Psal., cxm, 3. — 2. /. Tim.,\ui
proposée dans le livre De l'esprit et de la lettre. Que si, au contraire, par ces mots Dieu veut, vous aimez mieux entendre la volonté absolue, alors nécessairement il faudra restreindre le mot de tous aux élus et montrer en quel sens ils sont tous les hommes , et quelle sorte de totalité leur convient; et c'est à cette sorte d'interprétation que se terminent les trois manières de restreindre le mot de toiis, que le même Père propose dans les endroits qu'on a vus et dans beaucoup d'autres.
Que si l'on demande pourquoi il propose deux sortes d'interprétations qui semblent si opposées, l'ordre de la dispute le va faire voir. Premièrement donc les pélagiens , en expliquant cette parole : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés*, » poussaient le mot de tous jusqu'à nier que Dieu voulût sauver en particulier, par des moyens distingués et infaillibles , un certain nombre d'élus; et ils disaient, au contraire, qu'il voulait sauver tous les hommes indifféremment , indistinctement et par des moyens égaux. C'est ce qui paraît en ces endroits , et en particulier, comme on a vu , dans la lettre de saint Prosper à saint Augustin. Ce Père, pour s'opposer à ce mauvais sens dans le livre De l'esprit et de la lettre, c'està-dire dès le commencement de la dispute contre les pélagiens , en avouant à la lettre une volonté vraiment générale qui s'étend à tous les hommes sans exception , et selon cette volonté des secours préparés de Dieu que la malice des hommes rendait inutiles, ne laisse pas comme on a vu, de conduire la dispute jusqu'aux grâces de distinction, jusqu'aux mouvements particuliers, dont les uns sont persuadés effectivement , pendant que les autres demeurent dans leur incrédulité , qui est tout le but de ce docte livre. Il demeurera véritable qu'un Dieu veut sauver tous les hommes , c'està-dire un certain nombre d'élus que selon de certaines vues on appelle tous; ou il veut sauver tous les hommes , et il les appelle à la vérité par des moyens généraux : et alors même c'est sans préjudice de la volonté particulière par laquelle il en sépare quelques-uns qu'il sauve par des moyens particuliers et certains. De sorte qu'en quelque manière qu'on prenne le mot de tous, la doctrine de la prédestination et de la grâce subsiste dans toute sa force. Que les pélagiens prissent le tous tantôt pour tous indifféremment, tantôt pour p/Msieurs, le premier paraît par saint Prosper qui le raconte à saint Augustin , et c'est de quoi personne ne doute; et le second se trouve dans Pelage même sur ces paroles de saint Paul.
Voilà do quelle manière, dans le commencement de la dispute, saint Augustin combattait la volonté indifférente en convenant naturellement et selon les termes précis de la lettre , d'une volonté vraiment générale. Depuis , pour déraciner encore davantage cette indifférence qui ôtait la prédilection et la préférence des élus, saint Augustin ajouta à cette première interprétation sans restriction, celles qui sont restrictives aux seuls prédestinés, que nous avons vues. Les pélagiens donnèrent lieu à cette manière d'interprétation. Pelage, dans son Commentaire sur saint Paul, pour éviter de reconnaître le péché originel dans ces paroles : « En qui
]. I. Tim., ir, 4.