Lett. XIII, p. 100. — 2. Idem
AVERTISSEMENT AUX PROTESTANTS
sept ; <i on rogardo les choses , il y en a moins : c'est un nombre lait à plaisir : et tout le système protestant tombe à terre par ce seul défaut.
Quel opprobre du christianisme et de la sainte parole, de faire représenter à saint Jean tout l'Etat de Rome avec tant de confusion et de si fausses idées! Mais, dit M. Jurieu', si saint Jean n'a pas voulu poser dans Rome ces sept formes de gouvernement, on ne sait plus ce qu'il veut dire par ses sept tètes, ni par ses sept rois. Quoi I parce que les protestants ne savent plus où ils en sont sans ces sept Etats de Rome, il faudra que saint Jean ait dit toutes les absurdités qu'il leur aura plu de lui attribuer? Mais qui a dit à M. Jurieu que saint Jean ait voulu représenter tout lElat de Rome? Nous lui ferons bientôt voir le contraire par lui-même. Qui lui a dit que ce saint apôtre, dans un si grand nombre d'empereurs, n'en ait pas voulu choisir sept à qui convienne cet endroit de sa prophétie? ou bien qu'il n'ait pas voulu désigner un certain temps, où il y ait eu en effet sept empereurs sous qui l'Eglise ait soutTert? Que si tous ces dénouements, qui ont contenté d'autres interprètes, ne lui plaisaient pas, ne valait-il pas mieux avouer qu'on n'entendait pas un passage obscur, que de n'y trouver de sortie qu'en faisant dire des extravagances à un prophète ?
15. Incertitude des protestants, et renversement prodigieux de l'histoire dans leur système. — J'avais encore objecté aux protestants leur incertitude sur la naissance de l'Antéchrist. Crépin le faisait naître vers le temps de Grégoire VII. Dumoulin remontait de quelques siècles , et le faisait commencer vers l'an 755^. On verra que cette opinion ne s'accorde guère avec les principes de la réforme, qui demandent que l'Antéchrist naisse dans le temps que l'empire romain se démembre : mais c'est qu'on n'osait pas remonter plus haut; et on respectait le temps de saint Grégoire , loin de porter ses attentats jusque sur saint Léon : c'est pourquoi d'autres protestants mettaient l'Antéchrist un peu après saint Grégoire sous Boniface III, à cause, à ce qu'on prétend, quoique sans preuve, qu'il se dit évèquc universel. M. Jurieu , plus hardi que tous les autres, remonte jusqu'à saint Grégoire dans ses Préjugés légitimes^, et même jusqu'à saint Léon dans son Accomplissement des Prophéties. Nous avons vu'* que rien n'empêchait qu'on ne remontât jusqu'à saint Innocent, n'était que les mille deux cent soixante ans, qu'il faut donner nécessairement au règne de l'Antéchrist, seraient écoulés, et l'imposture confondue par l'expérience. Voilà ce qui a sauvé saint Innocent; car tout le reste lui convenait aussi bien qu'à saint Léon, et l'audace ne manfjuait pas à notre interprète.
Il compte pour rien ces variations, et il croit tout sauver on répondant que le pape n'en est pas moins l'Antéchrist'', quoiqu'on ne convienne pas du temps où il commence de l'être; il fait semblant de ne pas voir la difTIcullé. Si les marques de l'Antéchrist sont aussi éclatantes qu'on le prétend dans la réforme, elles doivent être reconnues, et, par manière de dire, sauter aux yeux, lorsque Dieu les
i. LeU. XIII, p. 100. — 2. Accom. des Proph., ch. tv, p. 21.'j, — .1. Pr^j ,\. p., p. «{, elr. — 4. VarUt., xiii , 22, 20.-5. LHl. XIII, p. M, W.
' fait paraître. Encore si la diirércnce n'était que de peu d'années, on pourrait dire qu'il faudrait quelj que temps à l'Antéchrist pour se déclarer; mais elle est au moins de trois cents ans ; il y en a autant bien comptés de 455, où commence M. Jurieu, jusqu'à 755, où commence Dumoulin ; dès 755 deDu- \ moulin , jusqu'au temps de Grégoire VII, il y en a I encore autant : ainsi , depuis le cinquième siècle ; jusqu'au onzième, il y a six cents ans, dans le cours desquels les interprètes protestants se jouent pour trouver leur Antéchrist prétendu, c'esl-à-dire, qu'on n'y voit rien. Que le pape soit l'Antéchrist, ! c'est une idée que la haine inspire, et qu'on suit \ dans tout le parti; mais on n'a aucune marque pour le reconnaître.
Qu'ainsi ne soit : écoutons M. Jurieu sur les causes qui ont empoché d'en établir la naissance dans saint Léon : Cest, dil-iP, quon n'avait pas fait jusqu'ici assez d'attention sur ce passage de saint Paul : Quand celui qui tient , c'est-à-dire l'empire romain, sera aboli, alors le méchant sera révélé ; ni à cet autre de saint Jean : Les dix rois prendront puissance avec la bête; passages que les protestants ne cessent de faire valoir depuis cent ans dans toutes leurs disputes et dans tous leurs livres; et cependant M. Jurieu nous assure que jusqu'ici on n'y avait pas fait assez d'attention. Car, poursuit-il, 071 y aurait vu bien nettement que l'on doit compter les ans de l'Antéchrist, du temps auquel l'empire romain a été aboli et démembré en dix royaumes , c'est-à-dire, au cinquième siècle. Mais si la chose est si nette, comment les protestants ne l'ont-ils pas vue depuis tant d'années ? Tous sont d'accord avec M. Jurieu, que l'Antéchrist doit prendre naissance dans le démembrement de l'empire ; ils savent tous aussi bien que lui que l'empire a été démembré au cinquième siècle ; d'où vient donc qu'ils ont hésité à faire naître l'Antéchrist en saint Léon , si ce n'est qu'ils gardaient encore quelque mesure avec la sainte antiquité, et qu'ils n'étaient point parvenus à un si haut point d'audace.
Mais ce qui fait voir clairement qu'il n'y a là aucun fond, c'est que tout s'y dément à l'œil. Il est plus clair que le jour, que saint Léon et ses successeurs, loin do changer, pour peu que ce soit, la forme du gouvernement de Rome, n'ont pas seulement songé à s'y attribuer la puissance temporelle; et alin que M. Jurieu ne nous dise pas, selon sa coutume, que les papes commencèrent alors à s'établir, ou que ce fût là, comme il parle, l'enfance du gouvernement i)apal , je maintiens que durant ce temps, et plus de trois cents ans durant, on ne voit dans la papauté aucun trait de puissance politique : les papes demeurent sujets des empereurs , ou des Iléruies et des (Jstrogoths qui régnaient dans Rome, pour ne point parler des empereurs français et allemands. I^a forme du gouvernement ne fut donc point changée à Rome par saint Léon et les autres papes, ni au temps du démembrement de l'empire, ni plus de trois cents ans après : par ' conséquent , la septième tète qu'on fait commencer alors, n'est pas une forme de gouvernement. Que si l'on voulait compter pour septième gouvernement, le gouvernemerlt spirituel fpi'il faudrait dire que saint Léon se voulut attribuer alors, outre 1 . LeU. xfii, as.
SUR L'EXPLICAÏIUN DE L'APOCALYPSE
qu'il est bien certain que Rome, pour le spirituel, ne déféra pas plus à saint Léon qu'elle avait fait à ses prédécesseurs, on irait contre le système, puisqu'on y regarde la bète à sept tôles au xm^ et au xvn^ cliapitres , comme un empire mondain ' et la septième tête de la bète , comme une septième forme du gouvernement politique, continuée avec la sixième, qui est celle des empereurs; joint qu'il serait ridicule que saint Jean ayant entrepris de conduire la description de l'état temporel de Rome durant six gouvernements consécutifs, le laissât là tout d'un coup pour passer au spirituel , et encore sans en avertir, ni nous en donner la moindre marque. Ainsi la septième tôle qu'on veut faire commencer à saint Léon, n'est ni un gouvernement politique, ni un gouvernement spirituel. Ce n'est pas non plus un gouvernement mêlé du spirituel et du temporel; puisque toujours il faudrait conclure, ou que saint Léon aurait été prince temporel , contre toutes les histoires ,* ou que ce ne serait pas en lui qu'aurait commencé la septième tête.
16. Renversement de tout le système, démontré par un seul mot de l'ApocalyjJse. — Mais quand à force de s'être entêté de la beauté du système, on aurait dévoré ces inconvénients; quand on aurait par force plié son esprit à prendre des formes de gouvernement pour des rois, et qu'on s'opiniàtrerait, contre la vérité de l'histoire, à soutenir que l'anlechrist saint Léon aurait du moins commencé à changer le gouvernement de Rome, voici un mot de saint Jean qui va tout foudroyer par un seul coup. Car enfin, le septième roi, qui n'était pas encore venu de son temps, qui, selon les protestants, devait venir en 455, au démembrement de l'empire, ou, si l'on veut, en 600, plus ou moins, en un mot, le pape Antéchrist : Quand il viendra, dit saint Jean, Une doit subsister qu'un peu de temps, xvn. 10. C'est le caractère que saint Jean lui donne , et il ajoute au verset suivant : Il va à sa perte; il n'a qu'un moment de durée , et ne paraît que pour disparaître aussitôt après, t. 11. Or, le pape dure encore, et sa durée, selon le système, doit être de plus de douze cents ans; donc il est plus clair que le jour qu'il ne s'agit pas ici du pape.
17. Illusion des ministres sur la courte durée de la septième tête. — Les ministres se moquent de nous trop grossièrement, lorsqu'ils allèguent ici ces beaux passages^ où il est dit que mille ans devant Dieu ne sont qu'un jour^; car il ne faut pas être grand prophète pour deviner de celte sorte. Ce ne sont pas les prophètes du Seigneur; ce n'est pas un saint Jean qui prévoit ainsi ce que tout le monde sait comme lui. Il ne s'agissait pas de comparer la durée du septième roi avec l'éternité de Dieu , devant qui tous les siècles sont moins qu'un moment; il s'agissait de la comparer avec la durée des autres rois et des autres gouvernements, parmi lesquels il y en avait , comme on vient de voir, qui n'avaient duré que deux ans. Mais quand on voudrait comparer tous les six gouvernements ensemble avec celui de la papauté, il se trouverait que le dernier, à qui on donne la brièveté pour caractère , devait lui seul durer autant et plus que tous les autres ensemble, comme le ministre l'avoue''' : et la
1. Prcj. lég.. 1. p., p. 102.— 2. P. 5, 99, 1. 8. — 4. Ace, 1 . p ., ch. i , p. 11 .