‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 73 sur 851 · Joon., IX. 41. — 2. l'ref, p · texte numérisé non relu

Joon., IX. 41. — 2. l'ref, p

PREMIERE INSTRUCTION

4. Celte explication est celle que tous les sociniens donnent pour fondement à leur doctrine. — Il ne faut donc pas s'étonner si tous unanimement ils ont embrassé celle manière d'interpréter la filiation de Jésus-Christ. Fausle Socin, dans son Institution de la religion chrétienne, dit' : « que Jésus- » Christ est appelé Fils de Dieu, parce qu'il a été » conçu et formé par la vertu du Sainl-Esprit dans » le sein de la Vierge , et que c'est la seule raison » que l'ange ait rendue de sa filiation. » Il remarque ailleurs 2 qu'il n'en faut point chercher d'autre pour appeler Jésus-Christ le Fils unique de Dieu, « qu'à cause qu'il est le seul qui ait été conçu de » cette manière, et que l'Ecriture ne donne jamais » pour raison de cette singulière filiation de Jésus- » Christ, qu'il est engendré de l'essence et de la » substance de son père. »

5. Les sociniens se servent comme notre auteur, de l'autorité de Maldonat, et s'autorisent de cette même explication sur l'évangile de saint Luc. — Volzogue, un des chefs de celle secte, écrit dans son Commentaire sur saint Luc, et sur ces paroles de l'ange, « que Jésus-Christ est Fils de Dieu; » parce que Dieu fait par sa vertu ce que fait un » père vulgaire dans les autres hommes : » ce qu'il prouve par Maldonat, dont il rapporte au long le passage; en sorte que le traducteur n'aura pas seulement tiré des sociniens l'explication qu'il donne à l'Evangile, mais encore qu'on lui pourra reprocher d'avoir appris d'eux à se servir de Maldonat pour la défendre.

Ils font néanmoins la justice à Maldonat de le reconnaître pour un puissant défenseur de la divinité de Jésus-Christ, slrenuum defensorem^ : mais ils prétendent qu'à celle fois son aveu leur fait gagner leur cause.

J'ajoute que le traducteur, si soigneux de prendre dans Maldonat ce qui peut être avantageux aux sociniens, le devait être encore plutôt à suivre les autres remarques de cet interprète contre leur doctrine, ce que nous verrons qu'il n'a pas fait.

6. Explication conforme d' Episcopius. — Episcopius, le grand docteur des sociniens^, voulant expliquer les causes pour lesquelles Jésus-Christ est appelé Fils de Dieu uniquement et par excellence, met à la tète sa conception par l'opération du Saint- Esprit, comme le fondement de toutes les autres.

Ils concluent tous unanimement, que c'est en qualité d'homme que Jésus-Christ est appelé Fils de Dieu ; ce qui s'accorde parfaitement avec notre auteur, qui ne veut point que la nature divine de Jésus-Christ soit nécessaire pour lui faire donner ce titre avec l'excellence particulière qui est marquée dans l'Evangile.

7. Les sociniens raisonnent plus conséquemment que le traducteur. — Telle est la doctrine des sociniens, qui raisonnent plus conséquemment que l'auteur de la nouvelle version , puisqu'ils expliquent d'une manière uniforme tous les passages de l'Evangile, au lieu que l'auteur dont nous parlons excepte un passage principal de l'intelligence commune ; et ainsi abandonnant aux sociniens un texte si essentiel, il leur donne un droit égal sur tous les autres.

1. Tom. 1, p. C50. — 2. Tract, de Deo, etc. Ibid. 3. Idem. — 4. Inst. theol., lib. iv, c. xxxiii, p. 305.

8. Nécessité de s'opposer à cette doctrine. — On ne s'étonnera pas que je prenne un soin particulier d'éclaircir une matière si capitale, puisque la discussion en est nécessaire pour faire seniir l'esprit d'une version à laquelle on donne dès la préface un si mauvais fondement; pendant qu'en même temps on lui veut donner de l'appui sous un nom aussi célèbre que celui de Maldonat.

9. Trois vérités opposées à l'explication dont il s'agit. — J'oppose trois vérités à cette erreur : la première, qu'elle est condamnée par toute la tradition, et par les expresses définitions de l'Eglise : la seconde, qu'elle est contraire aux textes exprès de l'Evangile; d'où s'ensuivra la troisième, que c'est en vain qu'on lui cherche un fragile appui dans le nom d'un célèbre auteur.

10. Tradition unanime des saints Pères, pour prouver par un principe général que le nom de Fils, comme il est donné à Jésus-Christ , emporte la divinité. — Tous les Pères, d'un commun accoid, ont rejeté celle doctrine, en décidant que pour appeler Jésus-Christ Fils de Dieu, au sens qu'il est appelé dans l'Evangile, c'est-à-dire, le fils unique, le vrai et le propre fils, il faut entendre nécessairement qu'il est le fils par nature , et de môme essence que son père.

Saint Athanase pose cette règle * : « Tout fils est » de même essence que son père; autrement il est » impossible qu'il soit un vrai fils. » C'est ce qu'on trouve à toutes les pages de ses écrits contre les ariens , et ce qu'on lit à chaque ligne dans la lettre synodale de son prédécesseur saint Alexandre , et du concile d'Alexandrie à tous les évèques du monde : c'est le principe que donnaient les Pères pour prouver la consubstantialilé , et par conséquent la divinité de Jésus-Christ.

11. Définition expresse des conciles d'Alexandrie et de Nicée, suivie du témoignage de tous les Pères. — Quand donc les sociniens nous objectent que l'Ecriture ne donne jamais pour raison de la filiation de Jésus-Christ , sa génération de l'essence ou de la substance de son père, ils se trompent visiblement, puisque cette unité d'essence est suffisamment exprimée par le seul nom de fils, entendu comme il est donné à Jésus-Christ , c'est-à-dire , de fils unique, et de vrai ou propre fils. La définition du Symbole de Nicée y est expresse : Je crois en Jésus-Christ, né fils unique du père, c'est-à-dire, de sa substance. Ainsi la substance du père est comprise dans le nom de fils unique : d'où il suit, selon ce Symbole , qu'il est Dieu de Dieu, lumière de lumière , vrai Dieu de vrai Dieu. Par conséquent la notion de la divinité ne peut pas être séparée du nom de fils, comme il est donné au Fils de Dieu; et c'est l'expresse définition du concile de Nicée.

On lit aussi partout dans les deux Cyrille, celui de Jérusalem et celui d'Alexandrie ^, que Jésus- Christ est toujours appelé le Fils unique de Dieu, c'est-à-dire , fils par nature , proprement et en vérité. Saint Augustin dit aussi ^, sur ces paroles du Symbole, « Et en Jésus-Christ son Fils unique, rei> connaissez qu'il est Dieu : car le Fils unique de » Dieu ne peut pas n'être pas Dieu lui-môme; « et

1. Ep. cd Serap., édit., Bened., tom. i, j'art. 2, p. C87. — 2, Cyril Hier. Cat., 10, Cyr. Alex., Epist. ad Mon. j£g. et alibi passim. — 3. Tom. \i. de Symb. ad Catech. n. 3.

tl'(

INSTIîrCTK^'S SUll LA VKRSION DU NOUVEAU TESTAMENT.

encore : • Il a engendré ce qu'il esl ; cl si le lils n'est pas ce qu'est son père » (o'esl-à-ilire) de même nature que lui); il n'est pas vrai fils.

Ainsi , c'est une règle universelle , reconnue par tous les saints, et expressément décidée par le concile d'Alexandrie et |)ar celui de Nicée , que tous les passages où Jésus-Glirisl est appelé Fils de Dieu absolument , comme il l'est partout , emportent nécessairement sa divinité. Détacher avec notre auteur de ce sens unique un seul passage de l'Evangile, c'est renverser le fondement de la foi, c'est rompre la chaîne de la Tradition; et comme il a été dit, c'est en éludant un seul passage de lEvangile, donner atteinte à tous les autres.

12. Explications particulières des saints Pères sur le passage de saint Luc dont il s'agit. — Après les passages où l'explication que nous combattons est condamnée en général, venons aux endroits où est expliqué en particulier le texte de l'Evangile de saint Luc qu'on entreprend d'éluder. Saint Alhanase, dans le livre de V Incarnation , en expliquant ce passage, et venant à ces paroles : Ce qui naîtra saint de toits, sera appelé fils de Dieu, conclut aussitôt que celui que la Vierge a enfanté , est le vrai et naturel Fils de Dieu, et Dieu céritable : il ne croit donc pas possible d'en séparer la divinité.

Ce passage esl cité par saint Cyrille dans sa premit're épilre aux impératrices devant le concile d'Eplicse' ; de sorte que dans ce seul texte nous voyons ensemble le témoignage de deux grands évèques d'Alexandrie , dont l'un a été la lumière du concile de Nicée , et l'autre a été le chef de celui d'Ephèse.

Saint Augustin parle ainsi dans un sermon admirable prononcé aux catéchumènes en leur donnant le Symbole*: là il exj)lique ces paroles du même Symbole : « Né du Saint-Esprit et de laVierge » Marie, par celles-ci de l'Evangile : Le Saint-Esprit » descendra sur vous, et la vertu du Très-Haut vous » couvrira de son ombre : et l'ange ajoute , dit-il , » c'est pourquoi ce qui naîtra saint de vous sera

• appelé Fils de Dieu : il ne dit pas, poursuit ce » Père, sera appelé Fils du Saint-Esprit, mais sera » appelé Fils de Dieu : ce qu'il conclut en ces » termes : Quia sanctum, ideo de Spiritu Sancto :

• quia nascetur ex le, ideo de Virgine Maria :

• quia Filius Dei, ideo Verbum caro factum est; » c'est-à-<Jire , parce que Jésus-Christ esl une chose

• sainte, «anctum, il est dit qu'il est conçu du Saint- » Esprit : parce que l'ange a ainsi parlé à la sainte

• Vierge , il naîtra de vous; c'est pour cela qu'on a . mis dans le Symbole, né de la Vierge Marie, et ■ parcii qu'il est le Fils de Dieu, c'est pour cela

• que le Verbe a été fait chair. » Ainsi en expliquant de dessein formé le [lassago de sainl Luc que nous traitons, on voit qu'il y fait entrer l'incarnalion du Verbe, loin de croire qu'on puisse l'enlcnd' me notre auteur, sans y comprendre sa d....

Ce Père remarque soigneusement, que Jésus- Chrisln'' ippelé Fils du Sainl-Espril; ce qui

serait in- ; , s'il était lils seulement par la formation divine et surnalurello de son corps; parce q -•; que cetif; formation soit attribuée spéciab'.n' m 'lU Saint-Esprit, comme un ouvrage de grAce

I. Léb. Spitt. I. ad Rtg. ant» cône. Kph. — 2, Tom. v Herm '.ettt. i» ir.t ut. 8i/mh III, n. 7.

el de sainteté, ainsi que la création est attribuée au Père, néanmoins au fond elle appartient toute à la Trinité, comme toutes les opérations extérieures; en sorte que si Jésus-Christ est appelé Fils de Dieu, à cause précisément qu'il est conçu du Saint-Esprit, le Père céleste n'est pas plus son père que le Saint- Esprit ou le Fils môme : ce qui est une hérésie formelle, plus amplement combattue dans un autre endroit de sainl Augustin que je marque seulement'.

13. Décision expresse du concile de Francfort et de tout rOccident. — Mais que servirait d'alléguer ici d'autres autorités particulières, puisque nous avons la décision du concile de Francfort^, où tout rOccidenl , le pape à la tète , en alléguant le passage dont il s'agit : le Saint-Esprit descendra sur vous, etc., lorsqu'il en vient à ces mots : il sera appelé Fils de Dieu, les explique ainsi : il sera appelé fils absolumerit ; parce que Vange ne parle pas seulement de la majesté de Jésus-Christ , mais encore de sa dicinité incarnée , laquelle, par conséquent, il a en vue, en appelant Jésus-Christ Fils de Dieu; d'où ces Pères concluent enfin qu'il n'est pas un fils adoptif, mais un fils véritable; non un étranger (qu'on prend pour fils), mais un propre fils, de même essence que son père. Ainsi l'ange en l'appelant fils , exclut qu'il soit adoptif, ce qu'il n'évilerail pas s'il s'agissait seulement d'un fils par création, el par une opération extérieure. Il s'agit donc d'un fils par nature, et par conséquent d'un Dieu; el c'est, selon ce concile, ce que l'ange a voulu dire eh le nommant fils.

14. Trois passages exprès de l'Evajigile pour la doctri7ie précédente. — Trois passages exprès vont faire voir que selon le style de l'Evangile, le nom de Fils de Dieu ne peut jamais être désuni de la divinité.

1° « Les Juifs cherchaient à faire mourir Jésus- » Christ, parce que non-seulement il violait le sab- » bal, mais encore parce qu'il disait que Dieu était » son propre père (car c'est ainsi que porte le Grec), » se faisant égal à Dieu. » (Jean, v, 18.) Donc, par le nom de Fils de Dieu, les Juifs entendaient euxmêmes quelque chose d'égal à Dieu, et de même nature que lui : par conséquent celte idée de divinité esl comprise naturellement dans le nom de fils.

2° La môme vérité se prouve par celle parole des Juifs : « Ce n'est point pour une bonne œuvre que » nous vous lapidons, mais pour un blasphème; et » parce qu'étant homme, vous vous faites Dieu. » (Jean, x, 33). Or, Jésus-Christ ne se faisait Dieu qu'en se nommant Fils de Dieu : on entendait donc naturellement que ce terme, au sens que Jésus-Christ le prononçait, renfermait sa divinité. Mais l'ange ne l'entendait pas en un autre sens que Jésus-Christ; donc l'expression de l'ange montre Jésus-Christ comme Dieu.

3" Sans sortir même des paroles de l'ange , il veut que Jésus-Christ soit fils de Dieu au même sens que ce sainl ange le disait fils de David et fils de Marie; autrement il y aurait dans son discours une grossière équivoque, et une manifeste illusion : or, estil que Jésus-Christ est fils de David et de Marie , parce qu'il est engendré de môme nature qu'eux? Il

1. Tom. VII. Knchir. cap. .38, 39, 40- — 2. Conc. Franco f. in Hbfllo Episc. H'il. lit can. 1. Tom. m. Conc. ffall.

PREMIÈRE INSTRUCTION

est donc aussi Fils de Dieu , parce qu'il est engendré de même nature que son Père.

15. C'est une erreur de Fauste Socin de dire qu'on soit Fils de Dieu sans être de même nature. — Par là est condamné Fauste Socin, lorsqu'il dit qu'on peut être Fils de Dieu sans être de même nature'; et la même condamnation tombe sur tous ceux qui en quelque endroit que ce soit de l'Evangile , séparent la divinité du nom de fils.

Nous avons donc démontré, comme nous l'avons promis, non-sealement par la tradition de tous les Pères, et par les expresses définitions de l'Eglise, mais encore par l'Evangile, en trois passages formels, qu'on ne peut dire selon le même évangile, que Jésus-Christ soit Fils de Dieu, sans le reconnaître pour Dieu.

16. Objection tirée de l'idée de l'ange. — Voici néanmoins ce qu'on nous objecte : car il faut laisser sans réplique ceux qui voudraient trouver dans les paroles de l'ange une erreur de si dangereuse conséquence. On fait donc cette objection. Ce saint ange, en expliquant la filiation de Jésus-Christ, n'en a point rendu d'autre raison , si ce n'est qu'il est conçu du Saint-Esprit , et par l'ombre de la vertu du Très- Haut : ideo, dit-il, pour cela; sans-parler de la génération éternelle du Fils de Dieu : elle n'y est donc pas nécessaire. Mais ceux qui parlent ainsi, ont peu pénétré la force que donnent les Pères aux paroles de ce bienheureux Esprit.

17. Réponse par la doctrine des saints Pères : ce que c'est que Tobumbrare et le sanctum de l'ange. — Le pape saint Grégoire a entendu dans cette ombre du Très-Haut, dont la bienheureuse Marie a été couverte, les deux natures du Fils de Dieu^, et l'alliance de la lumière incorporelle qui est Dieu, avec le corps humain, qui est regardé comme l'ombre.

Conformément à celte explication , le vénérable Bède a remarqué dans cette ombre du Très-Haut, la lumière de la Divinité unie à un corps humain ^.

D'autres Pères ont observé dans ce terme sanctum, au neutre , et au substantif, une sainteté parfaite et absolue, qui ne peut être que celle de la Divinité ; et cette explication n'est pas seulement de quelques Pères, comme en particulier de saint Bernard^, mais encore du concile de Francfort, au lieu déjà allégué , où l'on voit que si Jésus-Christ est saint en ce sens, il est donc saint comme Dieu , et sa divinité est exprimée par ce mot.

18. Sentiment des cardinaux Tolet et Bellarmin appuyé par saint Cyrille de Jérusalem. — S'il faut venir aux modernes , le cardinal Tolet a reconnu après les anciens, dans ce neutre su])stantif sanctum , la sainteté de la Divinité mème^; et dans l'ombre du Père éternel, l'union de la même divinité avec la nature humaine par l'incarnation.

Le même interprèle a remarqué^ dans l'opération du Saint-Esprit, une céleste préparation de la sainte Vierge pour être Mère de Dieu , n'y ayant que le Saint-Esprit qui fût digne, pour ainsi dire, de former un corps que le Fils de Dieu se put unir.

Le cardinal Bellarmin a dit^ que cet ideo de l'ange, tant objecté par les sociniens , « était un

1. Resp. ad lib. Wieki., tom. ii,p. 569. — 2. Mor . in Job,< lib. 18, cap. 12, sub fin. — 3. In Luc, cap. i. — 4. Bern., super: Missus est : pnssim. — 5. Comm. in Luc, i. ann. 97, 100, 102, etc. — 6. Toi. Ibid. — 7. Tom. 1. 2. Cont. gen. lib. i. de Christ., cap; 6.

» signe, et non une cause, de ce que Jésus-Christ » était appelé Fils de Dieu. Car il était convenable » que si Dieu se voulait faire homme , il ne naquît » que d'une vierge; et que si une vierge devait » enfanter, elle n'enfantât qu'un Dieu. » C'est la solution de ce grand cardinal; et Fauste Socin n'a fait que de vains efforts pour y répondre'.

Cette explication de Bellarmin est proposée dès les premiers siècles dans un catéchisme de saint Cyrille de Jérusalem, où il parle en cette sorte^ : « Parce que Jésus-Christ , le Fils unique de Dieu, » devait naître de la sainte Vierge , la vertu du y> Très-Haut l'a couverte de son ombre, et le Saint- )) Esprit descendu sur elle l'a sanctifiée, afin qu'elle » fût digne de recevoir Celui qui a créé toutes » choses. » Elle devait donc le recevoir en vertu de cette divine préparation; et son fils devait être un Dieu.

19. Sentiment conforme de Luc de Bruges. — Luc de Bruges tranche aussi la chose en un mot^, lorsque pour lier avec l'mEO de saint Gabriel le ^lius Dei que cet archange y attache : « il sera, dit )> ce docte commentateur. Fils de Dieu par nature, » et tel qu'il l'est de toute éternité dans le sein de » son Père; pour cette raison entre les autres, qu'il » sera conçu du Saint-Esprit , sans avoir un homme » pour père , nul ne pouvant être conçu et fait » homme de cette sorte que le Fils de Dieu, auquel » seul il ne convenait pas {non decebat) d'avoir un » homme pour père sur la terre, parce qu'il avait » Dieu pour père dans le ciel : Quem solum non )) decebat hominem habere in terra patrem, qui pa- )> trem in cœlo haberet Deum. »

20. Des divines convenances et de la liaison des mystères : par rapport à I'ibeo du saint ange. — Au reste , les divines bienséances et convenances qui ont donné lieu à cet ideo de l'ange, et aux conséquences qu'il en tire , ne doivent pas être réglées par une faible dialectique, mais par l'entière compréhension de toute la suite des mystères, selon que Dieu les avait unis dans ses conseils. Ainsi l'on doit croire que la naissance du Fils de Dieu selon la chair, par l'opération du Saint-Esprit, est une suite naturelle, et comme une extension de sa génération éternelle au sein de son Père. Par l'effet du même dessein, cette chair unie au Verbe, devait sortir du tombeau avec une gloire immortelle; et tout cela dans l'ordre des conseils de Dieu , était une suite de cette parole : Vous êtes mon fils, je vous ai engendré aujourd'huiVs. (xi) x. C'est aussi pour cette raison que saint Paul applique le genui te du Psalmiste à la résurrection du Fils de Dieu, parce qu'elle en est une suite, et que l'éternelle génération de Jésus-Christ comprend en vertu tant sa sortie du tombeau , que sa sortie virginale du sein de sa mère.

C'est l'enchaînement de ces trois mystères que Jansénius, évêque de Gand, a démontré par les Ecritures'*; et par là ce docte auteur a parfaitement expliqué l'ideo de l'ange.

21. Autre remarque du cardinal Tolet pour expliquer la liaison de tous les mystères. — On peut dire encore, et celte remarque est du cardinal To-

1. Faust. Socin., tom. ii. repon. ad libell.; Wieh., et ad Sell. p. 571. — 2. Ciit. 17. — 3. Sup., in Luc. hic., tom. m. Edit. 1612. — -i. Comm,, cap. 5, 29.

INSTRUCTIONS SUR LA VKRSION DU NOT'VEAU TESTAMENT

lel', que cet ideoa son rapport à toute la suite du discours où l'ange avait dit : < Il sera grand (ab- . solument, et comme Dieu), et il sera le Fils du » Très-Haut, dont le règne n'aura point de lin : . paroles, dil ce cardinal, dont la venue du Saint- » Esprit sur la Vierge, et l'ombre du Très-Haut, . font le parfait accomplissomenl, qui ne pouvait . convenir qu'à celui qui serait vraiment et par na- » lure le Fils de Dieu. »

Il ne sert de rien d'objecter que dans la pensée de ce savant cardinal, Dieu qui peut tout, pouvait par sa puissance absolue, et par l'opération de son Saiul-Esprit , faire naître d'une vierge un bonime pur : en sorte que cette naissance si miraculeuse peut absolument être séparée de l'incarnalion du Verbe : cela, dis-je, ne sert de rien; car nous avons vu que la liaison de ces choses ne devait pas être réglée parées abstractions et possibilités métaphysiques, mais par l'ordre et l'enchainemenl actuel des desseins de Dieu. Qu'importe que dans celle supposition métaphysique le lils d'une vierge put n'être pas Dieu , puisqu'en môme temps, selon ce même cardinal, il ne serait pas Fils de Dieu, n'élanl pas engendré de la substance du Père éternel? Laissons donc ces abstractions, et disons que selon l'ordre réel des desseins de Dieu, le fils d'une vierge devait être le Fils de Dieu, et que par là s'accumulent toutes les merveilles de la gloire de Jésus-Christ, et tous les titres d'honneur qui lui sont donnés, comme celui de Christ, de Médiateur, de Roi, et même de Pontife , selon ce que dit saint Paul , que cet honneur lui est donné par celui qui lui a dit : Voua êtes mon fils (Heb., v, ^^ 5).

Telle est la théologie des anciens et des nouveaux interprètes : et après tout, ceux qui nous opposent la conséquence de l'ange, ne font autre chose que de proposer l'objection des Sociniens , comme nous ne faisons que répéter les réponses des catholiques.

22. Réflexion sur la doctrine précédente et sur la règle du concile. — Il n'est pas permis de laisser passer une proposition si mauvaise en soi et de si dangereuse conséquence, sous prétexte qu'on l'aura tirée de quelque docteur catholique : au contraire , il s'y faut opposer alors avec d'autant plus de force, qu'on lâche avec plus d'adresse de lui attirer de la faveur.

C'est donc le cas de faire valoir la règle du concile de Trente, qui oblige les catholiques à expliquer l'Ecriture, non selon un ou deux auteurs, mais selon le consentement unanime des Pères. C'est p<^)urr|uoi nous avons pris soin d'en rapporter les témoignages, et même les décisions expresses de l'Egli-se, alin d'ùler d'abord à ceux qui favorisent la mauvaise interprétation, tout le fondement qu'ils veulent donner à leur erreur.

23. On rapporte len propres paroles de Maldonat, qui conrlamnenl non espliaUion. — Nous aurions pu nous conif nlor, de l'avou do Maldonat, qui non-seu- Irmenl n'all<-Ku«; aucun des Pères ni des autres ea- Uioliqu*-^ , mais encore avoue franchement f|ue tout ce qu'il (rn a tu lui f;sl contraire. Voici ses [tropres paroles' : Alii omnes fjuos rAderim, ita interpretautur, qwui de ChrifUj ut Deo , aul cerle, ut homme in unam rum Deo permnam assumplo , lo-

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