‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 7 sur 851 · Idem. —3. Il/id. —4. Lettre xiii · texte numérisé non relu

Idem. —3. Il/id. —4. Lettre xiii

tôt? Puisque c'est ici la seule objection qu'il choisit pour y répondre, c'est celle où il se sent le plus fort; mais écoutons ce qu'il dit* : c'est que saint Jean ne parle point des triumvirs, parce que les triumvirs doivent être rapportés à la dictature perpétuelle. Et, en effet, poursuit-il, le triumvirat d'Auguste, de Lépide et d'Antoine fit partie de la dictature perpétuelle , établie par Sylla et jjar César. La république ne fut érigée en forme d'empire qu'après le triumvirat; car quand 7ious mettons les dictateurs pour l'un des gouvernements, nous n'entendons pas cette dictature extraordinaire qui ne durait quelquefois qu'un mois ou deux, et même beaucoup moins. Nous entendons ici cette dictature perpétuelle qui fut érigée par Sylla, et qui contiiiua jusqu'à l'empire d'Auguste. Le triumvirat fut la fin de cette dictature perpétuelle, et ne fut rien autre chose que la dictature divisée et posée sur trois têtes. On ne peut pas brouiller davantage l'idée des choses. Si ce ministre avait consulté M. Grœvius, ou quelqu'autre de ces savants hommes qui ont cultivé les belles-lettres, il n'aurait pas dit que Sylla avait érigé la dictature perpétuelle , comme si cette magistrature fût devenue de son temps ordinaire à Rome; ce ne fut qu'un pouvoir extraordinaire donné à Sylla, qui devait expirer avec sa vie. Après qu'il l'eût abdiqué, comme il fit au bout de trois ou quatre ans , le consulat reprit le dessus trente ans durant; de sorte qu'il n'y a rien de plus contraire à l'histoire, que de faire continuer ce gouvernement jusqu'aux empereurs. Il est vrai qu'après ces trente ans , la dictature perpétuelle fut donnée à César, qui en jouit cinq ou six ans, et le triumvirat suivit de près. Mais il ne fut jamais établi pour être perpétuel , puisqu'il ne devait durer que cinq ans : de sorte qu'il n'y avait rien de plus éloigné de la dictature perpétuelle : et cette charge tenait plus du consulat que de la dictature, puisque même la dictature avait été abolie à jamais, en haine de la tyrannie de César, et qu'on donna aux triumvirs la puissance consulaire : le nom même de triumvirs répugnait à la dictature, celte dernière magistrature n'étant autre chose qu'une parfaite monarchie, c'està-dire, la souveraine puissance sans restriction dans un seul homme : de sorte que regarder avec M. Jurieu le triumvirat comme une dictature divisée et posée sur trois têtes , c'est renverser la notion de cette charge. Par la même raison, on pourrait dire que le décemvirat n'était aussi qu'une dictature posée sur dix tètes : on pourrait dire que la puissance des tribuns militaires , qui n'était en effet que la consulaire, d'où vient qu'on les appelait , tribuni militum consulari potestate, n'était que le consulat' posé sur quatre ou sur six tètes , au lieu qu'auparavant il ne l'était que sur deux. Ainsi les tribuns militaires, qui en effet ne sont que des consuls multipliés, feraient encore moins un état à part, et une forme particulière de gouvernement que les triumvirs. Bien plus, les empereurs mômes, qu'on nous donne pour si distingués des dictateurs, n'étaient en effet que des dictateurs perpétuels, c'està-dire, sous un autre nom, des monarques absolus. Ainsi, ce nombre de sept si précis, selon M. Jurieu ^, pour distinguer les Etats de Rome, ne l'est point du tout : si on regarde les noms, il y en a plus de

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