Silence de l'auteur sur la divinité du Saint
1 . Préf. gur la critique du icxla du Nouveau Testament, — ï. Préf., p. 30.
PREMIÈRE INSTRUCTION
Esprit. — L'auteur n'est que trop suspect de ce côlé-là, puisque parmi tant de passages de l'Evangile dont les saints Pères se sont servis pour prouver la divinité du Saint-Esprit , il n'en a remarqué ni n'en a enrichi ses notes , oii il a promis tant de fois le sens littéral ; comme si un point de foi si essentiel n'appartenait pas à la lettre de l'Evangile.
Xn^ PASSAGE.
i. De la politesse affectée, et des bassesses du style. — « Le bon sens veut que la copie d'un écrit, aussi » bien que d'un tableau soit conforme à l'original' : » par là sont condamnées les expressions qui restreignent le sens de l'Evangile; et il faut comprendre sous cette règle, suivant ces autres remarques qui y ont rapport, que comme il faut éviter trop d'attachement à la politesse^, il faut aussi se garder des expressions basses^, parce que l'un et l'autre dérogent à la parfaite conformité de la copie avec l'original , qui n'est ni bas ni affecté.
REMARQUE
2. Bassesse de l'expression avec laquelle on explique la justice de saint Joseph : diverses corrections de l'auteur. — Loin de contester cette règle , je prétends seulement ici examiner avec l'auteur s'il l'a observée.
(( Gomme Joseph était juste, » Matlh., i, 19. La note du traducteur porte, « que le mot de juste se » prend ici pour bon, commode, équitable, doux; 8 en sorte que l'évangéliste a voulu marquer par » là, que Joseph était un bon mari, etc. » J'omets ici toutes les autres réflexions pour m'attacher seulement à la bassesse de l'expression, et à la faible idée qu'elle donne de la vertu de saint Joseph, réduite au faible éloge d'être bon mari et commode. On avait laissé passer cette note à l'auteur, tant on lui était indulgent : mais depuis apparemment il en a rougi, et il a fait ce carton : « Le mot de juste » se prend ici pour bon, équitable, doux; en sorte » que saint Matthieu a voulu marquer par là, que » Joseph était un bon mari, etc. » C'est en cet état que le livre se débite , et l'on voit que la correction ne va pas plus loin que d'ôter le mot de commode , qui avait un sens ridicule, pour ne rien dire de plus, que tout le monde a senti. L'auteur a donc fait dans un troisième carton cette dernière correction, juste , c'est-à-dire, selon saint Chrysostome , doux , équitable : ^^û-t\çoc, xrti ETristxr^;.
3. Passage de saint Chrysostome tronqué. — Voilà bien des raffinements pour expliquer le mot otxaiôç, justus, qui est le plus simple de l'Ecriture : encore n'a-t-on pas bien rencontré à cette dernière fois. Le xp'''iToç de saint Chrysostome, porte plus loin que la douceur, et signifie boyité; ce qui fait partie de la justice chrétienne. Le terme Ittcsix-^i^ se réduit aussi à l'idée commune et générale de juste et d'homme de bien : aussi voit-on dans saint Chrysostome au même endroit^, que juste veut dire en ce lieu un homme parfaitement vertueux et en toutes choses. Il ne fallait pas oublier une expression si noble et si littérale, non plus que ce qu'ajoute le môme saint « de la sublime sagesse et philosophie » de saint Joseph, supérieure à toutes les passions,
1. Préf., p. 13. - 2. Tdem, p. 32. — 3. Ib., p. 23. — 4. Hom. 4 in Mallli.
» et même à la jalousie qui est une espèce de fu- » reur. » Pourquoi retrancher ces belles paroles, si ce n'est que ce passage de saint Chrysostome a été fourni par Grotius (hîc) et qu'on n'y a voulu voir que ce qui est rapporté par cet auteur?
Il fallait donc prendre de ce Père l'idée parfaite du juste; il y fallait voir l'amour de Dieu et du prochain, qui est la justice consommée, où toute perfection de la loi et des prophètes est contenue. L'indulgence, la condescendance, la bonté, s'y seraient trouvées comme des appartenances de la justice; non que le mot otxaio; signifie directement bon et doux : on sait les termes de l'Evangile et de saint Paul' pour exprimer ces vertus : mais à cause qu'il le comprend dans son étendue.
4. Vraie idée de l'Eiangile, et affectation de l'auteur. — L'on voit par là qu'il fallait laisser à ce moi juste, sa signification naturelle. Quel inconvénient d'avouer que saint Joseph était juste comme l'étaient Siméon le juste^, Barsabas le juste^, Zacharie et Elisabeth jwsfes devant Dieu, observant tous les commandements et toutes les lois du Seigneur''^ Car c'est ainsi que l'avait distinctement expliqué saint Luc^ ; et saint Chrysostome remarque en parlant de la justice de saint Joseph, que c'est le sens le plus général que l'Ecriture donne à ce terme, qui, dit-il, signifie la vertu parfaite. Après avoir posé ce fondement , où les paroles de l'Evangile conduisent naturellement les esprits, on eût donné pour preuve de cette justice dans saint Joseph, les égards qu'il eut pour sa sainte épouse , qui enfin le rendirent digne d'apprendre du ciel le mystère qui s'accomplissait en elle.
Je m'étends exprès sur ce passage, afin qu'on remarque le caractère du traducteur, et qu'on entende que pour avoir voulu raffiner, cet auteur n'a pas seulement abandonné les grandes idées de l'Ecriture, mais encore qu'il est tombé dans le bas, dans le ridicule, et qu'il s'est opiniâtre à restreindre les expressions de l'Evangile sans en vouloir revenir.
5. Autre exemple de restriction des idées de l'Evangile, aussi bien que d'affectation et de bassesse dans le style. — Passons aux autres affectations et bassesses de ses expressions : il veut nous faire trouver les ai:anies dès le temps de l'Evangile dans saint Luc, VI, 28, comme si les oppressions dont il est parlé en ce lieu, étaient resserrées dans cette espèce. Que dirons-nous du sofa que Dieu donne à ses amis dans l'Apocalypse, iv, 4, qui pourtant est bien éloigné du trône des rois d'Orient, qu'il croit expliquer par ce terme? quoi qu'il en soit, il nous fait sortir par ces affectations des idées majestueuses, ainsi que des expressions de TEcrilure.
Saint Paul avait rejeté les faux circoncis, c'était à dire, les Juifs qui ne portaient la circoncision que dans la chair, en les nommant seulement des gens blessés et tranchés, qui portaient une coupure inutile, concisio'^ : l'auteur en fait dans sa note des geiis charcutés; et, ce qui fait peine à rapporter, il substitue une expression si indigne à la force de celle de l'apôtre.
Je ne sais pourquoi il a voulu expliquer dans sa note l'aiguillon dont parle saint Paul, par avoir
1. Malth., V. 4; Gai., v. 22, 23. — 2. Luc, n. 25. — 3. Ad., 1. 23. — l. Luc, 1-6. — 5. Idem. — 6. Phil., m. 2
INSTIUCTIONS SUR LA VERSION DU NOUVEAU TESTAMENT
une f'pine nu pied' , tiui est d'un langage si bas, et d'ailleurs si fort au-dessous de ce que l'apôtre appelle l'ange de Satan : ni pourquoi il explique aussi se remarier selon le Seigneur-, par ces mois, en tout bien et honneur, comme si, outre la bassesse de celte expression du vulgaire, ces grands mots, selon le Seiijneur, se devaient réduire ù une simple honnêteté selon le monde.
Il semble dans toutes les notes que l'auteur n'ait eu dans l'esprit que le dessein de ravilir les idées de l'Ecriture. Sous préte.\te de rapprocher les objets, et de condescendre à la capacité du vulgaire, il le plonge , pour ainsi parler, jusque dans la fange des expressions les plus basses.
Garder la parole et le commandement de Jésus- Christ, veut dire sept ou huit fois dans saint Jean, XIV, XV, xvH, et en cent autres endroits de l'Evangile, les mettre en pratique, y obéir. Ainsi l'auteur avait parfaitement rendu cette expression du Fils de Dieu : Si sermonem meum servaverunt et vestrum sertabunt : Joan., xv, 20, en traduisant naturellement comme tous les autres, s'ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre. Mais comme un si grand critique n'est pas content, s'il ne montre qu'il voit dans son texte, ce que nul autre n'y a jamais aperçu ; il tombe dans la ridicule version que voici : gardé, et observé, c'est autrement épié, et contre tous les exemples , il donne la préférence à celte traduction , sous prétexte que dans notre langue, observer, veut dire, épier, quand nous disons observer un homme.
« Les Juifs d'envie qu'ils eurent, ayant pris avec » eux de méchantes gens de la lie du peuple, » ce qui exprimait naturellement les paroles du texte sacré, Acl,, xvu, 5, mais l'auteur s'est avisé de celle note; « le mot grec signifie proprement des ■ gens qui sont toujours sur le pavé et dans les » grandes places à ne rien faire , c'est ce que nous » appelons batteurs de pavé. «Le mot grec àyopaiwv, qui est dans le texte, quoi qu'en puisse dire le critique, n'a aucun rapport au pavé, et il a seulement voulu montrer qu'il savait changer les expressions les plus naturelles dans les plus vulgaires et les plus basses.
6. Réflexions sur les dernières remarques. — Si quelques-unes de ces remarques paraissent en elles-mêmes peu considérables, il n'est pas inutile d'obser^'er que notre critique a peu connu, je ne dirai pas celle justesse d'esprit qui ne s'apprend point, et le bon goût d'un style simple; mais je dirai le grave et le sérieux , qui convient ù un traducteur de l'Evangile : en sorte que nous voyons concourir ensemble dans cette version avec la témérité et l'erreur, la bassesse et ralfeclalion, et tout ce qu'il y a de plus méprisable.
7. Dernière remarque qui dégrade l'Apocalypse; terxion inlidde d'un poMuge de ce litre; conclu- $ion de ce» Itemarques. — C'est quelque chose de plus, d'avoir dit dans la préfaf:e sur l'Apocalypse, que re Urre est une espèce de prophétie. Jérémic ^lait-il prophète à meilleur litre que saint Jean, à qui il a i-U- dil comme ,'i lui : « Il faut que tu pro- » phéliâ^is aux nations, aux peuples, aux langues,
• el à plusieurs rois»; » cl encore : " Rienbcureux
• celui qui garde les paroles de la prophétie de ce