SUR LE DESSEIN ET LE CA.RACTÈRE DU TRADUCTEUR
REMARQUES
sur son OUVRAGE EN GÉNÉRAL,
Où l'on découvre ses auteurs, et son penchant vers les interprètes les plus dangereux.
1 . Dessein de ces remarques générales. — Puisque nous voyons paraître, contre notre attente, et malgré nos précautions, la traduction et les notes d'un auteur, dont la critique hardie, et les interprétations nouvelles et dangereuses rendent la doctrine suspecte, il faut, pour en prévenir les mauvais effets, donner d'abord quelque idée de l'ouvrage dont nous nous plaignons. Nous commençons par la préface, comme par l'endroit où les auteurs font le mieux sentir leur esprit et leur dessein. Mais avant que d'entrer dans cet examen , comme le public a clé surpris de certaines traductions cl explications extraordinaires, qu'on trouve répandues dans
lOG
1N6TUUCT10NS SLll LA VKKSION DU NOUVEAU TESTAMENT.
le livre, il ne sera pas inutile d'en découvrir les auteurs cachés.
?. Explication ejctraordiimire d'un passage où U Fils de l'homme est de'claré maître du sabbat. — Il ne me serait jamais entré dans la pensée, que le Fils de l'homme dans la bouche de Jésus-Christ, fùl un autre que Jésus-Christ môme, qui, pour honorer la nature que le Verbe s'est unie, se voulait caractériser par le titre qui le rapproche de nous. Cependant le traducteur met la chose en doute ; et après la décision de l'Evanirile, il demande encore avec la troupe des Juifs inlidélcs : Qui est ce Fils de l'homme.^ Quis est iste F il ius hominis? Scan, xn. 3i. Car dans la note sur ces paroles : Le Fils de l'homme est maîtremème du sabbat, Malth. . xn, 8; Luc, VI, 5, il traduit : » autrement, l'homme; » et il ajoute : « Il semble que le Fils de l'homme ne soit • pas seulement Jésus-Christ, mais encore l'homme » en général , » qui par ce moyen deviendra maître de toute la loi en le devenant du sabbat. Il est bien certain que le traducteur ne trouve rien dans l'Evangile qui appuie ce sens, ni aucun texte où le Fils de l'homme soit un autre que Jésus-Christ; il ne cite aucun auteur ecclésiastiqne pour une interprétation si bizarre et si inouïe; au contraire, tout s'y oppose : mais il lui suffît d'avoir pour lui Crellius et Voizogue, sociniens'; le premier propose comme recevables les deux explications, et nommément celle qui dit, que par le mot de Fils de l'homme, il faut entendre, « tout homme, ou tout le genre » humain en général : quemtis homiJiem vel genus » humanum yeneratim. » Pour Voizogue, il dit nettement et sans hésiter, que Jésus-Christ « n'a voulu » dire autre chose , sinon que tout homme est » maître du sabbat : Xihil aliud dicere voluit quàm » quemris hominem esse dominum sabbati. » Notre auteur n'a jtas craint d'emprunter de ces hérétiques une doctrine qui alTaiblil l'autorilc de Jésus-Christ, comme étant en égalité avec son Père, le souverain arbitre de la religion.
Le traducteur s'appuie sur saint Marc, n, 27, oii Jésus-Christ dit, que le sabbat est fait pour l'h^jmme, etc., ce que nous examinerons en son lieu; il nous suffît à présent de remarquer que ce sont encore les mêmes auteurs socinieiis ^ qui lui ont Tourni cette preuve comme le reste de la doctrine.
3. Autre passage de l'Evangile traduit et expliqua selon des principes erroné. — Sur ces mots de l'évangile de «ainl Luc, chapitre xni, t. 27 : Disudile à me omnes operarii iniquitatis; il traduit. Vous tous qui rirez dans l'iniquité. Il faut ici se rendre attentif à une finesse socinienne : c'est une do«:lrinc de a;tle secte, qu'on n'est damné que pour les péchés d'habitude : elle est réfutée par ce passage, en tradui.^anl naturellement : Retirez-vous, tf/ua qui ommeltez l'iniquité; ou comme le Père Bouhours a exactement et élégamment traduit : retirez-rrnu , tous qui faites des œurres d'iniquité ', On en élude la forée, en traduisant : mus qui Virex; cl encore plus en exprimant dans la note, que cela mnrqup une hnhiiude dans le vice; c'est aussi l'expliralion de Voizogue, socinien*, qui parle ainsi
J Çritt . tom. t.. ,-. -T.. r.,p. r,d :,. 7.; Volzo'j.. Comm. in r""^.. - 2- f>'ll-< tom. H, p. :iï5. r,:Kp. ad
»ii. O; Lu. . un. ^.-i. YoU., Comm. in Luc. hic.
sur ce passage : Pcr operationem iniquitatis non unus tantùm aut aller actus inlelligilur , sed habitus et consuetudo totius vitœ ; c'est-à-dire, par opérer l'iniquité, il ne faut pas entendre un ou deux actes , mais la coutume et l'habitude de toute la vie : ce qui revient au qui vivez du traducteur. Il ne lui sert de rien d'avoir suivi quelques catholiques, qui n'ont pas vu celte conséquence si favorable aux plus grands crimes s'ils n'étaient pas d'habitude, puisque sa note le convainc de l'avoir vue : le lecteur est invité à s'en souvenir; le traducteur en a fait la remarque, il l'a exprimée; et c'est de dessein formé qu'il a tourné le passage de la manière la plus convenable à y donner lieu.
4. Passage de l'évangile de saint Jean. — C'est une semblable affectation qui fait traduire ces paroles de saint Jean, xv, t- 5 .■ Sine me nihil potestis facere : Vous ne pouvez rien faire étant séparés de moi; et ajouter cette note : Sans moi , c'est-à-dire, séparément de moi, comme le mot grec le marque. Quel inconvénient y avait-il à traduire avec tous les Pères, selon la Vulgate : Vous ne pouvez rien faire sans moi? Mais le traducteur leur a préféré Slichtingius, qui explique ainsi dans son commentaire sur saint Jean (hîc) sine me, id est, à me separati per apostasiam seu defectionem. Il a plu à ce socinien de réduire le besoin qu'on a de Jésus-Christ à une simple obligation de ne pas apostasier, sans au reste , tirer de lui aucun secours par son influence intérieure et particulière; et le traducteur a voulu suivre cette explication jusqu'à l'insérer dans son texte; ce que le socinien n'avait pas osé.
5. Abus du grec. On a vu qu'il s'appuie du grec, et sur le terme yyii^k '■ vain raffinement; puisque lui-môme il a traduit dans saint Jean, i, 3, rien n'a été fait sans lui ; aux Hébreux, xi, 16 : Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu; et ainsi dans les autres endroits oîi l'Ecriture s'est servie du même mot grec.
6. Passage de saint Paul , j'ai haï Esaù : d'où est prise la version du traducteur. — Si l'on voulait donner un exemple d'une traduction téméraire, pour ne rien dire de plus, la première qui se présenterait à la pensée serait celle-ci : J'ai plus aimé Jacob qu'Esaû; au lieu de traduire : J'ai aimé Jacob et j'ai haï EsaiX , comme porte le texte grec , aussi bien que celui de la Vulgate : Rom. ix. 13. Le traducteur leur a préféré Episcopius : Odio habui, dit-il', id est minus dilexi, nec tôt beneficiis affeci : Je l'ai haï ; c'est-à-dire, je l'ai moins aimé, et je ne l'ai pas gratifié de tant de bienfaits. Ainsi la traduction est dictée de mot à mot par le grand docteur des sociniens , avec cette seule différence, que le socinien en a fait sa note, et que l'autre l'a insérée dans le texte même. On sait au reste que les sociniens ont leurs raisons, pour effacer la haine de Dieu contre Esaii , qui suppose le péché originel; et le traducteur a mieux aimé les favoriser que de s'attacher à son texte.
7. Autre passage où le traducteur ôte le terme nx'in : force de ce terme. — Il n'est pas plus excusable d'avoir traduit dans saint Luc, xiv, 26 : « Si » quelqu'un vient à moi, et qu'il aime son père et » sa mère, sa femme, ses (ils, ses frères, ses » sœurs, et même sa propre personne i)lus que
l. Episc. ohH. in liom. 9, y. 13, /*. 402.
PREMIÈRE INSTRUCTION
» moi, il ne peut èlre mon disciple : » au lieu de mettre haïr, comme il est écrit dans le texte grec et dans laVulgate; c'est visiblement altérer la sainte parole. Que dirait-on de celui qui changerait cette vive expression du Psalmiste' : Vous aimez la juslice, et vous haïssez l'iniquité; en ce froid langage : Vous aimez mieux la justice que l'iniquité , et la vertu que le vice? En tout cas, s'il eût fallu expliquer, c'est autre chose d'adoucir un mot dans une note avec les précautions nécessaires; autre chose d'attenter sur le texte même , et vouloir déterminer le Saint-Esprit à un sens plus faible que celui qu'il s'est proposé. Ainsi il n'est pas permis de changer l'expression forte de haïr en celle de moins aimer simplement. Lorsque quelqu'un vous détourne de Jésus-Christ , quelque cher qu'il vous soit d'ailleurs, fùt-il votre père ou votre mère, vous ne vous contentez pas de le moins aimer ; vous le fuyez, vous lui résistez; vous lui refusez toute obéissance et toute communication qui vous pourraient affaiblir, comme si c'était un ennemi et non pas un père. C'est ainsi que l'interprète saint Grégoire, et après lui le vénérable Bède : Odiendoet fugiendo nesciamus : il y a là de la haine, non pas contre la personne , mais contre l'injustice qui met dans le cœur une aversion si opiniâtre .pour Jésus- Christ : on hait de même son âme , ou comme traduit l'auteur, on hait sa propre personne, quand on persécute en soi-même ce principe de concupiscence qui s'oppose à la vertu, et nous ramollit : carnis desideria frangunt , ejus voluptatibus reluctantur, disent les mêmes interprètes. On pousse les choses plus loin , puisqu'on passe jusqu'à châtier S071 corps, avec saint PauP, et à le tenir en servitude; et la pratique des saints est en cela plus forte que tous les commentaires. Mais il n'y aurait qu'à répondre, c'est un hébraïsme, c'est une hyperbole , pour éluder la haine parfaite qu'on se doit porter à soi-même. C'est donc non-seulement une altération , mais un trop grand affaiblissement de l'Evangile que d'en réduire le précepte à un aimer moins.
L'auteur avec Grotius nous renvoie à saint Matthieu, X, 37, où il est porté seulement : Qui aime son père et sa mère plus que moi, n'est pas digne de moi. Mais qui dit le moins n'exclut pas le plus : il fallait donc conserver sa force à la parole de Jésus- Christ, et mettre hdir, sans hésiter comme a fait l'auteur, Malth., vi, 24 : « Nul ne peut servir deux » maîtres : car, ou il haïra l'un et aimera l'autre; » ou il s'attachera à l'un , et méprisera l'autre : » oii il ne s'agit pas seulement de moins aimer, mais de haïr et de mépriser positivement. Il y a aussi , comme on vient de voir, quelque chose de positif dans l'éloignement qu'on a de ceux qui nous veulent séparer de Jésus-Christ; mais surtout le positif est certain en Dieu dans sa haine pour Esaii, à cause du péché originel. Je sais les opinions de l'Ecole sur la réprobation, et peut-être commence-t-elle par un aimer moins; mais pour en comprendre le secret entier que saint Paul a voulu nous proposer, il y faut entendre de la part de Dieu une haine qui ne peut avoir d'autre objet que le péché permis de lui et commis par l'homme; en sorte qu'il n'y a rien de plus erroné que de réduire le haïr de saint Paul
1 Pu. xuv, 8. — 2. /. Cor., IX. 27.
pour Esaû, à un simple mieux aimer pour Jacob.
8. Autre passage de saïjit Paul; doctrine du traducteur sur le domaine absolu de Dieu, qui lui fait rejeter les justes , et de qui elle est tirée. — Quand sur le môme chapitre, Rom., ix, 10, l'auteur dit : « Que Dieu étant le maître absolu a pu » rejeter les Juifs... quand même ils n'auraient » point été coupables : » c'est encore un secret du socinianisme , puisque c'est la doctrine commune de ces hérétiques, de constituer le domaine absolu de Dieu et son empire souverain dans le pouvoir de damner qui il lui plaît, même les plus justes : ils en ont fait des livres entiers sous ce titre : De supremo dominio , ou imperio Dei ; et il est certain qu'ils laissent exercer en partie à Dieu ce domaine si absolu dans la réprobation des Juifs , et la vocation des Gentils; ce que l'auteur exprime en ce lieu.
9. Etrange explication d'un passage de saint Paul {Rom., xiv, 4), et de qui tirée. — Potens est Deus statuere illum, ax^aat, stabilire, firmare : Dieu est assez puissant pour l'affermir (celui qui pourrait tomber). C'est un passage consacré par tous les Pères , et par le concile de Trente pour établir le don de persévérance. Le traducteur l'élude par cette note; l'affermir, c'est-à-dire l'absoudre, ce qui est bien éloigné du mot d'affermir. Mais Crellius a proposé cette explication : Dei sententiâ absolvetur . . . est iii Dei arbitrio ut illum absolvat (Crell. hîc); c'est-à-dire. Dieu l'absoudra : il est au pouvoir de Dieu de l'absoudre. C'est ainsi qu'un des chefs des sociniens tâche d'ôter à l'Eglise un passage principal dont elle se sert pour établir la puissance de la grâce; et loin de le corriger, notre traducteur se rend son complice. Voilà les docteurs qu'il consulte et qu'il étudie, et la suite nous en montrera d'autres exemples.
10. Vaine excuse de l'auteur, et son attachement aux hérétiques les plus pervers, mtil justifié. — Je sais qu'il s'est préparé une excuse en répandant de tous côtés dans ses critiques précédentes, que les Pères n'ont pas toujours refusé les explications des hérétiques; mais l'artifice est grossier, puisqu'on n"a jamais affecté de les suivre jusque dans les endroits suspects; loin de transcrire les notes où ils appuient leurs erreurs, et même d'en composer le texte sacré. Je dirai même qu'on se rend suspect en affectant de les suivre dans les choses indifférentes, ou qui ne paraissent pas regarder la foi , lorsqu'elles sont extraordinaires et déraisonnables.
11. Bizarre traduction d'un passage des Actes prise des mêmes sources. — Je ne connais point de plus bizarre traduction que celle-ci dans les Actes : Multa turba sacerdotum obediebat fidei. Act., vi, 7. Tout le monde traduit naturellement, « un grand » nombre de sacrificateurs ou de prêtres obéissait » à la foi. » Mais il fallait à notre auteur quelque chose de singulier; et il a traduit également contre la Vulgate et contre le Grec : « Il y eut aussi plu- » sieurs sacrificateurs du commun , » etc. ; et la note porte : « On entend par sacrificateurs du com- » mun , ceux qui n'étaient point du premier rang , » soit par leurs charges, soit par leur naissance. » Quoi donc I on ne voudra pas avouer que les sacrificateurs du premier rang auront pu s'assujétir à Jésus-Christ parmi les autres? et qu'est-ce que noire
INSTRUCTIONS SLR LA VEllSION DU NOUVEAU TESTAMENT.
auleur a trouvé dans lo texte pour les en exclure? Uien du tout : mais il lui suflil qu'un socinien imprimé avec les œuvres de Volzogue, lui ait donné dans son commentaire sur les Actes , la vue de distinguer de la troupe {de ceux qui ont cru) les chefs des iimit-quatre ordres des sacrifkateiirs : qui à turM eximi possunt. Ainsi il veut exclure de la troupe des convertis ceux qui étaient les chefs des ordres, comme s'il n'y eût point eu de grAcc pour eux . el ne veut laisser à Jésus-Christ que ceux qu'il appelle hi troupe; ce que notre auteur a voulu traduire par les sacrificateurs du commun.
12. Singularité' sur la conversion de Zache'e : de qui tirée. — Je ne sais quel plaisir on a voulu prendre à diminuer la merveille de la conversion de Zachée en la réduisant à sa seule personne, au lieu que Jésus-Christ y comprend expressément la maison de ce publicain attirée par le bon exemple du maître. Aujourd'hui , dit-il , cette maison a été sautée, Luc, XIX, 9; mais il a plu au traducteur de s'y opposer par cette note : « Ce qui suit semble indi-
• quer qu'il ne parle que de Zachée, et non pas de o tous ceux qui habitaient la maison. » Qu'a-l-il trouvé dans la suite qui restreigne la maison au maître seul ? Luc de Bruges ' avait entendu naturellement que Jésus-Christ voulant expliquer « le » bon elTel de son entrée dans cette maison , » avait exprimé par ce terme « la conversion , première-
• ment du père de famille, et ensuite celle de la » famille même : » et c'est ce qui se présente d'abord à ceux qui ne veulent pas raffiner hors de propos. Mais il suffit au traducteur d'avoir trouvé dans Volzogue : Per domum intelligit solum Zachcmm : « Par la maison Jésus-Christ n'entend que » le seul Zachée (Comm. in Luc. hic); comme si la présence de Jésus-Christ n'eût pas pu être suivie d'un si grand effet.
C'est que les critiques sont contents, pourvu qu'ils se montrent plus déliés observateurs que les autres hommes, et ils trouvent de meilleur sens de ne pas croire tant de merveilles, ni que le monde se convertisse si facilement : c'est pourquoi ils aiment mieux trouver des singularités avec les sociniens, que de suivre le chemin battu avec les autres.
13. Uemarrpie singulière sur les diacres : et de quel auteur elle est. — Dans la note sur les Actes , XX, t. -jji, l'auteur relève avec soin, que les évoques de ce verset, sont les prêtres dii t. 17, el il doit être repris d'avoir étalé sans explication , une énidition si vulgaire en faveur des presbylériens. Mais je veux ici remarquer qu'au même livre des Actes, chapitre xi, t. 30, il ajoute, « qu'il y a de » rapparcrif-e que le mol d'anciens ou de prêtres , » comprend aussi les diacres en ce lieu-ci : » ce qui serait inouT, si le socinien qui a commenté les Actes parmi les «euvres de Volzogue^, n'avait dit c/nnme notre auteur, " qu'il y a a[)parence qu'outre » les pasteurs de l'Eglise, on doit entendre en ce • lieu roux qui comjiosaient lo sénat de l'Eglise, où » b-s diarroH sont compris : gui senntum Ecclesiœ ■•■ ronntitueMnl inter guoH erant el diaconi. »
1'». l.ouangPH données par ce critique à Fauste Sncin , à f'relliuK et à Crolim. — Ceux qui verront ici la \>fuU: ^fjjfU. r|„ iraducteur pour les uni-
I. «HP />• Lue. %. 3. tdU. 16J2. ;,, IW). 2. Comm. in Acla,
XI, Mf, t. * tf. Il,
laires, cesseront de s'en étonner, en considérant les excessives louanges qu'il leur a données. Il ne connaît point d'interprètes de meilleur goût : Socin vise bien, et il cherche, dit ce critique^, les explications les plus simples et les plus naturelles : quoique les siennes sur le Fils et le Saint-Esprit soient queloi'efois forcées et trop subtiles''^. Ce n'est donc que quelquefois : et c'est-à-dire que pour l'ordinaire et même dans les endroits où il établit ses erreurs, il a rencontré le simple et le naturel qu'il cherchait : ce qui , joint à son exactitude et à son bon jugement sur les versions de l'Ecriture^, invite à le lire ceux qui en seraient le plus éloignés. On loue « aussi dans sa critique son application et son bon sens"* : » au reste, « il est surprenant, » dit notre auteur, « qu'un homme qui n'avait pres- » que aucune érudition , et qu'une connaissance » très-médiocre des langues, se soit fait un parti si » considérable en si peu de temps; » et peu s'en faut que l'auteur ne trouve ici à peu près le même miracle qui a paru dans la conversion des Gentils au christianisme : sans songer que le miracle de Socin c'est de savoir flatter les sens, et supprimer ce qui les passe , et on est trop prévenu quand on ne voit pas que c'est là le seul attirail de la secte, et la seule cause du progrès de cette gangrène.
Crellius ne remporte pas de moindres éloges : on pose pour fondement qu'il « ne s'arrête précisément » quiau sens littéral de son texte '^ : » on y ajoute « sa grande réputation parmi les siens, le discer- » nement, le bon choix, l'attachement à la lettre®, » qu'on remarque dans cet auleur, « qui est tout )) ensemble grammairien, philosophe, théologien, » et qui néanmoins n'est pas étendu : allant pres- » que toujours à son but par le chemin le plus » court'', » en sorte qu'on y trouve tout, et avec le fond la brièveté qui est le plus grand de tous les charmes.
« Cet homme, « dit notre critique", « a une » adresse merveilleuse à accommoder avec ses pré- » jugés les paroles de saint Paul : ce qu'il fait avec » tant de subtilité, qu'aux endroits mêmes où il » tombe dans l'erreur, il semble ne rien dire de » lui-môme. » Parler ainsi, c'est vouloir délibérément tenter ses lecteurs, et les porter par une si douce insinuation, non-seulement à lire et à consulter, mais encore à embrasser et suivre des explications si simples, qu'on y croit entendre, non pas l'homme, mais le Saint-Esprit par la bouche de l'Apôtre : c'est ce qui est bien éloigne de la vérité; mais il a plu à l'auteur de lui donner cet éloge.
Il n'oublie rien pour exprimer l'admiration de Grotius pour cet unitaire^, qui , comme Grotius l'avoue lui-même, « lui a montré le chemin pour » examiner à fond le texte des livres sacrés. » En effet, il faut remarquer que le temps où Grotius a écrit ses Commentaires sur l'Ecriture, est celui où il était tout épris de Crellius; et cependant, ce même Grotius, qui remplissait alors ses interprétations de remarques sociniennes, ne laisse pas, selon notre auteur'", " pour ce qui est de l'érudition » el du bon sens , de surpasser les autres commen-
1. Crilir/ue des Commentaires , ch. xcvi , p. 837. — 2. Idem, i.vii, p. «63. — :i. Ihid., ch. i.vi, p. 844. — 4, Ibid., 835. — 5. Jhid., r.vi, p. 810, 817. — 6. Ihid. — 'i7. Jbid., 850. — 8. Ibid., ch. i.vi, p. 8.51. — U. Ibid., ch. i,iv, p. 803. — 10. Ibid., ch. liv, p. 8(J1, 805.
PREMIÈRE INSTRUCTION
» tateurs qui ont écrit devant lui , sur le Nouveau » Teslaraen. »
Pôiidant que les sociniens reçoivent de telles louanges, et que l'auteur conseille à pleine bouche la lecture de ces interprètes, comme très-utile même aux catholiques , les théologiens orthodoxes , et même les Pères, n'ont que des sens théologiques, opposés au sens littéral , et pleins de raffinement et de subtilité : voilà le système de la théologie de notre auteur, dont il a fallu donner cet essai, en attendant qu'on en fasse la pleine démonstration, et qu'on y apporte le remède convenable.
15. On remarque en passant le vrai caractère des sociniens bien éloigné des idées qu'en donne l'auteur. — Si cependant on est tenté de croire que les interprétations des sociniens tant vantées par notre critique, aient du moins de la vraisemblance, je promets à tout lecteur équitable de le convaincre d'erreur. La suite fera paraître que leur vraisemblance, c'est qu'ils savent flatter les sens : leur simplicité consiste à contenter la raison humaine par l'exclusion de tous les mystères : leur bon sens, c'est le sens charnel qui secoue le joug de la foi : quelque amour qu'ils fassent paraître pour les bonnes mœurs, l'enfer éteint, et la damnation réservée par ces hérétiques aux seuls péchés d'habitude, font l'agrément de leur morale : leurs interprétations par rapport au texte sacré, sont toutes forcées , absurdes , incompatibles avec le sens naturel , et ne paraissent coulantes , que parce qu'il est aisé de suivre la pente de la nature corrompue, et d'avaler un venin qu'on rend agréable, en nourrissant la licence de penser impunément tout ce qu'on veut.
16. Question : Si le traducteur est tout à fait net sur la divi7iité de Jésus-Christ? — Savoir maintenant si un interprète si favorable aux unitaires , a parlé convenablement et conséquemmenl de la divinité de Jésus-Christ : la chose était difficile. Il lui faut faire justice sur les remarques de sa traduction; il y établit positivement et souvent la divinité de Jésus-Christ contre les nouveaux paulianistes, et il appelle hérésie la doctrine contraire. Mais pour bien comprendre le génie de ces hérétiques, il ne suffit pas de s'opposera quelque endroit de leur doctrine : un petit mot qu'on leur laisse rétablit toute leur erreur, et ce n'est pas les connaître que d'en penser autrement : or je trouve dans notre auteur, sur la divinité de Jésus-Christ, non-seulement quelques petits mots qui pourraient avoir échappé , mais encore tant de faux principes , tant de passages afiaiblis, tant d'expressions ambiguës, et partout une si forte teinture du socinianisrae, qu'il n'est pas possible de l'eflacer.
17. Passage de saint Paul (I. Cor., xv. 24, 25), et note peu convenable à la divinité de Jésus-Christ : de qui tirée. — Par exemple : car il est bon de donner d'abord quelque idée de la méthode de l'auteur en cette matière, comme on a fait dans les autres : sur ces paroles de la I^^^ aux Corinthiens, ch. xv, t- 24 et 25 , oii saint Paul expose « que la (in vien- » dra lorsque Jésus-Christ remettra son royaume à » Dieu son père; » on ne sait ce que veut dire cette note : « Jésus-Christ remettra à Dieu son père sa » qualité de Messie, par laquelle il gouverne toute » l'Eglise; et c'est ce gouvernement ou royaume
» qu'il remettra à son père. » Est-ce donc qu'il cessera d'être messie, ou roi, ou pontife, ou médiateur? Ce mystère n'est connu que des sociniens, qui tous unanimement décident avec Grotius (I. Cor., xv, t. 24) , que la fin dont parle saint Paul , c'est la fin du règne de Jésus-Christ.
18. Divers sentiments des sociniens : le traducteur prend le plus mauvais. — Crellius qu'il suit ordinairement , comme lui avait voulu voir sur le même endroit la fin du règne de Jésus-Christ. Slichtingius seul', quoique d'accord dans le fond avec les autres , a eu honte de cette expression , qui fait finir le règne de Jésus-Christ, dont l'ange avait dit que le règne n'aurait pas de fin. Par la fin, il a expliqué la fin du monde. Dans ce partage tel quel des sociniens , notre auteur a choisi le parti le plus opposé à Jésus-Christ : la fin, t. 24 , c'est-à-dire, » la fin du monde ; ou plutôt comme les paroles » suivantes l'insinuent , celle du règne de Jésus- » Christ : » il avait voulu bien dire d'abord, et ménager le règne éternel de Jésus-Christ, mais Crellius et Grotius l'ont emporté; et c'est au règne de Jésus-Christ, et non pas au monde , que saint Paul donne une fin.
19. le sens du traducteur est incompatible avec la divinité de Jésus-Christ. — Mais si Jésus-Christ est Dieu , comment peut-on imaginer la fin de son règne; et la divinité qui lui est unie à jamais, peutelle ne le pas faire éternellement régner, même selon sa nature humaine? ainsi que les sociniens qui ne croient pas que Jésus-Christ soit Dieu et homme, et Grotius qui en tant d'endroits affaiblit cette idée, disent qu'on verra la fin de son règne : mais un prêtre qui fait profession d'être catholique, comment a-t-il pu se laisser éblouir de ces vains raisonnements? car voici en vérité une étrange idée : « Jésus-Christ, » dit Grotius, « remet son » royaume, son commandement, son autorité; c'est » comme les présidents des provinces rendaient aux » Césars la puissance qu'ils avaient reçue : Redde- » bant Cœsaribus acceptam potestatem. » Crellius s'explique de mème^ ; Verbum tradendi hoc loco id significat quod vulgô dicere soient resignare; quo pacto verbi gratiâ, dux bellicus potestatem à rege acceptam tradit régi, eique résignât , cùm eam ita deponit , ut ea jam tota atque in solidum ad regem redeat, quœ antea fuerat ipsi communicata à rege. « Rendre, dit-il, le royaume, signifie le remettre » aux mains de son père, comme un général d'ar- » mée » (après avoir achevé la guerre et subjugué » les ennemis) « remet au roi ses pouvoirs ; en sorte » que la puissance qu'il dépose retourne toute en » solidité au roi qui l'avait communiquée; » c'est ce qu'il appuie en sept ou huit pages avec une longueur qui ne ressent guère la précision dont notre auteur l'a loué. Quoi qu'il en soit, voilà ces grands interprètes que ce traducteur a tant relevés : une petite comparaison tirée des choses du monde, avec quelque trait d'humanité ou d'histoire fait toute leur théologie, sans qu'ils s'élèvent au-dessus, ou que jamais ils puissent sortir des pensées humaines. N'est-il pas plus digne de Dieu et de Jésus-Christ de dire avec l'Ecriture, que le royaume de Jésus-Christ c'est son Eglise; qu'après qu'il l'a recueillie de toute la terre, et pendant la suite des siècles, à la