‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 77 sur 851 · VJ« PASSAGE · texte numérisé non relu

VJ« PASSAGE

1. Sur les règles de la traduction. — « Il est bon » que je déclare maintenant les règles que j'ai ob-

• servées dans ma traduction' ; » il les rapporte au long dans la suite de sa préface; et l'un de ses approbateurs lui donne la louange « d'avoir rendu le » texte sacré selon toutes les règles d'une bonne » traduction, qui sont marquées fort judicieusement

• dans sa préface. »

REMAUQUE.

•2. L'auteur omet la principale qui est celle du concile de Trente. — Cependant on n'y trouvera pas un seul mot de la règle du concile de Trente , qui oblige à suivre le sens que l'Eglise a toujours tenu, sans prendre la liberté de l'expliquer contre le consentement unanime des saints Pères^. Dire que cette règle ne regarde pas les traductions, mais seulement les notes interprétatives, c'est une illusion trop manifeste. On a pu voir dans les Remarques précédentes, dans combien d'erreurs esl tombé l'auteur, pour avoir traduit l'Evangile, indépendamment de la tradition de l'Eglise. Si donc il n'a pas seulement rapporté une règle si essentielle , c'est qu'en effet il ne songeait pas à la suivre.

3. Carton inutile. — Il en a dit quelque mot dans un carton, depuis que le livre est imprimé et débité partout : on a déjà remarqué que les carions de l'auteur ne sont qu'une vainc cérémonie , qui ne fait plus qu'irriter une dangereuse curiosité. En effet, le livre se débite encore sans cette faible addilion. Après tout, il y a sujet de s'étonner qu'on s'en soit avisé si tard, et qu'on n'en ait pas moins hasardé de dire que l'auteur avait explique toutes le* règles, pendant qu'il ne pensait pas seulement à marquer la principale, encore que ce soit celle qui se devait présenter d'abord.

vu' PASSAGE , ET REMAIIOIE.

1 . Erreur de réduire principalement les qualités d'un interprète à la connaissance dus langues et de la critique. — Le traducteur semble réduire principalement à la connaissance des langues et de la critique l'excellence d'une version. C'est ce qui parait h la léte de sa préface dans sa lettre à ^L L. J. I). H., 011 il s/! repose sur les soins de son libraire, du choix des censeurs et approbateurs fie «on lifrc, en lui disant seulement : « Ayez soin de » faire revoir cet ouvrage par quelque tliéologien » habile, et qui sache au moins les trois langues ,

• hébraïque. gTea|ue et latine. »

^ f -int cette lettre, il a voulu se donner

d'aï. . . ... ...r de s-avant, qui ne convient pas à un

ouvr^itre de celte nature, ou tout doit respirer la «irr f-l la rnodestif; et, ce qui est pis, il insi-

nu»; j- '.. ne doit reconnaître ici pour légitimes ccn-

I Préf.p. 13. - t. Stu. IV.

scurs, que ceux qui savent les langues; ce qui est faux et dangereux. Il esl certain que les principales remarques sur un ouvrage de celte sorte, c'està-dire , celles du dogme, sont indépendantes de la connaissance si particulière des langues, et sont uniquement attachées à la connaissance de la tradition universelle de l'Eglise, qu'on peut savoir parfaitement sans tant d'hébreu et tant de grec, par la lecture des Pères, et par les principes d'une solide théologie. On doit être fort attentif à cette remarque, et prendre garde de ne point donner tant d'avantages aux savants en hébreu, et dans la critique; parce qu'il s'en trouve de tels, non -seulement parmi les catholiques, mais encore parmi les hérétiques. Nous venons de voir un essai des excessives louanges que leur donne notre auteur, et son aveugle attachement à les suivre, même dans celte version. Il faut sans doute estimer beaucoup la connaissance des langues qui donne de grands éclaircissements ; mais ne pas croire que pour censurer les licencieuses interprétations, par exemple d'un Grotius à qui l'on défère trop dans notre siècle, il faille savoir autant d'hébreu, de grec et de latin, ou même d'histoire et de critique qu'il en montre dans ses écrits. L'Eglise aura toujours des docteurs qui excelleront dans tous ces talents particuliers; mais ce n'est pas là sa plus grande gloire. La science de la tradition est la vraie science ecclésiastique; le reste est abandonné aux curieux, même à ceux de dehors, comme l'a été, durant tant de siècles, la philosophie aux païens.

2. L'auteur se préfère lui-même aux plus célèbres traducteurs de notre temps. — « On ne saurait , » dit le traducteur, « trop louer M. de Sacy, le Père » Amelote, messieurs de Port-Royal , et les Révé- » rends Pères Jésuites de Paris : il aurait été néan- » moins à souhaiter que ces savants traducteurs » eussent eu une plus grande connaissance des lan- » gués originales, et de ce qui appartient à la cri- « tique'. » On voit par là trop clairement que l'auteur se veut donner l'avantage au-dessus de tous les traducteurs , sous prétexte de cette science , qui rend ordinairement les hommes vains, plutôt que sages et judicieux.

3. Ostentation de l'auteur. — Nous avons vu un effet de cette vainc science dans l'avantage que se donne notre traducteur, d'être le seul qui ait en-

; tendu un passage de saint Paul , fondé sur une critique qui paraîtra très-mauvaise, quand nous viendrons au lieu de l'examiner.

I C'est encore sur le même fondement que, dès TEpitre dédicaloire, et en parlant à un si grand et si savant prince, il se fait donner par son libraire le titre ambitieux du plus capable d'un pareil ouvrage (c'est-à-dire d'une traduction aussi importante que celle du Nouveau Testament) et qui a si bien réussi, qu'il semble que les évangélistes euxmêmes l'ont inspiré pour parler la langue française.

Cependant cet ouvrage inspiré par les ôvangélistes, est corrigé d'abord par l'auteur môme, en une infinité d'endroits. On multiplie les corrections, et on ne peut épuiser les ffiutes, quoique l'on n'ait point encore touché au vif; et si l'on y met la main, il n'en fiourra résulter qu'un nouvel ouvrage.

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