CHAPITRE XIV
Savit Augustin enseigne que la grâce donne le savoir, le vouloir et le faire. Conciles d'Afrique , d'Orange et de Trente.
Voila comme saint Augustin pose l'état de la question , dans un livre qu'il envoie exprès en Orient pour y découvrir les équivoques des pélagiens, et proposer dans les termes les plus simples, ce que l'Eglise demandait à ces hérétiques sur la doctrine de la grâce chrétienne. Pour mieux expliquer le caractère et la différence précise de cette grâce d'avec la grâce pélagienne, il faut remarquer que les pélagiens mettaient la grâce qui nous aide à faire le bien dans la doctrine ou révélation des commandements de Dieu, dans les exemples de Jésus-Christ et dans toutes les autres choses où nous apprenons ce que nous devons faire et éviter, comme s'il n'y avait qu'à apprendre et à savoir le bien pour l'accomplir sans aucun besoin d'un autre secours. Mais saint Augustin fait voir dans ce livre combien la science est insuffisante , par ces paroles de saint Paul : « La science enfle et la charité édifie^ : » que Pelage discerne, dit-il, entre la pensée et l'amour, parce que « la science enfle et la charité édifie, » et la science n'enfle plus quand la charité édifie. L'un et l'autre étant donc un don de Dieu, l'un plus petit qui est celui de la science, l'autre plus grand qui est celui de la charité, qu'il n'élève point le cœur de l'homme au-dessus de Dieu qui Icjiislificen attribuant à la grâce la science qui est le moindre de ces dons , et laissant au libre arbitre de l'homme la charité qui est le plus grand ^. »
Il paraissait donc clairement que non-seulement la science, comme l'accordaient les pélagiens, mais encore et à plus forte raison, la charité était un don de Dieu : et pour montrer quel don et quelle grâce c'était, saint Augustin la définissait dans le même livre en cette sorte : « Cette grâce , dit-il , est colle par laquelle il se fait en nous, non-seulement que nous connaissions ce qu'il faut faire, mais encore que nous fassions ce que nous avons connu ; et non-seulement que nous apprenions par la foi les choses qu'il faut aimer, mais encore que nous les aimions après les avoir crues*. »
Telle est donc la grâce dont saint Augustin exigeait do Pelage la confession : c'était une grâce qui non-seulomont faisait croire, mais encore ai-
i. De (irai. Christ., cap. dO. - 2. /. Cor., v;if, 1. — 3. De grat. Christ., cap. 20, n. 27. — 4. Idem, caj). 12.