I. loe. êup. — 2. Comm
in Luc. in hmc vnrha
quatur angélus... quamobrem antiquî illi auctores, i\ ester ii hœresim duos in Christo filios sicut duas personas fmgentis , ex hoc loco refularunt , ut Gregorius et Beda. Quamquam ego quidem alium arbitror esse sensum, ut non de Christo quâ Deus, neque quâ homo personœ conjunctus divin œ, sed de solâ conceptione, hamanaque generatione; hoc intelligatur, etc. y c'est-à-dire : « Tous les autres auteurs » que j'ai lus , entendent que l'ange parle de Jésus- » Christ comme Dieu, ou du moins comme homme » uni avec Dieu dans une même personne. C'est » pourquoi ces anciens auteurs, comme saint Gré- » goirc et Bède, ont réfuté par ce passage, l'hérésie ') de Nestorius, qui mettait deux fils ou deux per- » sonnes en Jésus-Christ; mais pour moi, j'estime » qu'il faut donner un autre sens à ces paroles de » l'ange, et les entendre, non de Jésus-Christ comme » Dieu, ou comme homme uni à une personne di- » vine, mais de la seule conception et génération hu- » maine. » Par oii il rejette manifestement les saints Pères et tous les auteurs qu'il a lus sans exception, pour établir son sentiment particulier : ego QUIDEM : d'où il conclut qu'un pur homme , qui ne serait ni Dieu, ni uni à la Personne divine, n'en serait pas moins appelé Fils de Dieu par l'ange, comme il a été remarqué d'abord.
Il se fait donc en termes formels, auteur unique d'une proposition jusqu'alors inouïe dans l'Eglise ; et en cette sorte, il prononce contre lui-même selon la règle du concile; à quoi si nous ajoutons que tous les sociniens embrassent son explication, et qu'en effet tous les Pères la rejettent unanimement avec les conciles, on voit clairement qu'elle ne peut éviter d'être condamnée toutes les fois qu'il la faudra examiner.
24. On prévient une objection, et on propose la règle. — Que si jusqu'ici on n'en a pas repris l'auteur, et qu'on voulût tirer avantage de ce silence, on tomberait dans une erreur condamnée par Alexandre VII et par tout le clergé de France', qui censure sévèrement ceux qui voudraient dire que le silence et la tolérance emportaient V approbation de l'Eglise ou du Saint-Siège.
La règle que doivent tenir les bons interprètes , est, comme je l'ai dit souvent, et on ne peut assez le répéter, de ne prendre dans les auteurs catholiques que ce qui peut être utile à l'édification de l'Eglise , et ne trouble point l'analogie de la foi : autrement, s'il était permis de ramasser indifféremment dans tous les auteurs, ce qu'il y a d'erroné ou de suspect, qui pourrait avoir échappé à la censure publique, on tendrait aux simples fidèles un piège trop dangereux, et on ouvrirait une porte trop large à la licence.
25. /.e traducteur a omis ce qu'il y a d'excellent dans Maldonat. — Si le traducteur avait suivi cette règle, il aurait trouvé la raison d'éviter l'explication de Maldonat dans le propre lieu qu'il en allègue; et il se serait plutôt attaché aux autres endroits de cet interprèle sur le môme chapitre de saint Luc. Il y aurait remarqué sur ces paroles do l'ange, hic erlt magnus, il sera grand', que Jésus-Christ serait grand, non pas comme un grand homme, et
\. Alex, vu, projj. 27. Cunn. Cler. Oall , cap. 'M), p. 31. — — i. Alex. VII, jirop. 21. CctiH. Cler. Gall., cap. 30,^. .'il ; l.uc, I, 12.
PREMIÈRE INSTRUCTION
comme» le même ange l'avait dit de saint Jean- Baptiste : il sera grand devant le Seigneur, t. 15 ; mais qu'il serait grand comme le Seigneur : magnus Dominus , Ps. xlvii. Il y aurait encore trouvé, que dans ces paroles du même ange, il sera nommé le Fils du Très-Haut, t. 32, il faut entendre qu'il en sera le propre fils uni au Verbe en personne ; ce qui aurait pu lui faire entendre, qu'il ne fallait point varier dans cette explication trois versets après. Mais il omet ces belles remarques de Maldonat, pour s'attacher précisément à ce qu'il y a de mauvais, et dont les sociniens ont tiré l'avantage que nous avons vu.
26. On cherche en vain des auteurs modernes qui aient suivi Maldonat. — Je sais que l'auteur s'applique à chercher dans les interprètes catholiques quelque chose qui favorise Maldonat; mais il se donne un vain tourment : car quand il aurait trouvé un ou deux auteurs favorables, il n'en serait pas plus avancé , et on lui dirait toujours : Venons aux Pères, lisons les conciles, et laissons-là quelques modernes qu'il faut corriger ou expliquer bénignement.
Au reste, c'est autre chose de dire, que la conception miraculeuse de Jésus-Christ par l'opération du Saint-Esprit, peut aider à nous faire entendre qu'il est Fils de Dieu : autre chose de s'arrêter précisément à cette raison, ce que je ne trouve dans aucun auteur catholique : mais il n'est pas nécessaire d'entrer dans cet examen, ni de s'arrêter davantage en si beau chemin.
27. Conclusion de cette remarque : excuse envers Maldonat. — J'ai eu peine de me voir forcé à parler ainsi de Maldonat : c'est la faute du traducteur de l'avoir commis mal à propos. A Dieu ne plaise que je déroge à la grande réputation de ce savant interprète : au contraire, je blâme l'auteur, qui, dans sa Critique des commentateurs', l'accuse de n'avoir pas lu dans la source tout ce grand nombre d'écrivains qu'il cite : ce qui marquerait une négUgence dont je ne veux pas le reprendre : j'aime mieux dire, avec notre auteur, que son ouvrage ayant été publié après sa mort, il ne faut pas s'étonner s'il n'est pas toujours aussi exact qu'il l'aurait été s'il avait mis lui-même la dernière main à son Commentaire^ ; étant difficile que les autres reviseurs, quelque habiles qu'ils soient, prennent garde à tout d'aussi près, et tranchent aussi hardiment sur l'ouvrage d'autrui qu'il aurait pu faire s'il était encore au monde.
Ce qu'il y a ici de plus remarquable , c'est , ainsi qu'il a été dit, que si le traducteur avait pris soin de recueillir les autres endroits de ce savant commentaire, comme il a fait celui-ci, on verrait que cet écrivain se serait réfuté lui-même, et qu'en tout cas , s'il a fallu le reprendre , comme un homme sujet à faillir, c'a été en suivant les sentiments de ces deux savants cardinaux de sa compagnie, le cardinal Tolet, et le cardinal Bellarmin.
Je conclus qu'il faut condamner l'endroit que j'ai marqué de la préface, à moins de vouloir, dès les pfemiers pas , nietlre entre les mains du peuple avec l'Evangile, une doctrine qui lui est si opposée, et donner en même temps de nouveaux triomphes aux plus subtils ennemis de la vérité.