‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 80 sur 851 · X6 PASSAGE , ET REMARQUE · texte numérisé non relu

X6 PASSAGE , ET REMARQUE

1. Des manuscrits et des diverses leçons. Le traducteur est louable d'avoir marqué les défauts de certains manuscrits^ auxquels on donne trop d'autorité. Il est encore louable de se servir des diverses leçons , qui autorisent la Vulgate et l'ancienne tradition de l'Eglise latine : mais en même temps pour empêcher ses lecteurs infirmes de se troubler à la vue de tant de diverses leçons qu'il ramasse avec tant de soins, ce qui leur fait soupçonner trop d'incertitude dans le texte, il y avait à les avertir en premier lieu , que ces diverses leçons ne regardent presque que des choses indifférentes; ce que l'auteur n'a marqué en aucun endroit : et en second lieu, que si l'on en trouve de plus importantes dans quelques manuscrits, la véritable leçon se trouve fixée par des faits constants , tels que sont les écrits des Pères, et leurs explications, qui précèdent de beaucoup de siècles tous nos manuscrits.

Faute d'avoir proposé des règles si sûres et si

1, Préf.,p. 13, 39 et3l. — 2. Idem, p. 31. - 3. Ibid.,p.i3.

INSTRUCTIONS SUR LA VERSION DU NOUVEAU TESTAMENT

ëvidentes, le traducteur qui n'en avertit en aucuu endroit, laisse sou lecteur euibarrasso dans les di- Terses le«;ons, et mî>me atlaiblit les preuves des vôrilés catholiques , dont je donnerai un exemple aussi facile à entendre, qu'il est d'ailleurs important.

•^. Abus des dircrse< leçons dans un e^remple important tire de saint Jean, xn, 41. — C'est dans l'Evangile de saint Jean une pleine révélation de la divinité de Jésus-Christ, que l'évangélistc y ail allégué d'un coté la vision d'Isaïe, vi, qui constamment regarde Dieu ; et que de l'autre , le même évangéliste déclare que c'est Jésus-Christ, dont haie voyait la gloire, et dont il parlait expressément : roi7<), remarque saint Jean , ce qu'a dit le prophète haie lorsqu'il a ru sa gloire {gloriam ejus, celle de Jésus-Christ dont il s'agit en ce lieu) et qu'il a parle de /in. Jean, xu, 41.

Ce passage est employé par saint Athanase , ou par l'ancien auteur de la commune essence du Père, du Fils, et du Saint-Esprit, et encore par saint Basile ', à prouver que Jésus-Christ est le vrai Dieu que le prophète avait vu , et il n'y a rien de plus convaincant que cette preuve. Mais notre auteur l'alTaihlit par celle note : lorsqu'il vit sa gloire; c'est-à-dire, selon l'application de l'évayigéliste , la gloire de Je'sus-Christ , quoiqu' haie parle du Père; ce qu'il appuie dune diverse leçon de quelques manuscrits grecs, où on lit , la gloire de Dieu avec le pronom.

3. L'auteur approuve la fausse leçon, malgré les Pères, et se conforme aux sociniens. — On voit ici en premier lieu, qu'il décide, que l'explication que donne saint Jean à Isaïe, n'est pas un sens littéral, ou qui soit de l'intention primitive du Sainl-Espril; mais une application de V évangéliste. En second lieu , il décide encore que saint Jean a fait cette application, quoique le prophète parlait du Père; comme si saint Jean n'était pas un assez bon garant que le fils est compris aussi dans sa vision. On voit en troisième lieu, qu'il allègue en autorité celte diverse leçon; en quoi il suit les sociniens et Volzogue dans son Commentaire sur saint Jean cl sur ce passage*. Cependant il n'y avait qu'un mol à leur dire : saint Athanase et saint Basile, qu'on vient de citer, et saint Cyrille' qu'on y ajoute , ont lu comme nous , aussi bien que les autres Pères, il y a douze et treize cents ans, et comme on a dit, tant de siècles avant, tous les manuscrits qu'on allègue pour la nouvelle leçon. Elle n'est donc digne que de mépris; et on ne peut la produire, et encore moins l'approuver, sans se rendre coupable devant l'Eglise, d'avoir voulu à l'exemple des sociniens, aiïaiblir ses preuves les plus convaincantes pour la divinité de Jésus-Christ.

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