Ch. 42, p. 618. — 2. Iih-oi
n" PASSAGE.
1. Sur l'adoration des mages. — « Les théolo- » giens ne conviennent pas de quelle adoration il est » parlé en certains lieux (de l'Evangile), si c'est de » la véritable, et qui n'est due qu'à Dieu seul, ou » du simple respect qu'on rend aux personnes lors- » qu'on les salue'. » Il étend cette équivoque jusqu'à Jésus-Christ par ces paroles : « Il y a de très- » anciens interprètes qui croient que les mages ne » saluèrent pas seulement l'enfant Jésus comme roi, » mais qu'ils l'adorèrent aussi comme Dieu. » Il conserve l'ambiguïté dans sa note sur saint Matthieu, n, 2, et il y laisse indécise l'adoration que les mages rendirent à Jésus-Christ.
REMARQUE
2. Affaiblissement de la doctrine contraire à saint Chrysostome et à saint Au.gusti7i. — C'est trop affaiblir la doctrine constante de l'Eglise, que de réduire à quelques interprètes anciens ce qui est commun à tous. Il y a , dit-on, des interprètes (catholiques) : s'il n'y en a que quelques-uns , il fallait donc marquer les autres; mais le traducteur n'en a point trouvé. Pour peu qu'il eût pris la peine de rechercher comme il devait , ces anciens interprètes, il aurait appris de saint Chrysostome^, que l'étoile qui conduisait les mages, en s'inclinant sur la tête de l'enfant, leur montra qu'il était le Fils de Dieu; que par ce moyen elle convainquait d'erreur Paul de Samosate , et les autres qui ne voulaient l'adorer que comme un pur homme, pendant que les mages lui offraient ce qu'on avait accoutumé d'offrir à un Dieu; que ces présents étaient en effet dignes d'un Dieu , et que la nouvelle lumière, qui , comme un autre astre avait commencé à luire à leur esprit, leur apprit à adorer Jésus-Christ comme Dieu, et souverain Bienfaiteur de tout le monde. Saint Augustin a aussi prêché que les mages avaient reconnu Jésus-Christ comme Dieu^; et ne l'auraient pas tant cherché, s'ils n'avaient connu que ce roi des Juifs , était aussi le roi de tous les siècles.
3. Passages et preuves de saint Léon. — Ces passages ne sont pas obscurs ni recherchés; on les trouve sous leur propre titre , qui est celui de l'Epiphanie et des Mages. Saint Léon , sous le même nom'*, répèle souvent qu'une lumière plus grande que celle de leur étoile, leur avait appris que celui qu'ils adoraient était un Dieu ; qu'ils lui offraient de l'encens en cette qualité; qu"ils le reconnurent pour le Roi du ciel et de la terre ; et qu'ils n'auraient pu être justifiés , s'ils n'avaient cru le Seigneur Jésus vrai Dieu et vrai homme.
4. Démonstrations, que ce sentiment des Pères était unanime. — Tout le monde sait les paroles du poète chrétien, qui sont rapportées par saint Jérôme sur ce chapitre de saint Matthieu. Saint Basile est trop précis pour être omis : « Les mages l'adorent, » dit-iP, et les chrétiens feront une question com- » ment Dieu est dans la chair? » Je n'ai pas besoin de citer les autres passages des Pères, et il suffît de se souvenir de cette maxime de saint Augustin , el de Vincent de Lérins : que comme ils étaient tous
1. Préf., p. 35. — 2. Tn Malt. hom. 7e< 8. — 3. Serm. 200, n. 3: 201, n. 1. — 4. Serm. m. in Epiph., c. u, 3,4; Serm. i\,cap. 2, etc. — 5. Bas., de hum. Chr. gen. sub fin.
lis
INSTRUCTIONS SUR LA VERSION DU NOUVEAU TESTAMENT
d'une même foi, qui enlend quelques-uns, les euiend tous. Aussi ne voil-on ici ni passage opposé, oi aucun doule : on voit au contraire qu'ils supposent le fait de l'adoration souveraine comme constant parmi les chrétiens. Si les mages sont les prémices des gentils, ils doivent être de même foi et de même religion que nous : aussi, comme disait saint Léon, ils n'auraient pas été justiliés par la foi en un homme pur; et on ne peut démentir ce que chante toute l'Eglise touchant la divinité de Jésus- Christ reconnue par les mages, sans vouloir éteindre une tradition unanime.
5. Qui sont ceiu que le traducteur appelle théologiens. — Quant le traducteur assure que les théologiens ne contiennent pas du sens de l'adoration en cet endroit, on voit ceux qu'il appelle théolo'jiens ; puisqu'à la réserve des sociniens, tous coururent à l'adoration de Jésus-Christ comme Dieu. Mais comme l'auteur avait pris la peine d'observer curieusement dans sa Critique sur les commentateurs', que Fausle Socin attribue aux mages envers Jésus-Christ une adoration de la nature de celle que les Orientaux rendaient à leurs rois, il n'a pas voulu le laisser seul , et il lui donne pour compagnons quelques théologiens et quelques Pères.
Il pouvait compter parmi ces théologiens favorables à Socin, Crotius qui donne aux mages une adoration telle qu'on la pouvait « rendre selon la coutume de leur nation, à celui qu'ils reconnaissaient comme destiné à la royauté » (Matlh., n, 2), sans élever leur esprit plus haut.
Concluons que ces paroles de l'auteur, il y a de trrs-anciens interprètes , etc., et celles-ci, les théologiens ne contiennent pas, etc., en introduisant un partage entre les théologiens, sous prétexte qu'il y en a entre les orthodoxes et les hérétiques, favorisent les sociniens, et aiïaiblissenl le témoignage que loule l'Eglise catholique a porté contre eux.
m" P,\SS.\GE.
1 . Sur le changement de la femme de Lot en statiu de sel. — « C'est, selon celte règle , qui peut » fttrc confirmée par un grand nombre de passages » de la Bible, qu'Aron, savant juif de la secte des » caraltes , n'a pas exprimé des mots du ch. xix, t. » 26 de la Cenése : Versa est in statuam salis , par » ceux-ci, comme on fait ordinairement, » la femme de Lot fut changée en statue de sel; « mais de celte » manière : » elle devint comme une statue de sel; « c'esl-à-dire, immobile'. »
RE.MAn<jt;E.
2. Héflexion sur ce passage : inutilité des cartons, de In manière dont L'auteur les fait. — Il est de mauvais exemple d'autoriser les règles de la version r* '' ' " ■ "lage d'un caraïte , c'est-.'i-dire, d'un ; i loi des Juifs, et de fournir aux libertins des moyens, pour éluder dans les textes les f' - '- - '-^ miracles les plus avérés. Le Iraduc- I - pas ,'i un si grand mal par un car- Ion qu'il a fait pour cet endroit de sa préface. Que «enrent ces rartonn quand le public n'en est pas averti , el qu'il les ignore? Ou fait plus dans le débil de ce livre; on vend k la fois el l'erreur el le
I. HUi. erit. de* Comm., etc., eJi. litj, n. frl7. — 2. l'rêf r>. a, 4 *i 35.
prétendu correctif : l'erreur n'a rien voulu perdre; on satisfait la mauvaise curiosité , et le venin s'insinue : on sait d'ailleurs, qu'il y a des fautes, où un sage théologien ne tombe jamais; celle-ci est de ce nombre, puisqu'on y tourne en règle la témérité et le mensonge, et qu'on ne peut même se résoudre à les supprimer.