LIVRE XIII. SAINT AUGUSTIN ET LA GRACE EFFICACE
d'accord que Grégoire de Valence , entrant dans la question de la prédestination et voulant d'abord, par une excellente méthode, démêler qui est certam d'avec ce qui ne l'est pas , réduit ce qui est certain et « sans aucune contestation » parmi les théologiens sur les actes que Dieu exerce envers le prédestiné à ces trois actes : « Le premier est la prescience des moyens surnaturels , par lesquels il voit que Pierre obtiendra la béatitude éternelle : par lequel acte de prescience en tant qu'il est non spéculatif, mais pratique, le prédestiné est dirigé et ordonné à cette fin par de tels moyens. Le second acte est celui de dilection et d'amour, par lequel il veut absolument au prédestiné ce bien de la béatitude et les moyens pour y parvenir; et de là il l'aime, selon ce que dit saint Paul, que par sa grande charité Dieu nous a aimés, etc. Le troisième est celui d'élection ou de choix, en tant qu'il veut réellement tous ces biens (à savoir la béatitude et les moyens pour y parvenir), qu'il ne les veut pas à certains autres ^ » c'est-à-dire bien constamment aux réprouvés. Toutes choses qui présupposent dans tous les élus une grâce de distinction et de préférence , et en Dieu de toute éternité , une bonté et une bienveillance particulière envers eux.
De là est née l'opposition de ce docteur à la doctrine de Catharin , ce dominicain qui se rendit si fameux au siècle passé par la singularité de son opinion. « Son sentiment, dit Molina , est celui-ci : Après avoir présupposé que Dieu veut sauver tous les hommes et leur donner les moyens nécessaires pour cette fin, en sorte que c'est leur faute s'ils n'y arrivent pas , il ajoute que , selon les saintes Ecritures, les prédestinés sont seulement ceux que Dieu choisit en très-petit nombre (comme serait par exemple la sainte Vierge, saint Jean-Baptiste, un saint Paul, et quelques autres de cette sorte), pour les sauver par des moyens assurés, et que c'est le premier ordre de ceux qui sont sauvés ; mais qu'il y en joint un autre qu'il appelle l'ordre des no ti prédestines, à qui Dieu accorde non point ces moyens assurés , mais les moyens nécessaires pour être sauvés, parmi lesquels il comprend le reste des hommes , soit qu'ils se sauvent, soit qu'ils se damnent. D'où il conclut que le nombre des saints , quoique certain dans la prescience de Dieu , ne l'est point dans sa providence, qui ne leur a rien préparé de particulier pour les conduire au salut ^. »
Cette doctrine de Catharin, si clairement exposée par Molina, lui déplaît extrêmement et au dernier point, vehementissime , par plusieurs raisons, et entre autres par celle-ci : « Que Dieu a prévu de toute éternité que, s'il voulait conférer à quelque homme que ce fût les moyens par lesquels il doit enfin être heureux , bien certainement il le serait; d'où il s'ensuit que la volonté de conférer de tels moyens à tous ceux qui sont sauvés étant éternelle en Dieu , et la prédestination n'étant autre chose que la volonté de conférer ces moyens , comme il paraît par la définition de la prédestination , tous ceux qui obtiennent la vie éternelle y sont prédestinés de toute éternité'. »
\.\aPars,disp.\, (\\\. 23(lc prafd., punr. 2, y. .1rt8. — 2. Mol., (}«M'*t. 23, (lis|). I, art. \, 5, memb. 3, \t. ■iOii. — 3. Idem , ji. 4011.
De là il infère que le nombre de ceux qui sont I sauves est certain , non-seulement dans la prescience , mais encore dans la providence de Dieu et dans ses desseins éternels, parce qu'il n'y en a aucuns « qui n'aient reçu par la divine prédèstina- I tion les moyens certains, )) comme on vient de voir (( par lesquels ils devaient parvenir à être , conformes à Jésus-Christ'. »