LIVRE XIII. — SAINT AUGUSTIN ET LA GRACE EFFICACE
matière, un peu après ces conciles de il6, une lettre très-ample à saint Innocent de cinq évèqucs, dont saint Augustin était l'un et Aurélius à la tête, ' sans qu'il y ait aucun vestige de ces huit chapitres, non plus que dans la réponse aussi très-ample que leur fait ce pape. C'en est assez pour démontrer que ces huit chapitres ne peuvent être de ces conciles de 416, et par conséquent ne peuvent être que de celui de 418, puisque tout le monde est d'accord qu'ils sont nécessairement de l'un ou de l'autre.
Et en effet, tout convient à ce dernier concile. Il n'y en a point de plus célèbre en cette cause. C'est ici le grand concile dont saint Prospéra écrit «que les décrets en furent suivis du consentement de tout l'univers'. » Après les conciles de 416, sous Innocent, la cause pélagienne se réveilla plus vivement que jamais sous Zozime , son successeur : il est constant que ce pape en renvoya la connaissance aux Pères d'Afrique , qui condamnèrent de nouveau la doctrine des pélagiens ; et incontinent après saint Zozime en confirma la condamnation, qui fut souscrite de tous les évèques de l'univers, comme tout le monde en convient. Le concile de Carthage de 416 n'était que de la province particulière de Carthage, comme il paraît manifestement par la lettre du même concile et par celle du concile de Milève à saint Innocent et il s'y assembla seulement soixante-sept évêques; mais le concile de 418 en avait, selon saint Prosper, deux cent quatorze^ ; aussi fut-il composé de toutes les provinces d'Afrique, comme le dit le même saint : pour la même raison, il est appelé ordinairement par saint Augustin le concile d'Afrique^; et ainsi en toutes manières il n'y en a point de plus digne d'avoir donné à Pelage le dernier coup, et à la doctrine catholique son dernier éclaircissement.
On pourrait fortifier ce point d'histoire de beaucoup d'autres preuves; mais cela ne paraît pas nécessaire, puisque de quelque manière qu'on le prenne, tout le monde demeure d'accord que saint Augustin était l'àme de toute l'Afrique sur cette matière , et demeure par conséquent, du consentement unanime de tous les docteurs, le plus sûr interprète de tous les conciles.
Il faut donc, encore un coup , tenir pour certain que les huit chapitres en question soient des conciles de Carthage ou de Milève, de 416 ou de celui de 418; que les paroles où il est porté que la grâce nous fait accomplir les commandements, comme elle nous les fait connaître, s'entendent selon l'esprit de saint Augustin, dont on prend les expressions. Veut-on que les huit chapitres soient du concile de Milève? saint Augustin y était en personne. Veut-on qu'ils soient du concile de Carthage du même temps? On convient que ces deux conciles qui se tenaient presque ensemble dans la même Afrique , et qui renvoient l'un à l'autre en termes exprès, sont d'un manifeste concert et constamment du même esprits Enfin si ces huit chapitres sont du concile de Carthage de 118, saint Augustin Y était encore, et en a fait daiis la même année, comme on a vu, le commentaire dans le Livre de la grâce de Jésus-Christ.
\. Resp. ad capit. Gall.. Object. 8. - 2. Idem. — 3. /)«■ peccat. orig., cap. VII . Mil, IX. XXI, n. 8, 9, 24; Epist. (:i:xv, n. i. etc. — i. Lpisl. Conc. Milev. ad Innoc.
Et si l'on veut savoir la doctrine de ces conciles sur la grâce qui donne l'effet , on en sera pleinement instruit par leurs relations aux Papes à qui ils écrivent, et par les réponses des Papes mêmes. Ces seules paroles de la lettre du concile de Carthage : « Si nous voulons faire cette prière sur le peuple en le bénissant : Donnez-leur, Seigneur, d'être fortifiés en vertu par votre Esprit-Saint, ». ces hérétiques s'y opposent. Et celles-ci du pape saint Innocent dans sa réponse : « Si nous vivons bien, nous prions que nous vivions mieux et plus saintement; et si nous sommes détournés du bien, nous avons encore plus de besoin de son secours pour revenir à la droite voie, » suffisent pour faire voir que la grâce que ce saint Pape , ces saints conciles, et toute l'Eglise en eux et par eux voulaient établir, est celle qui sert de fondement aux prières où l'on demande l'effet ou de la conversion ou de la persévérance. C'est pour cela qu'ils rapportent unanimement' ces paroles de Jésus-Christ à saint Pierre : «J'ai prié pour toi, afin que la foi ne défaille pas^ ; » ou en demandant l'effet selon l'esprit de ces saints conciles et de ce saint Pape qui les confirme, Jésus-Christ nous apprend aussi comment nous devons prier et quelle doit être la forme de notre demande. Ainsi ce qui faisait principalement le sujet de leur décision, c'est, comme! parlent les Pères du concile de Carthage : « La grâce qui est déclarée par les prières des saints, » gratia Dei qiwe sanctonim orationibus declaratur; c'est-à-dire celle qui convertit actuellement, qui fait actuellement persévérer dans la grâce. Car c'est aussi cette grâce qu'il fallait opposer à l'esprit des pélagiens, dont les disputes sacrilèges, dit le concile de Carthage, « induisaient cette conséquence, qu'il ne fallait point demander de ne pas entrer en tentation, ou que notre foi ne défaillît pas encore que Notre Seigneur ail mis le premier dans l'oraison qu'il nous a apprise, et qu'il ail fait le second pour son apôtre saint Pierre , comme lui-même le déclare. » C'est donc une telle grâce que les conciles et les Papes avaient en vue dans leurs décisions, lorsqu'ils parlent tant « de la grâce par laquelle nous sommes chrétiens, » graliam qua chriMiani sumus , par laquelle nous le sommes actuellement, par laquelle non-seulement nous avons le pouvoir de l'être, mais encore l'effet : c'est, disje , celle grâce que ces saints conciles recommandent, puisqu'ils ne cessent de dire que c'est cellelà qu'on demande , et qu'en effet , lorsque nous avons parcouru toutes les prières ecclésiastiques, nous les avons trouvées toutes de cette forme cl de cet esprit.
Voilà pour ce qui regarde les conciles de il 6. Et pour celui de 418, outre les canons que nous avons vus, il rend un beau témoignage à cette grâce qui donne reffet , dans ces paroles qui sont rapportées par saint Prosper cl dans les Capitules de saint Céleslin en celte sorte , « qm* tous les soins , toutes les œuvres et tous les mérites des saints doivent être rapportés à la gloire et à la louange de Dieu, parce que personne ne lui plaît par d'autres choses que celles qu'il donne luimême. C'est le sentiment où nous conduit l'aulorilé canonique du pape Zozime. d'heureuse mé-