‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 796 sur 851 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Dan$ les trois systèmes de l'Ecole, la grâce de distinction et de préférence est également reconnue et conciliée avec la volonté générale de sauver tes hommes.

Quant au premier point où M. Simon fait marcher l'une contre l'autre , comme deux ennemies irréconciliables , la grâce efficace qui est une grâce de prédilection , et la volonté générale de sauver les hommes, il en est démenti par toute l'Ecole. Et d'abord il en peut apprendre le sentiment par ce seul passage du cardinal Duperron : « Le don de continence dont parle saint Paul , n'est pas la possibilité de se contenir, laquelle appartient à la grâce générale que les scolastiquos appellent suffisante, et est commune â tous les hommes; autrement les actes d'incontinence ne seraient point si inexcusables et ne seraient point péchés, étant commis par des personnes qui n'eussent point pouvoir de ne les commettre pas. Mais il entend par le don de continence , l'acte de se contenir, qui appartient à la grâce efficace, laquelle non-seulement fuit pouvoir faire, mais aussi fait faire*. » Où il faut faire cinq observations décisives en cette matière.

La première, que la distinction de ce savant cardinal entre la grâce suffisante et efficace ne dépond pas seulement de l'événement, en sorte que la même grâce qui est suffisante devienne efficace par le seul consentement du libre arbitre; mais que ces grâces sont distinguées chacune par son caractère, le propre de l'une étant qu'elle; donne la simple possil/ilité et fasse seulement pouvoir faire; au lieu que le propre de l'autre est que non-seulement elle fasse pouvoir faire , mais aussi qu'elle fasse faire, qui est aussi , en passant, le vrai caractère que saint Augustin donne à la grâce efficace.

La seconde observation sur les paroles de ce cardinal, est que cette dernière espèce de grâce, c'est-à-dire la grâce efficace et qui fait faire à ceux qui font constamment, n'est pas donnée â tous les hommes, puisque tous les hommes ne font pas. C'est donc une grâce de distinction, autrement une ^dce de prédilection et de préférence, laquelle aussi dans le discours du cardinal Duperron est oitiiosée à la suffisante, en ce que la suffisante est a[)[)<;léf; (jrûre générale et commune à tous les hommes : f-e qu'il ne dit pas, et visiblement qu'il ne peut pas dirr: de l'autro.

Page 1