‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 815 sur 851 · Lib. II Relract., cap. 3, n. CO · texte numérisé non relu

Lib. II Relract., cap. 3, n. CO

sonne à ses oreilles ou par quelques signes visibles; et c'est pourquoi on conclut que Dieu opère en nous le vouloir même \ » Ainsi sous le nom de vocation aussi bien que sous celui de vues, visa, il comprend tout ce qui induit à la foi et au dedans et au dehors, c'est-à-dire non-seulement la vocation extérieure , mais encore l'intérieure qui est celle de la grâce qui touche les cœurs. Et selon ces expressions qu'il continue dans le livre De l'esprit et de la lettre , il y conclut , comme on a vu , que ce n'est pas seulement à cause que Dieu a donné le libre arbitre qu'on lui attribue de donner la foi mais à cause qu'il induit l'homme à croire par ces vues tant au dehors qu'au dedans, où l'on ne voit pas ce qu'on veut, mais où l'on voit ce que Dieu révèle , pour y donner ou y refuser son consentement.

Il inculque cette vérité par ces paroles : « Quand donc , par tous ces moyens , Dieu agit de telle manière avec l'âme raisonnable qu'elle croit en lui (car elle ne peut point croire tout ce qui lui plaît par son libre arbitre, s'il n'y a point d'induction, suasio , ou de vocation extérieure et intérieure à qui l'on croie), on voit que Dieu opère en l'homme le vouloir même et que sa miséricorde nous prévient en tout. Mais, comme je viens de dire, il appartient à la propre volonté de donner ou de refuser son consentement". »

Cette doctrine, ainsi rapportée pour expliquer com.ment Dieu veut sauver tous les hommes et les amener à la connaissance de la vérité, fait voir qu'il n'y en a point à qui ces moyens tant intérieurs qu'extérieurs ne soient présentés à leur manière; et que s'ils consentent ou non , c'est l'effet de leur volonté. Par cette réponse de saint Augustin, la question de la volonté générale est résolue; mais ce Père était trop profond pour ne pas voir qu'il restait encore une plus grande difficulté, qui était celle du discernement particulier des élus. Car encore qu'il fût véritable que Dieu voulait amener tous les hommes à la vérité , et que pour cette raison il ne cessait de les appeler en cent manières et au dedans et au dehors , il était également certain que ceux qui croyaient étaient appelés d'une manière singulière qui les induisait infailliblement à croire. Il ne dissimule pas une si grande difficulté ; mais pour montrer que la résolution en était au-dessus de l'esprit humain, il la décide en cette sorte : « Maintenant (après avoir vu que Dieu induit tous les hommes et au dedans et au dehors à la vérité à laquelle il veut qu'ils arrivent) si l'on me presse davantage et que l'on me pousse à celte profonde question : Pourquoi l'un est induit (à la vérité et à la foi) de telle sorte qu'il en soit (effectivement) persuadé, et l'autre, non : An illi ita suadeatur ut persuadeatur, ille aulem non ita? Je n'ai maintenant sur cela que ces deux choses à répondre : 0 profondeur des richesses ' ! . . . Y a-t-il en Dieu quelque iniquité*? Celui à qui déplaira cette réponse , qu'il cherche do plus grands docteurs, mais qu'il craigne de trouver des présomptueux. »

Par cet endroit sont réfutés ceux qui ont prétendu, de nos jours, que rcudroil où il est parlé

i. Qu.i>sl., n. (•>«. - S. Idftn. — 3. Rom.. M. 33. — * hlf<'> fjp- IX. 11.

de la volonté générale est une objection. Et premièrement il est certain qu'on l'a pris naturellement, dès le temps de Bède, non point pour une objection, mais pour un dogme positif de saint Augustin' : car ni les locutions de saint Augustin, ni le fond de la doctrine qu'il propose ne souffrent cette réponse. Les locutions ne sont pas d'un homme qui s'objecte ce qu'il ne croit pas, et ensuite le détruit, mais d'un homme qui propose par ordre ce qu'il croit et s'avance par degrés à la résolution de la difficulté. C'est pourquoi il commence ainsi : Voyons, dit-il, si cela résoudra la difficulté. » Et il ajoute dans la suite : « Si cela suffit qu'il suffise. » Et conclut enfin , que si on le pousse plus avant, il ne lui reste que deux réponses , qui sont les deux passages de saint Paul que nous savons qu'il produit. Voilà pour ce qui regarde les locutions : elles sont visiblement, non d'un homme qui objecte et puis qui détruit une objection, mais d'un homme qui , s'enfonçant pas à pas dans la difficulté, en résout successivement toutes les parties, ce que le fond démontre encore plus évidemment. La difficulté, consistait à savoir comment la volonté de croire, soit qu'elle vînt de la nature ou de la grâce, n'était pas donnée à tous, puisque Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et amenés à la connaissance de la vérité. Mais comme cette difficulté en enfermait deux autres principales, dont la première est comment on peut dire que Dieu veuille ce qui n'arrive pas, c'est-à-dire qu'il veuille sauver ceux qui se perdent, et la seconde , comment il donne ce qui vient du libre arbitre , saint Augustin résout la première en disant que Dieu veut bien à la vérité, sauver tous les hommes; mais que, comme c'est sans leur ôter leur liberté naturelle, c'est aussi par là qu'ils périssent.

Il suppose donc que si tous les hommes ne sont pas sauvés, l'obstacle en vient, non point du côté de la volonté de Dieu qui est générale, mais du côté de la volonté de l'homme qui s'oppose par son libre arbitre à celle de Dieu.

Mais d'autant qu'il s'élève là une autre difficulté : Comment il se peut faire que la volonté de l'homme l'emporte sur celle de Dieu? saint Augustin fait voir que ce n'est pas l'emporter sur Dieu, lorsqu'on méprisant sa miséricorde, on n'évite point sa justice. 11 cherche donc toujours à sauver la volonté générale; et ce qu'il dit pour l'établir n'est pas une objection qu'il se fait, mais un dogme qu'il éclaircit.

Voilà pour ce qui regarde la difficulté de la volonté générale. Mais il s'agissait encore de donner la résolution de cette autre difficulté : comment la volonté de croire qui vient du libre arbitre de l'homme peut être en même temps un don de I)ieu; et saint Augustin y procède en déclarant qu'elle venait à la vérité du libre arbitre, mais du libre arbitre aidé des grâces extérieures et intérieures, que ce même libre arbitre peut recevoir ou rejeter comme il lui plaît.

Toul/j la difficulté serait résolue par des réponses si précises, si de là il ne naissait pas une autre difficulté encore plus grande : D'où vient que les uns croient et les autres non, et pourquoi

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