LIVRE XIII. — SAINT AUGUSTIN ET LA GRACE EFFICACE
pire, il faut rapporter le mal à ceux qui pèchent : | dont il rend cette raison, qu'ils n'ont pas été aban- ' donnés de Dieu, afin qu'ils l'abandonnassent; mais qu'ils l'ont abandonné et ils ont été abandonnés, et ils ont été changés de bien en mal par leur propre volonté : Reliquenint et relicti sunt et ex bono ' in maluni propria voluntate relicti simtK » Enfin il inculque encore cette vérité, lorsqu'après avoir en- i seigné que « Dieu n'est pas cause de la défection i de ceux qui s'éloignent de lui , » il le prouve en cette manière : « Qu'encore qu'il ait pu donner à ceux qui tombent, la force de ne tomber pas, il est 1 pourtant véritable que sa grâce ne les a pas quittés avant qu'ils le quittassent^. »
Nous allons voir, dans un moment, qu'il a pris ce beau principe de saint Augustin, ou plutôl de la tradition universelle de l'Eglise, d'où le concile de Trente l'a tiré pour en faire un point de foi. Mais nous n'en sommes pas encore à qualifier la proposition qui rejetterait ce principe; nous en sommes à démontrer que c'est, selon saint Prosper, une vérité qui ne reçoit aucun doute, que les justes mêmes, lorsqu'ils tombent, n'étaient pas destitués de secours. Car quel que soit ce secours et en quelque sorte qu'on l'explique, si ce n'était ce secours absolument nécessaire et absolument suffisant pour conserver la justice, le juste, contre saint Prosper serait délaissé avant sa chute , et Dieu de lui-même lui aurait ôté son secours absolument nécessaire. Poussons plus avant et disons : Ce secours n'a pas son effet entier dans les justes, puisqu'ils tombent ; il a pourtant un certain effet puisqu'il les soutient jusqu'à leur donner le pouvoir de ne tomber pas, et cet effet est la suite de la volonté que Dieu a qu'ils persévèrent. Comme donc, parce qu'il a une volonté que les justes ne tombent point, il leur donne le secours absolument nécessaire pour prévenir cette chute; de même s'il y a en Dieu et en Jésus-Christ une volonté générale de sauver tous les hommes et que ce soit une calomnie de faire nier cette vérité à saint Augustin et à ses disciples , l'effet de cette volonté sera que Dieu prépare à tous, en temps convenable, en degré suffisant, quoiqu'avec des différences infinies et par les voies qui lui sont connues, des moyens de parvenir au salut, de la nature de ceux qu'il donne aux justes qui tombent, quoique Dieu veuille qu'ils demeurent.