‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 78 sur 851 · l'ri-r., p · texte numérisé non relu

l'ri-r., p

PREMIÈRE INSTRUCTION

4. Exemple d'ostentation sur l'érudition hébraïque. — Au reste, il faul^trouver bon que dans une matière de cette conséquence , je remarque sérieusement qu'un ouvrage comme celui-ci demandait plus de simplicité et de modestie, aussi bien que plus d'attention et d'exactitude. Lorsqu'on croit que c'est savoir tout que de savoir les langues et la grammaire, on ne veut qu'éblouir le monde, et on s'imagine fermer la bouche aux contre-disants dès qu'on allègue un hébraïsme ou un hellénisme. Je dirai même librement que dans l'hébreu et le grec de notre auteur, il y a plus d'ostentation que d'utilité. Il trouve des difficultés insurmontables dans le passage d'un psaume cité par saint Paul', où, sous le nom du Sauveur que David a prophétisé, on lit ces mots : Il est écrit de moi à la tête du livre, etc. Cette tète du livre embarrasse notre auteur : il appelle saint Jérôme à son secours aussi bien que les interprètes juifs, et ne trouve que des conjectures. La sienne est que, par le mot « de tète, il faut en- » tendre volume ou rouleau; parce que les livres » des Juifs étaient des rouleaux en forme de cylin- » dre, et ils se servent encore aujourd'hui de ces rou- « leaux dans leurs synagogues lorsqu'ils y lisent la » loi. » C'est là sans doute une érudition hébraïque ancienne et moderne, assez triviale; mais voici la fin : « Les Septante auront appelé tête ce que nous » appelons rouleau, à cause de la figure ronde de » ces rouleaux qui est semblable à celle d'une tète. » N'est-ce pas là une rare érudition hébraïque, et une heureuse comparaison de notre tète avec un cylindre ?

5. Autre exemple, et preuve que l'auteur abuse de son savoir et de sa critique. — « Vous aimerez » le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de D toute votre âme, et de tout votre esprit, » Matth., xxn, 37. « Les Hébreux, observe la note, se ser- » vent quelquefois de plusieurs mots synonymes » qui ne disent tous que la môme chose.» Sans examiner l'application au précepte de l'amour divin, que servent ici les Hébreux, il est de toutes les langues de multiplier lés synonymes pour signifier l'affection avec laquelle on parle :

Quem si fota virum servant, si vesciticr aura yElheriâ, nec adhuc crudelibus occubat umbris.

Voilà ce semble assez de synonymes, et il ne faut pas être fort savant pour trouver beaucoup de tels hébraïsmes dans tous les auteurs. Une infinité d'hébraïsmes que le traducteur relève, ne sont, comme celui-ci , que des phrases , ou des figures de toutes les langues. Plus de la moitié sont si communs, que personne ne les ignore. Qu'on parcoure tous les endroits où nous avons démontré que l'auteur se trompe, et qu'on pèse attentivement ceux qui paraîtront dans la suite, on verra qu'il s'est ébloui lui-même, ou qu'il veut éblouir les autres par son grec et par son hébreu; et qu'il cache sous sa critique (je le dirai hardiment , parce qu'il le faut, et sans craindre d'être démenti par les vrais savants) une ignorance profonde de la tradition et de la théologie des Pères. J'en dirai un jour la raison; et c'est là le sort ordinaire de ceux qui en parcourant leurs écrits , ne s'arrêtent qu'à certains endroits contentieux pour en faire la matière d'un

Page 1