‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 814 sur 851 · LIVRE XIII. - SAINT AUGUSTIN ET LA GRACE EFFICACE · texte numérisé non relu

LIVRE XIII. - SAINT AUGUSTIN ET LA GRACE EFFICACE

déjà fait, qu'aucun des Pères n'a parlé plus clairement en cette matière ; mais encore qu'il n'y en a point qui soit entré si à fond dans la matière de la volonté générale , ni qui ait approché de l'évidence avec laquelle saint Augustin l'a poussée jusqu'au premier principe. Cette doctrine lui plaît si fort, qu'il emploie encore des pages entières, non plus à la trouver, car la chose était faite à fond, mais à la méditer dans l'effusion de son cœur, comme une de ces vérités qui dilatent le cœur humain par l'impression qu'elle y fait de la souveraine libéralité d'un Dieu infiniment bon.

Après avoir dit ces choses et avoir posé les fondements pour résoudre la difficulté , il ajoute ces paroles : << Si l'on trouve que ce discours suffit à vider cette question, je le veux bien, hœc disputatio , si quœstioni illi solvendde sufficit , sufficiatK » Mais il n'en demeure pas là ; et sentant qu'on lui pouvait objecter que si , pour attribuer la foi à Dieu , c'était assez d'avoir dit qu'elle sortait du libre arbitre que nous avons reçu dans notre création, il y aurait à craindre qu'il ne fallût aussi attribuer à Dieu le péché qui vient de la même liberté qu'il nous a donnée , il répond que le libre arbitre reçu de notre Créateur n'est pas la seule raison qui nous fasse dire que la foi est un don de Dieu; mais qu'il y faut ajouter que « Dieu fait que nous voulons et que nous croyons par les inductions des choses qu'il nous fait voir, visorum suasionibiis , soit extérieurement par la prédication de l'Evangile, soit dans l'intérieur où personne n'a en sa puissance ce qui lui vient dans l'esprit , mais c'est à la propre volonté d'y donner ou d'y refuser son consentement. »

Ceux qui sont versés dans le style de ce Père savent ce qu'il entend par le mot visa, « les vues que Dieu donne, » et par ce mot vocatio , vocatus , dont on a vu qu'il s'est servi au commencement. Par ces mots il entend les grâces tant extérieures qu'intérieures , par où l'homme est induit à croire. Dans la quarantième des Quatre-vingt-trois questions, il dit que les diverses inclinations des âmes naissent des diverses vues des objets divers qui leur sont présentés, ex diversis visis diversus appetitus animarum est. Selon cette locution il parle ainsi , dans le livre premier des Diverses questions à Simplicien : « Il nous est commandé de croire , afin qu'après avoir reçu le don du Saint-Esprit (par la foi), nous puissions faire de bonnes œuvres par la charité. Mais qui peut croire, s'il n'est touché par quelque vocation, c'est-à-dire par quelque témoignage de la vérité, et qui a en sa puissance, que son esprit soit touché d'une telle vue que sa volonté en soit émue à croire ? Et qui est celui qui embrasse dans son esprit ce qui ne le délecte pas, et qui a en son pouvoir qu'il se présente à son esprit quelque chose qui le délecte ou qu'il en soit délecté après qu'il lui a été présenté? » C'est donc par là qu'il explique la grâce intérieure et^ le besoin qu'on a au dedans du cœur de ses secrètes insinuations. Conformément à cette doctrine , il dit encore dans le livre des Quatre-vingt-trois questions : « Personne ne peut vouloir, s'il n'est averti ou appelé, soit au dedans où nul homme ne peut pénétrer, soit au dehors ou par la parole qui ré-

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