LIVRE X. — SEMI-PÉLAGIANISME DE M. SIMON
» uns, ou le dcmérile des autres? Où cherchera- | » t-on la cause de la différence, si ce n'est dans la » profondeur des conseils de Dieu? » Il faut se : taire, et bon gré mal gré, avouer qu'en de telles choses il n'y a qu'à reconnaître et adorer sa sainte ! et souveraine volonté. |
Je ne m'étonne donc pas si les semi-pélagiens , ; encore qu'ils reconnussent le péché originel , ne voulaient pas qu'on apportât l'exemple des petits enfants à l'occasion des adultes, comme on l'apprend de saint Augustin' et de la lettre d'Hilaire-, ni s'ils cherchaient de vaines différences entre les uns et les autres. C'est qu'en avouant ce péché, ils n'en voulaient pas voir toutes les suites, dont l'une est le droit qu'il donne à Dieu de damner et les grands et les petits, et de faire miséricorde à qui il lui plaît. L'orgueil humain rejette volontiers un argument qui Unit trop tôt la dispute, et fait taire trop évidemment toute langue devant Dieu.
Lespélagiens s'imaginaient justifier Dieu dans la différence qu'il met entre les enfants, en disant qu'il ne s'agissait pour eux que d'être privés du royaume des cieux, mais non pas d'être envoyés dans l'enfer; et ceux qui ont voulu introduire à cette occasion une espèce de félicité naturelle dans les enfants morts sans baptême, ont imité ces erreurs des pélagiens; mais l'Eglise catholique ne les souffre pas; puisqu'elle a décidé, comme on a vu, dans les conciles œcuméniques de Lyon II et de Florence, qu'ils sont en enfer comme les adultes criminels, quoique leur peine ne soit pas égale; et quand il serait permis (ce qu'à Dieu ne plaise!) d'en revenir à l'erreur des pélagiens, saint Augustin n'en conclut pas moins' que ces hérétiques n'ont qu'à se taire : puisqu'enfin, de quelque côté qu'ils se tournent pour établir la différence entre les enfants baptisés et non baptisés, quand il n'y aurait dans les uns que la possession et dans les autres que la privation d'un si beau royaume, il faudrait toujours reconnaître qu'il n'y a là ni hasard, ni fatalité, ni acception de personnes; mais la pure volonté d'un Dieu souverainement absolu.
Ainsi il sera toujours véritable que la prédestination des enfants répond aux objections qu'on pourrait faire sur la prédestination des adultes; mais il y a bien un autre argumenta tirer de l'un à l'autre. Saint Augustin a démontré par ce passage de la Sagesse'* : // a été enlecé de peur que la malice ne le corrompit, que Dieu prolonge la vie ou l'abrège selon les desseins qu'il a formés de toute clcrnité sur le salut des hommes; qu'ainsi c'est par un effet d'une prédestination purement gratuite qu'il continue la vie à un enfant, et qu'il tranche les jours de l'autre, faisant parla que l'un d'eux vient au baptême, dont l'autre se trouve privé; ou que l'un est enlevé en état de grâce, sans que jamais la malice le puisse corrompre, pendant que l'autre demeure exposé aux tentations où Dieu voit qu'il doit périr. Quelle raison ai)portcrons-nous de celle différence, sinon la pure volonté de Dieu? puisque nous ne pouvons la rapporter ni au mérite de ces enfants, ni à l'ordre des causes naturelles, comme à la source primitive d'un si terrible discernemenl; puisqu'ainsi que nous avons vu, ce serait, ou in-
1. De don. peys.,c. xi, n. 26. — 2. Episl. Hil, ad Au<j., n. 8. — "A. Lib. II. ah Jiomf.. r. v. — 1. Sap.. iv. H.
troduirc les hommes dans le royaume de Dieu , ou les en exclure par une espèce de fatalité ou de hasard; mais si ce raisonnement ne souffre point de réplique pour les enfants , il n'en soulïre pas non plus pour les adultes. Leurs jours ne sont pas moins réglés par la sagesse de Dieu que ceux des enfants. C'est d'eux principalement que parlait le Saint- Esprit dans le livre de la Sagesse, lorsqu'il dit, qu'ils ont été enlevés pour prévenir les périls où ils auraient pu succomber. C'est donc par une pure miséricorde que l'un est pris en étal de grâce, pendant que l'autre également en cet état, est abandonné aux tentations où il doit périr. De là pourtant il résulte que l'un est sauvé et que l'autre ne l'est pas. Il n'y a point d'autre raison de la différence, que celle de la volonté de Dieu. Ce qu'il a exécuté dans le temps, il l'a prédestine de toute éternité. Voilà donc déjà dans les adultes, aussi bien que dans les enfants, un elTet certain de la prédestination gratuite, en attendant que la suite nous découvre les autres que M. Simon reproche à saint Augustin comme des erreurs , où ce grand homme s'est éloigné du droit chemin des anciens.
Dans toute cette matière, l'esprit de ce téméraire -criticpie est de dépouiller la doctrine de saint Augustin de tout ce qu'elle a de solide et de consolant, pour n'y laisser, s'il pouvait , que des ditïicullés et des sujets de dispute , ou môme de désespoir et de murmure. Mais si l'on apporte à la déduction que nous allons commencer, tant de la doctrine de ce Père, que des erreurs (le M. Simon sur le dogme de la grâce, l'attention que mérite un discours de cette nature, j'espère qu'on trouvera que tout ce qu'a dit saint Augustin pour établir l'humilité , est aussi plein de consolation, que ce cpi'a dit M. Simon pour llatter l'orgueil, est sec et vain.