Anluerp
liag. 2'J'J.
1G33, pag. 48. — i. l'ag. 155. — 3. Uecr. congr..
dans la matière théologique , c'est-à-dire qui sont liées aux grands principes des Pères.
Dans la deuxième et cinquième règle, on ne laisse de liberté de soutenir ce qu'on veut que dans les matières que saint Thomas n'a pas traitées, et dans celles où ses sentiments ne sont pas bien clairs.
On voit par là dans quelle magnanimité cette savante Société a été élevée dès son commencement, puisqu'elle tend toujours dans la doctrine à ce qu'il y a de plus solide, de plus sûr, de plus approuvé , de plus noble et de plus saint, qui est la théologie de saint Thomas. Et la cinquième congrégation avait ce décret tellement à cœur, qu'elle le répèle encore dans la Préface du livre Du choix des opinions, ou, en renvoyant au livre de la Raison des études, après avoir posé pour fondement que la doctrine de la Compagnie doit être uniforme, sûre et sohde, on statue en cette sorte : « 1° Que les nôtres en toute manière regardent saint Thomas comme leur propre docteur, et qu'ils soient tenus de le suivre dans la théologie scolastique , parce que les constitutions nous le recommandent, et que le pape Clément VIH nous a témoigné qu'il le souhaitait , et qu'aussi les constitutions nous avertissant de choisir la doctrine d'un seul docteur, on n'en peut trouver en ce temps aucune qui soit plus solide ou plus assurée que celle de saint Thomas , qui a mérité d'être regardé de tout le monde comme le prince des théologiens. 2° Qu'on ne doit pourtant pas se tenir tellement astreint à saint Thomas, qu'il ne soit jamais permis de s'en éloigner en quelque chose que ce soit , puisque ceux qui font le plus profession d'être thomistes s'en éloignent quelquefois , et qu'il n'est pas juste que les nôtres soient plus attachés à saint Thomas que les thomistes mêmes' : (on a vu, dans les décrets précédents, en quel petit nombre et de quelle nature sont les points où l'on permet de s'éloigner de saint Thomas.) 3° Que dans les questions de pure philosophie , ou même dans celles qui regardent l'Ecriture et les canons, on pourra encore suivre ceux qui auront traité plus expressément ces matières. » Celte restriction fait voir encore l'esprit de cette docte Compagnie, que, dans les chefs qui regardent non point la théologie mais la critique dans l'Ecriture et dans les canons, matières peu traitées du temps de saint Thomas , on puisse encore consulter les autres autours, où l'on a même la précaution de ne pas exclure saint Thomas , tant on craint de s'en éloigner. Et quoique des restrictions dans des matières si peu essentielles au corps de la théologie aillent plutôt à confirmer qu'à affaiblir l'autorilé de saint Thomas, on a tant de peur d'en éloigner les esprits pour peu que ce soit, qu'on y ajoute aussitôt après ce quatrième et dernier article : « t" Au reste, «le peur que quelqu'un ne prenne occasion de ces restrictions d'abandonner la «loolrine de saint Tliomas, il nous a semblé bon de prescrire que nul ne soit employé à enseigner la théologie, qui ne soit vraiment affectionne à la doctrine de saint Thomas, et que ceux qui s'en éloignent soient rejelés en toute manière : car s'ils sont attachés à saint Thomas sincèrement et de tout leur cœur, ex auimo , 1. De Delect. opin., art. 500, p. 321.
DÉFENSE DE LA TRADITION ET DES SAINTS PÈRES
il demeurera pour certain qu'ils ne le quitteront que très-dirticilement et rarement. »
Pour appliquer ces décrets à la matière dont il s'agit et à lordonnance du savant général Aquaviva sur la doctrine de la prédestination gratuite de saint Augustin, je ne veux pas dire que celte doctrine ne soit suivie que de saint Thomas, puisque toutes les autres écoles, et en particulier celle de Scot n'y paraît pas moins alTectionnée. J'oserai même dire qxfe Scot est peut-être plus déclaré que saint Thomas même pour la prédestination à la gloire indépendamment des mérites; et nous avons vu que son école se pique, pour ainsi parler, d'être autant ou plus alTectionnée à la doctrine de saint Auguslia qu'à celle de saint Thomas. xMais néanmoins on ne peut nier que, dans la matière de la prédestination et de la grâce, saint Thomas no tienne dans l'Ecole le premier rang parmi les disciples de saint Augustin : M. Simon en convient et le répète souvent. De sorte qu'il n'y avait rien de plus convenable à la Compagnie de Jésus, après avoir choisi saint Thomas pour son docteur particulier que de s'attacher encore d'une façon particulière à la doctrine de saint Augustin sur la prédestination gratuite, d'autant plus que les règlements obligeaient partout les théologiens à suivre les sentiments les plus propres à entretenir la piété , corrobonindx fidei alendxqiie pietatis^ ; parmi lesquels on a vu, dans les décrets d'Aquaviva, que les Pères et les Papes avaient rangé cet endroit de la doctrine de ce docte Père.
11 faut toujours ici se souvenir que cette doctrine de la prédestination gratuite , que nous posons comme un fondement de la piété, n'est pas précisément celle qui regarde précisément la prédestition à la gloire comme distincts de la prédestination de tous les moyens par lesquels on y est infailliblement conduit : car je ne vois pas que saint Augustin ait jamais fait consister la piété dans ces sortes d'abstractions. Ce qu'il prétend, ce qu'il pose comme le soutien de l'humilité, de la confiance, de la prière et par conséquent de la piété, c'est que Dieu prépare aux élus les moyens certains par lesquels ils sont délivrés par une bonté qui n'est prévenue d'aucun mérite , d'aucune raison , d'aucune disposition, d'aucune cause de notre part, puisque la prédestination est la source universelle de tous ses bienfaits, et qu'elle n'est autre chose qu'un amour qui nous prévient pour nous les donner. Ce qui en effet a paru au P. Aquaviva si essentiel à la piété , qu'il n'a point de plus puissant motif pour exciter les siens à l'amour de Dieu, que de leur dire dans une de ses lettres admirables, qu'il n'y a rien qui nous doive plus humilier que la profonde méditation de cette vérité qu'un Dieu, c'est-à-dire une majesté qui n'a rien trouvé en nous digne d'amour, mais qui l'y produit en nous aimant, nous ayant prévenus par son amour d'une manière si admirable, nous y répondions si peu par le nôtre ^ » Paroles qui n'ont de force qu'en remontant à cet amour prévenant de Dieu, où il nous prépare par sa pure et gratuite bonté tous les bienfaits par lesquels il nous amène efficacement à lui. C'est aussi ce que voulait dire saint Ignace dans la lettre qu'il a écrite à sa Compagnie, de la perfection religieuse,
1. necr. eonor.. p. 300, «le. - 2. Epitt. prœp. gêner., \<. 3.3.
qu'il finit en cette manière : « Je n'ai plus rien à vous dire, mais seulement à obtenir par mes ardentes prières de notre Dieu et Sauveur, que vous ayant favorisés d'une telle grâce et ayant daigné vous communiquer une volonté si efficace de vous consacrer à lui, il comble tellement ses dons par d'autres dons et ses grâces par d'autres grâces, que vous croissiez toujours en vertu et que vous persévériez de plus en plus en son service pour la gloire et l'utilité de toute l'Eglise ^ » Voilà donc le vrai esprit de piété, de se reconnaître prévenus en tout et d'attendre la persévérance de celui de qui nous tenons la volonté efficace de nous donner à lui; ce qui , enfermant tous les dons par lesquels nous sommes sauvés , les rapporte tous finalement avec saint Augustin à la prédestination qui nous le prépare.
On peut maintenant conclure quelle illusion M. Simon fait à son lecteur, lorsqu'il tâche de lui faire accroire que la volonté générale de sauver les hommes est contraire à la prédestination gratuite et efficace des élus, puisqu'il voit que ces deux choses s'accordent si bien qu'on travaille également à les concilier autant dans le système de la grâce déterminante, soit physiquement , soit moralement, que dans celui de la science moyenne, c'est-à-dire dans toute l'Ecole. Il ne faut pas supposer que deux sentiments soient opposés, lorsqu'on les reçoit également en toute opinion. D'où l'on doit encore inférer que si saint Thomas, qui de l'aveu de M. Simon est un disciple si fidèle de saint Augustin pour avoir si clairement établi la prédilection gratuite des élus ne laisse pas d'admettre , comme on a vu , la volonté générale , c'est une erreur trop grossière de présupposer que ces deux choses soient incompatibles.