‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 811 sur 851 · Ibtd · texte numérisé non relu

Ibtd

DÊl-KNSE DE LA Tr.VDIÏION ET DES SAINTS PÈRES.

tontion de saint Prosper, pour répondre à celle de saint Paul , est de donner à la volonté un moyen uuiverselde solliciter tous les hommes sans exception à lui obéir. Mais comme il est bien certain qu'un moyen extérieur ne suffit pas pour faire que Dieu veuille véritablement sauver tous les hommes ni pour faire que tous les hommes se puissent soumettre à ses volontés et n'imputer plus leur infidélité qu'à eux-mêmes , il faut joindre à ce moyen extérieur si universel un moyen intérieur de même étendue ; autrement on n'explique point la volonté générale, et on ne satisfait pas à l'intention de l'Apôtre.

Au reste il n'est pas besoin que saint Prosper entre dans l'explication de ces moyens intérieurs , que les semi-pélagiens qu'il avait à combattre ne rejetaient pas : il suffisait de montrer les moyens* extérieurs auxquels ils étaient attachés. Quand saint Augustin enseigne « qu'il y a des hommes qui sont doués naturellement d'un don d'intelligence si divin qu'ils seraient facilement portés à croire , s'ils voyaient ou s'ils entendaient des miracles ou des discours convenables à leur génie', » la grâce est présupposée dans ce passage , encore qu'elle n'y soit pas exprimée. Je dirai à peu près de même que, quand saint Prosper propose les moyens extérieurs de connaître Dieu, qui rendent inexcusables ceux qui refusent de le faire , il présuppose et sous-entend les secours intérieurs qui les accompagnent : autrement il n'aurait pas tant fait valoir ce soin que Dieu a de tous les hommes par rapport à la religion , comme on a vu ; -et encore moins auront-ils pu dire que , « sans préjudice du discernement contenu dans la science divine que Dieu fait entre les hommes selon les secrets profonds de sa justice , il faut croire et confesser très-sincèrement que Dieu veut qu'ils soient tous sauvés^. »

Il est vrai que la volonté générale était prise en un mauvais sens par les semi-pélagiens qui, comme le rapporte saint Prosper lui-même dans sa lettre à saint Augustin , en inféraient que , sans repousser personne de la vie, la bonté de Dieu voulait indifféremment que tous les hommes fussent sauvés et vinssent à la connaissance de la vérité : en sorte que, comme on dit que ceux qui ne viennent pas n'obéissent point parce qu'ils ne l'ont pas voulu, il soit aussi véritable que le fidèle qui obéit, le fait parce qu'il le veut, chacun ayant autant de pouvoir au bien qu'au mal et la volonté se mouvant avec un poids égal à l'un ou à l'autre*.»

C'était là un caractère du semi-pélagianisme si bien marqué dans la doctrine , qu'il est même observé par les Grecs et par Photius : « Ils veulent, dit-il, que Dieu gratifie indifféremment tous les hommes'. " Ce mot indifféremment a un double sens. Il signifie, en premier lieu , que la bienveillance de " Dieu, qui veut sauver tous les hommes, n'excepte personne ; » et nous avons vu ce sens dans plusieurs des Pères , et entre autres dans ceux de l'auteur du livre De la vocation des Gentils et dans ceux de saint Prosper même. Il peut vouloir dire, en second lieu , que l'indifférence est si grande, qu'il n'y a du côté de Dieu ni choix, ni dis-

I ne Don. per$. — 8. netp. adnbjtr.l. Vincent. — 3. Prosp . F.jnH. ad Augutt , D. k. — t. i'^A. .'>{.

cernemenl , ni grâces particulières pour les élus. En sorte, comme on a vu, que leur pouvoir et leur inclination, comme celle de tous les hommes, soit égale pour le bien comme pour le mal , sans que Dieu incline efficacement leur volonté au bien, qui est le sens des semi-pélagiens et celui auquel saint Prosper rejette la volonté générale, c'està-dire , comme il l'explique , <( une volonté tellement indifférente que , dans tous les siècles et en quelque manière que ce soit, elle n'omette personne : lia indifferens per omnia sxcula voluntas Dei, nt nsquequaque neminem homimmi prsetermisisse videatur : ce qui ne peut être , dit le saint , sans qu'on attaque l'impénétrable hauteur des jugements de Dieu'. »

Pourvu donc qu'on n'attaque pas cette impénétrable hauteur, et qu'on reconnaisse du côté de Dieu avec saint Augustin, avec saint Prosper, avec l'auteur du livre De la vocation des Gentils, un discernement du côté de Dieu, un choix, une élection, une prédestination et prédilection gratuite dont il n'y ait point d'autre cause qu'une bonté particulière de Dieu envers ses élus, non-seulement saint Prosper admettra une volonté générale de sauver et de racheter tous les hommes ; mais encore il comptera, comme on a vu, parmi les calomnies qu'on fait à saint Augustin et parmi les erreurs qu'il lui impute, celle de lui faire nier cette volonté générale.

Et si l'on demande quel est, selon saint Prosper, l'effet de cette volonté générale, l'effet en est de donner aux hommes qu'il veut sauver le secours absolument nécessaire pour parvenir au salut et un secours, en un mot, de la nature de celui qui bien constamment est donné, selon ce saint Père et selon saint Augustin , comme on va voir, aux justes qui tombent. Car saint Prosper compte encore, parmi les erreurs qu'on impute à saint Augustin et à ses disciples, celle de leur faire assurer que Dieu « retire secrètement les bonnes volontés » aux justes qui ne persévèrent pas dans la vertu ^ ; c'est-à-dire qu'il leur retire sa grâce et, comme il parle en un autre endroit, « qu'il ne veut pas que tous persévèrent, nolit Deiis ut omnes catholici in fide catholica persévèrent^; » et au contraire, il suppose comme incontestable que « c'est la volonté de Dieu qu'on demeure dans la bonne volonté. Dei ergo voluntas est ut in bona voluntate maneatur^. » Et il ne faut pas répondre , que lorsqu'il dit que Dieu veut qu'on persévère, ce soit dire simplement qu'il le commande : car s'il ne s'agissait que de vérifier que Dieu commande aux justes la persévérance, saint Prosper n'aurait eu besoin que d'alléguer les préceptes, et il n'aurait pas été nécessaire qu'il alléguât les secours. Or, est-il que, sans alléguer les préceptes, il n'allègue que les secours, en parlant ainsi : « C'est la volonté de Dieu qu'on demeure et qu'on persévère , puisqu'il ne délaisse personne qui ne l'ait auparavant délaissé, et qu'il convertit beaucoup de ceux qui le délaissaient : Qui et priusr/uum deseratur, neminem deserit, et multos deserentes sxpe convertit '\ » Il répète le même principe, en un autre endroit par ces paroles : <( Comme il faut rapporter le bien à Dieu qui Tins-

i. r.esp. ad ohj. Gall.. 8. — 2. Hesp. ad objecl. Vincent.. Ol.ject. V.i. - 3. Idem, Objcct. «. — 4. Ibid. — 5. Ihiil., Objccl. 7.

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