‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 824 sur 851 · LIVRE XIII. - SAINT AUGUSTIN ET LA GRACE EFFICACE · texte numérisé non relu

LIVRE XIII. - SAINT AUGUSTIN ET LA GRACE EFFICACE

dans tous les hommes , mais seulement dans les saints, et les élus de Dieu, et cela à cause de l'empêchement qu'y mettent les mondains ^ » Le même saint dit encore que par ces paroles : J'ai soif; Jésus-Christ a montré un désir ardent du salut de tout le genre humain^ ; ce qu'il confirme par ce passage : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés. )) Ailleurs , en interprétant ces paroles du même apôtre : « Notre frère infirme périra , pour qui Jésus-Christ est mort, » il explique « pour qui » ad quem salvandnm Christus mortuus est , que Jésus-Christ est mort pour le sauvera Et enfin, en expliquant ces autres paroles du même saint Paul : « Ne perdez point celui pour qui Jésus-Christ est mort, il inierprèie pour qui, pour le salut duquel, pro sainte cujus^. Ce qui montre que ce saint docteur a entendu que , selon saint Paul , Jésus-Christ est mort pour le salut même de ceux qui périssent; et c'est pourquoi sur ce texte du même apôtre : « Il a goûté la mort pour tous% » après l'avoir expliqué de la suffisance, il détermine ce qu'il entend par ce passage de saint Chrysostome : « Il est mort généralement pour tous les hommes , parce que ce prix leur suffit. Et si tous ne croient pas ; il a fait ce qu'il fallait de sa part. )) Ce qui montre non-seulement la valeur du prix , mais encore la volonté de le donner.

On peut rapporter ici, à l'occasion de saint Thomas, le sentiment de Scot, son antagoniste; mais qui est pourtant d'accord avec lui sur ce point, comme il paraît par ses paroles : « Quoique cette parole de l'Apôtre : Dieu veut que tous les hommes soient sauvés , se puisse entendre par une distribution accommodée à tous ceux qui sont sauvés (qui est une des explications restrictives de saint Augustin) , on la pourrait bien mieux entendre de la volonté antécédente, en cette sorte : Il veut que tous lea hommes soient sauvés de son côté et autant qu'il est en lui , en tant qu'il a donné à tous des dons naturels et des lois justes, et des secours communs suffisants pour le salut ^ ; » qui sont presque les mêmes paroles dont nous avons vu que saint Thomas s'est servi sur les Sentences. Après le consentement de ces deux docteurs , on peut tenir pour certain que tous les autres parlent de même, encore qu'ils fassent tous une égale profession de suivre saint Augustin.

On voit par là que la pente de toute l'Eglise, après Pelage comme devant , et de saint Augustin comme des autres , est d'entendre généralement de tous les hommes , ces paroles de saint Paul : Pour tous, tant à l'égard de Dieu considéré en luimême , qu'à l'égard de Jésus-Christ selon sa volonté humaine, sans préjudice de la volonté do prédilection qui regarde en particulier uniquement les élus; et que, selon ces deux volontés, on a formé deux sortes d'interprétations, qui bien loin d'être opposées l'une à l'autre, sont conciliées par les saints docteurs selon les principes et les sentiments de saint Augustin : de sorte qu'il n'y a rien de plus faux ni de plus injuste , que d'attribuer à saint Augustin d'avoir introduit du changement dans la doctrine de la volonté universelle,

i. In Joan., cap. xvm , lecl. 2. — â. Idem , cap. xix, lect. s. — 3. In I. Cor , cap. vin. — i. In liom., cap. xiv. — 5. Hebr., ii , l». — 0. In I, (lisl. 40, (|u. 71, art. 1.

qui est ce que nous avions à prouver contre M.

Simon.

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