I. l'art., (lisp. 98, cap. 3, etc
le veut pas assez fortement , et sans préjudice des grâces par lesquelles on pourrait le vouloir si on employait toutes les forces que Dieu nous donne, ainsi qu'on l'a établi par tant de passages de saint Augustin et des conciles.
En septième et dernier lieu , on doit accorder à Vasquez et à tous les autres théologiens , que cette grâce qui donne le faire n'est pas nécessaire de la nécessité antécédente qui ôte le libre arbitre , mais de cette nécessité qu'on appelle de conséquent, telle qu'est celle-ci : Celui qui parle, tant qu'il parle, il ne se peut qu'il ne parle ; ce qui serait aussi véritable si l'on disait : Celui qui veut libreftienl, tant qu'il veut librement, il ne se peut qu'il ne veuille librement, parce qu'en général il est toujours vrai que ce qui est, tant qu'il est il ne se peut qu'il ne soit, à cause qu'il est impossible d'être et de n'être pas tout ensemble. Toutes ces nécessités de conséquence , de concomitance , de sens composé, comme on appelle, ne blessent en aucune manière le libre arbitre. On peut dire dans le même sens que celui à qui Dieu donne la grâce efficace , quel que puisse être le moyen qui la rende telle , aura reffel ; et que tant qu'il l'aura , il ne pourra pas ne le point avoir, comme il ne pourra point l'avoir, tant qu'il ne l'aura pas. En ce sens, très-certainement la grâce qui donne l'effet lui est nécessaire.
C'est en ce sens, comme le remarque le même Vasquez' , que saint Augustin a dit que le don de persévérer jusqu'à la fin ne se peut perdre, parce que si on le perdait, sans doute on ne l'aurait pas et on ne pourrait pas l'avoir eu. Mais il faut ajouter avec le même saint, que par une prédilection et une préférence gratuite et particulière, Dieu donne à tous ceux qui persévèrent un don, quel qu'il soit, de quelque sorte que cela se fasse, par lequel ils persévèrent infailliblement. Ce que le même, non-seulement ne nie pas, à Dieu ne plaise! mais encore il l'établit invinciblement avec tous les théologiens, et non-seulement avec ceux de sa Compagnie, mais encore avec tous ceux de toute l'Église catholique-.
On peut maintenant entendre toute l'économie des définitions des conciles sur la matière de la grâce par rapport aux endroits que nous en traitons. Elle a doux propriétés sans lesquelles on ne peut fonder l'humilité et la prière chrétienne : l'une qu'elle est absolument nécessaire , et que sans elle on ne peut rien , l'autre qu'elle est efficace dans ceux qui font bien , qu'elle est préparée de Dieu pour opérer cet effet. La première de ces vérités est définie spécialement par ce canon v du concile de Carthage , où nous avons déjà vu que les pélagiens sont condamnés pour avoir dit : « Que la grâce nous est donnée pour faire plus facilement ce qui nous est commandé , comme si sans le secoure de la grâce, nous le pouvions faire en quoique façon, quoique avec plus de difficulté. » El la seconde l'est aussi dans le canon iv du même concile , où nous avons vu semblablemcnt qu'il nous est donné de Dieu et de pouvoir et de luire, mais encore plus de faire que de pouvoir.
Ces deux vérités se trouvent encore dans les lettres synodiques des conciles do -416 el de 41. s,
M. Pari., «lisp. im. rap. fl. etc — 2. I. Pirt. lom. II. dup. lîW. o. 35, rap. H5;di«p. 137, cap. 1, i.
DÉFENSE DE LA TRADITION ET DES SAINTS PÈRES
dans les réponses des Papes , dans le concile d'Orange, et enfin dans celui de Trente. De la première, personne n'en doute; et pour la seconde, nous l'avons prouvée si amplement, qu'il n'y a plus rien à ajouter.
Nous avons encore prouvé parles définitions des mêmes conciles d'Orange et de Trente qu'outre la grâce qui donne l'effet, il y a celle qui donne du moins à tous les fidèles, même à ceux qui tombent, un véritable pouvoir de conserver le bien qu'ils ont reçu ; et il a été démontré que cette doctrine et les maximes sur lesquelles elle est fondée sont prises de saint Augustin , ou plutôt de la tradition dont il a été le plus parfait interprèle. C'est cette grâce qui donne ce pouvoir, dont on peut dire qu'elle est donnée à tous les hommes, en divers degrés et par des moyens infinis que Dieu connaît, en vertu de la volonté générale de les sauver tous par Jésus- Christ, notre commun Réparateur. Je ne sache point de définition expresse de l'Eglise sur l'universalité de cette grâce : nous avons vu néanmoins qu'elle est reconnue de toute l'Ecole , qui en cela ne fait que se conformer à la doctrine et au langage de tous les Pères sans en excepter saint Augustin et saint Prosper, puisqu'ils ont parlé comme les autres et qu'à leur exemple ils ont exalté cette bonté infinie et infiniment étendue sur le genre humain.
On objecte pourtant un passage de saint Augustin, qui mérite une discussion particulière. C'est dans YEpître à Vital, où il pose ces douze articles célèbres , que « nous savons , dit ce Père , très-certainement qui appartiennent à la foi véritable et catholique. » Or, parmi ces douze articles il y en a trois, le iv', le V^ et le vi'=, où l'on prétend que la grâce universelle est détruite en cette sorte : « Nous savons que la grâce de Dieu n'est pas donnée à tout le monde : nous savons qu'elle est donnée à ceux à qui elle l'est par une gratuite miséricorde : nous savons que c'est par un juste jugement de Dieu qu'elle n'est pas donnée à ceux à qui elle ne l'est pas : ') Scimus gratium Dei non omnibus hominibus dari : scimus eis guibus datur misericordia Dei gratiiita dari : scimus eis quibus non datur justo Deljudicio non dan\ Ce qui semble dire , non-seulement qu'il est faux que la grâce soit universelle , mais encore qu'il est de la foi, et de la foi catholique, qu'elle ne l'est pas.
Cet argument prouve trop. S'il est de la foi catholique que la grâce n'est pas universelle au sens que l'Ecole reconnaît, il s'ensuit de deux choses l'une : ou que toute l'Ecole est dans l'erreur, ce qui est absurde; ou que saint Augustin s'est trompé, en nous donnant comme de foi ce qui n'en est pas. Personne ne l'en a repris. On aurait tort de le regarder dans toute l'Ecole ou plutôt dans toute l'Eglise, comme le docteur de la vérité en cette matière, s'il était tombé dans un si prodigieux excès. Ceux qui ont dit que sa doctrine était excessive, auraient injustement été réprimés et condamnés par l'Eglise; et il serait un novateur manifeste, si, non content de ne pas suivre les Pères ses prédécesseurs, dont la doctrine sur la grâce univfrs«'llc est incontestable, il les avait encore condamnés d'erreur. Ceux qui aiment, jf