LIVRE XIII. - SAINT AUGUSTIN ET LA GRACE EFFICACE
docteur, ponantque in eo omnem operam ut aiiditores erga ilhim qiiam o-plime officiantur. »
Il est vrai qu'ils y apportent une restriction : « Il ne faut pas qu'ils soient tellement astreints à saint Thomas , qu'il ne leur soit jamais permis de s'en éloigner en quoi que ce soit, puisque les thomistes mêmes s'en éloignent quelquefois*. » Mais de peur qu'on n'abusât de cette restriction, on spécifie incontinent après les cas où il est permis de ne le pas suivre. Ainsi, poursuit ce décret, sur la Conception de la sainte Vierge et sur la solennité des vœux, on pourra suivre l'opinion qui est la plus commune en ce temps parmi les théologiens ; et aussi dans les questions de pure philosophie ou dans celles qui regardent les Ecritures et les canons, on pourra suivre ceux qui auront traité plus expressément ces matières : de même , si la doctrine de saint Thomas n'est pas bien claire , ou s'il y a des questions qu'il n'ait pas touchées ou qu'il n'ait pas traitées expressément. » Voilà les cas où il est permis de ne pas suivre saint Thomas, c'està-dire dans les endroits qui ne regardent pas le corps et la suite des principes théologiques : ce qui n'empêchait nullement que dans les grands articles de la doctrine sacrée , parmi lesquels bien constamment il faut mettre dans les premiers rangs la doctrine de saint Augustin sur la prédestination et la grâce, on ne se fît une règle de la doctrine de saint Thomas. C'est pourquoi il est encore réglé qu'il « est permis dans les actes de théologie, de s'écarter du sentiment de son professeur et de suivre les siens propres, pourvu qu'ils ne soient contraires en aucune sorte à la doctrine de saint Thomas , conformément au décret de la cinquième congrégation^. »
Il faut donc encore rapporter ici le décret de cette congrégation, et le voici dans l'article xlv : « La congrégation a statué d'un consentement unanime, premièrement que la doctrine de saint Thomas sera suivie par nos professeurs comme la plus solide, la plus sûre, la plus approuvée et la plus conforme à nos constitutions ^ » Dans la suite, en donnant des règles pour les opinions , la première est : « Que dans la théologie scolastique , nos docteurs suivent la doctrine de saint Thomas , et qu'on ne reroive personne aux chaires de théologie qui n'y soit bien affectionné ; mais que ceux qui sont peu affectionnés à ce saint auteur ou qui en sont éloignés, soient privés de leurs chaires. On pourra pourtant suivre, sur la Conception et sur la solennité des vœux, l'opinion la plus commune en ce temps et la plus reçue parmi les théologiens. ))
Quoique ce décret soit en substance le même qui a déjà été rapporté dans la Raison des études , j'ai bien voulu le transcrire encore , afin qu'on voie quel est l'esprit des exceptions que l'on apporte à la règle qui oblige à suivre saint Thomas, les exemples qu'on en allègue faisant voir deux choses : la première, le petit nombre des endroits où il est permis de s'éloigner de saint Thomas, qu'on réduit toujours à un ou deux chefs; la seconde, que ces endroits regardent des opinions qui n'ont aucun trait avec les grandes maximes qui font corps