais seulement les endroits qui tendent à affaiblir l'authenticité des saints livres; ce qui ne sera pas fort difficile à l'auteur, puisqu'il a déjà passé condamnation pour Moïse, dans sa Préface sur saint ISIatthieu. Au reste, on relèvera ce qui sera bon et utile dans la Critique du Vieux Testament, comme par exemple , si je m'en souviens bien , sur l'étendue qu'il donne à la langue sainte , au-dessus des dictionnaires rabbiniques, par les anciens interprètes et commentateurs. S'il y a quelque autre beau principe qu'il ait développé dans ses critiques , je ne le veux pas priver de la louange qu'il mérite , et vous voyez , au contraire , que personne n'est mieux disposé que moi à lui faire justice , dès qu'il la fera à l'Eglise.
LXSTRUCTIÛXS SUR LA VERSION DU NOUVEAU TESTAMENT
IMPRLMÉE A TRÉVOUX.
.WIS AU LECTEUR. .
Ckttk première |)artie de mes Instructions, où sans entrer à fond et |)ar ordre dans les passages particuliers, que j'ai à reprendre dans la version (le Trévoux , je me contente de donner l'idée des desseins et du caractère de l'auteur, est si essentielle à la religion et à la Eurcté de l'Evangile, que je ne saurais assez prier le icteur d y apporter une attention vive et sérieuse. Jé- 8u*-Chrisi et les apôtres nous ont avertis, qu'il viendrait des novateurs, dont les dangereux artifices altéreraient dans l'Eglise la simplicité de la foi. Nous ne cherchons [)oint à déshonorer nos frères, à Dieu ne plaiâe , ni à flétrir leurs écrits sans une extrême nécessité; mais quand il arrive de tels novateurs, nous sommes mi"i en sentinelle sur la maison d'Israël pour sonner de la trom[K'ttc : et plus ils tâchent de se couvrir sous des apparences lron)|)euses , plus nous devons élever notre voix.
Le Fils de Dieu nous a donné des marques certaines pf>ur connaître de tels adversaires : Vous les connaîtrez, dit-il ', pnr leurs fruits , et encore : tout bon arljre produit de fffjns fruits; et te mauvais arbre en produit de mmtrnin; el ailleurs' : ou faites l'arbre bon , et son fruit Imiti : ou faites l'arbre mauvais, et son fruit mauxai.%; l'arbre est connu par son fruit. Si donc
j'ai pr. m narticulier do manpier dans une Ordon-
nance publiée à Sfeaux , les fruits qu'a produits depuis \;' ■ ccUù dont je re()rends la doctrine, je n'ai
f'! '• r au (»réce|)to de Ji-sus-Christ, et je n ai pas
b'- 1er c« que tout le monde peut lire dan<
cfv.i- . ;, -irire. L'auteur, loin de corriger ses mau- \ai.H pnnrijM's. na fait que les suivre dans sa nouvelle \er9i0n : ■ r dériaré juridiquemfmt . j'ai [)ro-
mis de I* j.ar mes Initrnction-; suivanl<!S,
dont rd!e-ri p'r^rra In fondi-ment.
i.^ni <.r,-..|i,, ^ii If. jour, et l'impression en étant d» il e^l arrivé que l'aulfiir a publié sa he-