‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 690 sur 851 · LIVRE X. - SEMI-PÉLAGIANISME DE M. SIMON · texte numérisé non relu

LIVRE X. - SEMI-PÉLAGIANISME DE M. SIMON

Dieu qu'il affermisse la foi dans leurs cœurs; c'eslà-dirc, dit. saint Ghrysostome, qu'elle n'y demeure pas seulement mais qu'elle y jette de profondes racines, ce qu'on ne fait qu'en y consentant et en la recevant de tout son cœur. C'est donc encore un coup, cela qu'on demande; et c'est pourquoi il continue : que Dieu leur rétèle l'Evangile; sur quoi saint Ghrysostome fait cette observation : « C'est qu'on voit dans cette prière comme deux voiles sur l'Evangile, pour l'empèclier de se découvrir à nous : l'un , si nous fermons les yeux; l'autre, » si on ne nous le montre pas. Car, » poursuit-il, quand nous serions disposés à le recevoir, il nous sera inutile, si Dieu ne nous le découvre; et quand Dieu nous le découvrirait, il ne nous apporterait » aucun fruit, si nous le rejetions; nous demandons » donc l'un et l'autre, » c'est-à-dire, qu'il nous montre l'Evangile et qu'il nous empêche de le rejeter; ou comme l'explique ce Père, et que Dieu y ouvre les cœurs et qu'il clécoutre l'Etangile; qui est demander, non-seulement ce qui vient du côté de Dieu, mais encore ce qui vient du nôtre, c'est-àdire, notre libre consentement. Il est pourtant vrai, dit ce Père, qii'on n'ouvre pas les yeux, si on ne veut auparavant les ouvrir ; mais il vient de trouver dans la prière , qu'il faut demander à Dieu qu'on le veuille, et qu'on le veuille si bien, que l'Evangile ne soit pas seulement proposé, mais encore reçu.

Les autres demandes sont que Dieu donne aux catéchumènes « un esprit possédé de lui et tout » divin; de chastes pensées, une sainte vie : qu'il » leur soit donné de penser continuellement à lui , » de s'en occuper, et de méditer sa loi nuit et «jour*; » toutes choses qui ne se font que par l'exercice du libre arbitre, exercice par conséquent qu'on demande à Dieu, quand on lui demande ces clioses. Qu'y a-t-il qu'on fasse plus par son libre arbitre que de s'abstenir du péché? Mais c'est encore cela même qu'on demande à Dieu avec plus d'attention que tout le reste. Prions Dieu, dit-on, avec encore plus d'attention, que])ieu les délivre de tout mal, de tout pèche', de toute la malice de l'ennemi. Qui est celui qui, en faisant celte prière, veut seulement demander le pouvoir de ne pécher pas qu'il a déjà, s'il est justifié'? Et qui ne sent, au contraire, que ce que demandent les plus justes et ce qu'il faut demander, est qu'en elVel on no pèche point, et que Dieu , qui tient en sa main notre libre arbitre, le conduise de telle sorte, qu'il ne s'égare jamais de la droite voie, et que la tentation ne prévale pas? C'est aussi ce que Jésus-Christ nous a lui-même appris à demander, comme nous verrons bientôt; mais ce n'est pas ce que nous avons à considérer : nous en sommes à remarquer un fait constant dans les prières de l'Eglise, que ce qu'elle demande pour ses enfants est l'effet et le bon usage actuel de leur libre arbitre; c'est-à-dire, ce qu'il y a de plus libre en nous, ou plutôt précisément ce qui nous fait libres.

Pendant qu'on faisait ces prières, les catéchumènes étaient prosternés : tous les lidèles répondaient Amen-. C'était donc la foi commune de tous les fidèles qu'on y venait d'énoncer : or on y venait d'énoncer le tout-puissant elTet de la grâce. C'était

\. LU. Prœf., p. 518. — 2. Idem, p. 521.

donc la foi de l'Eglise autant en Orient qu'en Occident; et saint Prosper a raison de dire avec saint Augustin, que la loi de prier établissait ce qu'il fallait croire.

M. Simon reprend ce saint homme de ce qu'il établit la grâce efficace par celle manière secrète, dont on entend au dedans le Père céleste, et dont on y apprend sa vérité. Mais saint Ghrysostome l'explique de même , en montrant que ceux-là apprennent et sont véritablement enseignés « de Dieu ' , ') à qui il a mis dans le cœur, selon l'expression du » Prophète, une oreille qui écoule; puisqu'alors ce » n'est point des hommes, ni du maître qui est sur » la terre qu'on apprend, mais on est enseigne de » Dieu, et l'instruction vient d'en-haut; » ce (pi'il prouve parce qu'on ajoute dans la prière : « et (|ue » Dieu répande au dedans la parole de vérité : au » dedans, » dit-il, « parce qu'on n'a point vérita- » blement appris, jusqu'à ce qu'on ail appris de » celte sorte; » qui est aussi précisément ce ([u'cnseigne saint Augustin , et ce qu'il prouve par les mômes passages, lant des prophètes que de l'Evangile, le confirmant par ce bel endroit de saint Paul- : « Je n'ai pas besoin de vous instruire sur la charilé » fraternelle , puisque vous avez déjà appris de » Dieu à vous aimer les uns les autres, car vous le » faites; » ce qui montre, dit saint Augustin, (|ue le propre effet de celte grâce spéciale, par laquelle Dieu nous enseigne, est (ju'on en vienne à roffet; et c'est aussi ce que la prière apprenait à saint Ghrysostome.

Et lant s'en faut que ce saint docteur soupçonnât que celle prière, et la vertu de la grâce qu'on y demandait, allaiblissait le libre arbitre, qu'il s'en sert au contraire pour l'élablir; puisqu'il trouve tout ensemble dans la prière, et l'instruction de ce qu'on doit faire librement pour plaire à Dieu , et le secours qu'on doit demander pour l'exécuter. On verra dans tout le discours de saint Ghrysostome , qu'il fait toujours marchep ensemble ces deux choses; et saint Augustin n'a pas un autre esprit, lorsqu'il enseigne c|ue le commandement et la prière sont unis ensemble, puisque nous ne devons demander à Dieu que ce qu'il commande, comme il ne commande rien (|ue ce dont il nous ordonne de lui demander l'actuel accomplissement; en sorte, dit-il, que le précepte n'est qu'une invitation à prier, comme la prière est le moyen sur d'obtenir l'accomi)lissement du précepte.

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