‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 822 sur 851 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Suite du précédent.

Maintenant que l'intention de saint Augustin , en alléguant les interprétations restrictives de cette parole : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés , » soit de le faire sans exclusion de l'intelligence et du sens universel qu'il lui donne ailleurs , outre les raisons que nous en avons apportées, en voici une tirée du propre livre contre Julien, où nous avons vu que commence l'interprétation restrictive. Car après l'avoir rapportée au livre iv', il ne laisse pas , pour prouver que les enfants sont morts de la mort de l'âme ^, de parler ainsi au livre VI : « Nous devons entendre que tous ceux pour qui Jésus-Christ est mort sont morts euxmêmes, de la manière qu'il est dit ailleurs : Il vous a donné la vie à vous-mêmes , pendant que vous étiez morts (par votre péché ^). Et de cette sorte, dit-il (saint Paul), un seul est mort pour tous, donc tous sont morts : montrant qu'il n'a pu mourir que pour des morts, puisqu'il a prouvé que tous étaient morts parce qu'un seul était mort pour tous*. M Où il paraît clairement que son intention est de montrer que , selon l'intention , le tous de cette parole : « Il est mort pour tous, » est aussi universel que le tous de celte parole : «Tous sont morts, » puisque l'un s'infère de l'autre. Or est-il que le tous de cette parole : . « Tous sont morls , » est universel et sans restriction : donc le tous de cette parole : « Il est mort pour tous, » l'est aussi. Et pour pousser à bout cette preuve qu'il tire de saint Paul, saint Augustin continue ainsi : Malgré que vous en ayez , je ne cesserai de vous inculquer cette preuve de l'Apôtre : Un seul est mort pour tous , donc tous sont morls. Voyez qu'il a voulu établir que si un était mort pour tous , c'était une conséquence que tous étaient morts. Or, comme il ne s'agissait pas de la mort du corps (puisqu'il était évident que ceux pour qui Jésus-Christ est mort étaient encore en vie), il ne reste autre chose à dire à un homme qui veut être chrétien, sinon que tous ceux-là sont morts pour qui Jésus-Christ est mort. » Que si tous ceux-là sont morls pour qui Jésus-Christ a donné sa vie, démonstrativement, par la règle des connexions dialectiques, Jésus-Christ a donné sa vie pour tous ceux qui étaient morts , c'est-à-dire sans exception pour tous les hommes.

Je sais que, pour éluder la force de cette preuve, on fait faire ce tour oblique à saint Augustin : Tous sont morts, si les enfants qu'on baptise sont morts : or est-il que les enfants qu'on baptise sont morts ; donc tous sont morts. Mais ce n'est pas là

\. I,il). w'Conlra .hilirin., c.i)i. v, n. H. —2. Colos-s., ii, i:i.— '.i. II. Cor., V, \i. — 4. Lil). IV Conl. .Iulian., cap. v, n. 8.

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