‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 71 sur 851 · Crit, des Comm. sur le N. T., ch. xL,p. 589, etc · texte numérisé non relu

Crit, des Comm. sur le N. T., ch. xL,p. 589, etc

veautés, mais on fait voir seulement qu'on leur cherche de l'appui.

24. Carton du traducteur sur cet endroit de l'épitre aux Philippiens , et qu'il y laisse l'erreur en son entier. — C'est une maxime fondamentale dont le lecteur judicieux se doit souvenir. Au reste, l'impérieusement du traducteur est si visiblement condamnable, qu'il a enfin donné un carton où il le corrige dans le texte. Mais le livre s'est débité et se débite sans ce changement. On ne sait ce que c'est que ces cartons de l'auteur : si vous le pressez , voilà un carton pour servir d'excuse : laissezle dans sa liberté , le livre aura son cours naturel , et l'erreur se répandra par toute la terre : la vraie traduction sera bannie; l'impéfHeusenient subsistera dans toute sa force. Le traducteur y est si attaché , qu'il le laisse dans sa note du carton, comme pouvant donner lieu à une autre version également approuvée .• Autrement, dit-il, selo7i Gaigney, après quelques anciens , il ne s'est pas attribué impérieusement, etc. Ainsi la traduction demeurera autorisée par le témoignage singulier d'un seul auteur; un seul auteur donnera aux mots le sens qu'il voudra : le traducteur n'aura à lui joindre que des hérétiques , et Gaigney lui servira toujours de prétexte à copier Grolius et ses semblables.

25. Si c'est une excuse à l'auteur de promettre quelques anciens : maxime importante pour la Tradition. — Il ne sert de rien de nous dire que Gaigney parle après quelques anciens; car il faudrait les nommer. Ou ces anciens sont ceux que Gaigney allègue lui-même, et on a vu qu'ils ne lui sont d'aucun secours : ou c'en sont d'autres que le traducteur nous fait attendre. Mais sans vouloir deviner ce qu'il semble n'avoir osé dire, dès qu'il ne nous marque que quelques anciens , on voit assez qu'il n'a pour lui ni le grand nombre, ni les plus illustres.

Il se trompe s'il s'imagine que quelques anciens qui auront parlé en passant, ou qui seront peu connus , ou qui auront en eux-mêmes peu de poids, soient capables d'autoriser une explication. Ce n'est pas là ce qu'on appelle la Tradition ni le consentement des Pères. On sait qu'il y a eu dans l'antiquité des Théodore de Mopsueste , des Diodore de Tarse , des disciples cachés d'Origène, qui en auront pris le mauvais, et quelques autres auteurs aussi suspects. Si le traducteur s'imagine contrebalancer par un ou deux anciens les Athanase, les Chrysostome, les Hilaire, les Ambroise, les Augustin, les trois Grégoire, et les autres qui sont pour nous, il ne sera pas écouté; et il montrera seulement qu'il ignore les maximes de l'Eglise.

26. Vaine excuse du traducteur. — Le traducteur s'est préparé une évasion , en disant que du moins on n'a rien à lui reprocher sur la divinité de Jésus- Christ, puisqu'il l'a si clairement établie en tant d'endroits, et même sur le passage de l'Epître aux Philippiens que nous tournons contre lui. Il aurait raison si on l'accusait de nier ce grand mystère de notre foi : mais il voit qu'on lui fait justice, et qu'on a déclaré d'abord qu'il s'en était expliqué souvent cl avec force. Mais on lui a fait voir en même temps que pour être irréprochable sur ce point il fallait parler conséquemment , et n'affaiblir par aucun endroit les preuves et le langage de l'Ecriture et de

INSTRUCTIONS SUR LA VERSION DU NOUVEAU TESTAMENT

rE^'li>c. Ainsi ce n'olait pas assez ilans le passage de l'Epilre aux Philippiens d'élablir par celte parole, i7 ftait en la forme de Dieu, que Jésus-Christ est vraiment Dieu , el de le prouver par une dcluonslralion de sainl Clirysostoiue. Ces autres paroles, U n'a pas cru que ce fût une usurpation, n'étaient pas moins inviolables, ni moins sacrées. Un vrai orthodoxe lest en tout : s'il innove par un endroit, il sait bien qu'il donne lieu d'innover en d'autres; et qu'ainsi il se rend coupable s'il ne soutient également en tout el partout la plénitude du tcile.

•:î7. Arerti.<srment important sur les pièges qu'on peut tendre axu simples, et sur le moyen de les ' (citer. — Les remarques sur les passages particuliers découvriront dans le livre du traducteur d'au- | très exemples de même nature que ceux qu'on a rapportés , j?l le public verra de plus en plus combien il est dangereux de se laisser prévenir d'eslimo pour ces interprètes trompeurs : on les suit même dans les points où l'on semble s'en éloigner, et tout se ressent de leur erreur : leur adresse est singulière à insinuer leurs dogmes; et s'il échappe à quelque interprète catholique une ou deux explications qui les favorisent sans que les auteurs en aient assez aperçu les conséquences, nous verrons bientôt qu'ils lé savent relever : si nous joignons à leurs autres artifices leur coutume d'accommoder leur langage à tous les pays où ils vivent, nous tremblerons pour les simples; et sans être malins ni soupçonneux, nous aurons toujours les yeux ouverts pour n'être point le jouet ou la proie des ennemis qui se cachent. Si notre traducteur nous est suspect, il doit s'en prendre à lui-même, et au penchant prodigieux qu'il a témoigné pour les plus pervers des interprêtes. Ainsi sans nous contenter d'un ou deux auteurs catholiques , qu'il pourra quelquefois nommer parmi les modernes, nous croirons toujours être en droit de lui demander de plus sûrs garants, el d'en appeler à l'antiquité, à la Tradition, au consentement unanime des Pères, en un mot, à la règle du concile de Trente.

28. Suite du même atertissement , et conclusion de ces remarques générales. — On ne doit donc pas le tenir pour excusé, si en deux ou trois endroits de rcux que nous reprenons il nous marcpic des catholiques qui auront traduit comme lui, el qui n'auront pas toujours été assez attentifs aux dangereuses Conséquences de leur traduction. Car pour lui il ne nou5 a pu cacher qu'il les a vues , el qu'il a passé par-dessus. D'ailleurs on ne verra pas dans les autres une pente déclarée pour des interprèles trompeurs; il en faut donc toujours revenir au fond , sans s'excuser par des exemples qui même se trouveront rares. Enfin , notre auteur s'est lui-même Ole celle cxru.-e par ces paroles de sa préface (\>n{^(i 3). Il eut fUà sfAihailer que cen saranls traducteurs (M. de Sanj, U l'ère Amelote dr, l'Oratoire, messieurs de Porl-Hoijal, et les HH. PP. Jésuites de Paris) eussent eu une plu* grande crmnaissance des langues originales et fie re qui appartient à la critique. C'est en vainqu'i' • • - ■ plus de grec, plus d'hébreu, F'l"9 ''♦'* ' 'dire, plus d'exactitude que

les interprète» les plus célèbres de nos jours : s'il ri' '■ ' ^ • et qu'il continue à s'au-

•• i ' avoir corrigés , son pro-

pre témoignage s'élève contre lui , el nous lui pouvons adresser ces paroles du Fils de Dieu' : Si vous aviez été aveugles vous n'auriez pas de péché; mai)itenant que vous dites : Nous voyons, votre péché subsiste.

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