‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 801 sur 851 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Les navants Jésuites tiennent tous pour la doctrine de saint i Augustin et de saint Thomas. Conclusion de cette première partie.

M. Simon, qui paraît surpris que le cardinal

Bellarmin ait pris le parti de Scot contre Catharin,

ne savait pas que les autres savants Jésuites n'ont

pas moins improuvé que lui ce nouveau dogme,

^ de mettre parmi les hommes plus que ces deux

; ordres si clairement établis dans l'Ecriture , celui

j des prédestinés et celui des réprouvés , et Grégoire

[ de Valence le qualifie d'erroné ou de nouveau

1 dogme, novnm, dogma-.

[ Il décide en même temps que la raison pour laquelle on est dans l'un de ces ordres plutôt que dans l'autre , se réduit finalement à la volonté de Dieu, et qu'il n'en faut point chercher d'autre : ce qu'il établit par saint Paul qui , dit-il , « a démontré dans rEpilre aux Romains, qu'on ne peut donner de raison pourquoi les moyens efficaces sont préparés à un homme plutôt qu'à un autre ^ » Et il s'appuie de saint Augustin , qui parle ainsi : « Pourquoi Dieu tire l'un et non pas l'autre? N'entreprenez pas d'en juger, si vous ne voulez pas tomber dans l'erreur^ » C'est aussi précisément dans ce point de la préférence qu'il met le mystère de la prédestination : « Il y a, dit-il, une raison pourquoi un tel est puni ; mais pourquoi la grâce par laquelle on vient à l'effet est donnée à l'un plutôt qu'à l'autre , il n'y en a point. » Et il faut soigneusement remarquer que ce docteur et les autres qu'on vient de nommer, s'étudient partout à prouver ce dogme de la préférence gratuite principalement par saint Augustin, qui, en effet, est celui de tous les docteurs qui l'a le mieux établi.

Ce qui pourrait donner lieu à quelque doute sur ce dernier point, c'est l'endroit de Molina où il présuppose que « son moyen pour concilier la liberté avec la prédestination de tous les Pères entre eux, )) n'a été proposé par personne, que je sache , avant lui , et ne doute pas que s'il avait été connu par saint Augustin et les autres Pères, ils ne l'eussent unanimement embrassée II ose même présumer que « peut-être il n'y aurait eu ni pélaglens, ni luthériens : » ce qui semblerait présupposer qu'il ne s'est guère appuyé sur saint Augustin , qui , selon lui , n'a point cnlle méthode. Suaroz ne parle pas si hardiment ; et toutefois il avoue que la cause » pour laquelle la vocation lire l'homme infailliblement, n'a jamais été assez expliquée par saint Augustin , parce que c'est une chose trèshaute et très-éloignée des sens'. » Mais c'est autre chose de dire qu'il ne faille point reconnaître après saint Augustin , cette grâce qui emporte la prédi-

i. Mol., Ouir.il.. p. .'lifi. — 2. Qurrtl. 23. puiic. fi. p.^.S*. — 3. Punr. .'.. p. iMi. — t. Trac itiinJoan. — 5. Ltb. w. Pf rfir. mol. , cap. m, u. (i. )i. 112. — 0. l'une. 48'J, 4"JI, 4W.

DÉFENSE DE LA TRADITION ET DES SAINTS PÈRES

Icclion et la préférence , autre chose de dire que ce Père n'ait pas trouvé à propos d'entrer dans l'explication du comment, à cause de la hauteur d'une discussion si difficile. C'est visiblement sur ce dernier point que Suarez a voulu dire que saint Augustin ne s'était jamais expliqué à fond. Car encore que cet auteur ait rapporté à son sentiment tous les passages de ce Père sur la congruité de la grâce, il a bien senti qu'il n'avait pas tout le rapport qu'on aurait pu souhaiter avec la science moyenne . sur laquelle seule et Molina et Suarez croyaient pouvoir établir la grâce de préférence : de sorte que la question où ils présupposent que saint Augustin n'est pas entré, est celle de la méthode, et non pas celle du fond que celle de la méthode présuppose comme décidée par saint Au-, gustin , étant inutile de chercher comment une chose est , s'il ne passe pour tout résolu qu'elle est.

Je laisse là les réflexions de ceux qui trouvent étrange que ces docteurs aient voulu pénétrer plus avant que saint Augustin n'a cru qu'on le pût ni qu'on le dût faire , et je m'attache précisément à la preuve que j'ai entreprise de la certitude absolue de la grâce de distinction et de préférence, dans le sentiment de ceux qui n'y laissent rien de douteux qu'une méthode pour la mieux entendre. Et, quoiqu'il en soit, il est certain, non-seulement par tous les passages où nous avons vu que les théologiens dont nous parlons , ont préféré en cette matière la doctrine et l'autorité de saint Augustin à celle des autres Pères, mais encore par cinq cents autres sans exagérer, où ils présupposent dans le fond sa doctrine comme incontestable, que les disputes ne roulent pas sur la préférence gratuite que saint Augustin a établie pour les élus, mais sur des précisions (peut-être peu nécessaires) qui ne touchent point au fond.

Et afin qu'on ne pense pas que le sentiment de ces savants Jésuites soit particulier, j'ajouterai un décret de toute leur Compagnie dans l'ordonnance du général Aquaviva , du choix des opinions , couché en ces termes : « Il a aussi été défini qu'il n'y avait aucune raison ni aucune condition de la prédestination de notre part'. » Il n'est pas permis de dire qu'elle puisse être précédée du côté de l'homme , il ne dit pas seulement d'aucune raison , mais d'aucune condition par laquelle nous ayons été prédestinés ; tout le discernement vient donc de Dieu, de sa souveraine liberté et de sa bonté gratuite. Et il faut soigneusement remarquer qu'on ne se contente pas de reconnaître comme de foi qu'il n'y a de notre côté aucune raison de la prédestination : car, pour éluder la doctrine de saint Augustin, qui n'en souffrait point par une fausse subtilité, quelques docteurs avaient changé les raisons en conditions, et croyaient avoir satisfait aux décisions de l'Eglise par un vain changement de termes. Mais cet habile et savant général , avec les plus savants hommes de la Compagnie, pour prévenir cette chicane, a exclu les conditions aussi Lien que les raisons qu'on pourrait chercher à la prédestination, parce que ces conditions, dans le fond, n'étaient autre chose que des raisons palliées pour s'attribuer à soi-même son salut et faire enfin retomber, contre l'intention de l'Eglise, sur le libre

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