‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 85 sur 851 · REMARQUES SUR LES EXPLICATIONS TIRÉES DE GROTIUS · texte numérisé non relu

REMARQUES SUR LES EXPLICATIONS TIRÉES DE GROTIUS

1. Importance de ces Remarques ; avertissement donné au public il y a dix ans, sur Grotius. — Ce n'est pas d'aujourd'hui, ni à l'occasion de la nouvelle version , que j'ai senti une sorte d'autorité que gagnent insensiblement parmi plusieurs interprètes et théologiens, même catholiques, les commentaires de Grotius sur l'Ecriture , et ses autres ouvrages théologiques, et il y a dix ans que je me suis cru obligé d'avertir tous nos savants, de prendre des précautions contre les pernicieuses nouveautés qui s'introduisaient par ce moyen dans l'Eglise. Les raisons en sont expliquées d'une manière démonstrative dans quelques notes latines, imprimées à la fin des Commentaires sur les ouvrages de Salomon sous ce litre : Supplenda in Psalmos''. Encore que mes Remarques qui consistent en des faits constants, ne souffrent point de réplique, je les fortifierai par d'autres observations encore plus convaincantes : en sorte que s'il plaît à Dieu , il demeurera pour démontré, que si l'on peut tirer quelque utilité de cet auteur, en le regardant comme un homme qui sortait peu à peu des ténèbres du calvinismeet des égarements des socinicns, on établirait les erreurs les plus énormes en le considérant comme orlhodoxe.

Comme celle démonstration sera la matière d'un plus long discours qui serait ici hors de sa place, je découvrirai seulement par rapport à la nouvelle version, le mal que produisent les commentaires deGrolius, donlTauleur a rempli ses notes.

2. Le traducteur a bien connu Grotitis, et son attachement aux sociniens. — Je dirai avant toutes choses, que son erreur est inexcusable, puisqu'il a parfaitement connu l'auteur qu'il a voulu suivre, et qu'il [laraîl avoir pris pour son modèle.

Il n'a pu taire deux fameuses lettres de cet auteur à Crellius'* , où il loue les sociniens comme des gens qui sont nés par leur doctrine et leur bonne vie, pour le bonheur de leur siècle : bono seculi

1. Apoc. ,\ii. 7, 10. — 2. Idem, 19. — 3. fhid., 9.-4. Elles sont phicées au Tome 1" flo cctto édition, p. 119. — 5. Ilist. erit. des comrn., ch. i.iv, p. HD'i.

PREMIERE INSTRUCTION

natos. A l'égard de Crellius en particulier, il proteste de s'attacher à la lecture assidue de ses écrits pour les grands fruits quil reconnaît en avoir tirés, et c'est là que notre traducteur rapporte luimême qu'il remercie cet unitaire, de ce quil lui a montré le chemin pour examiner à fond le sens des livres sacrés.

On ne doit donc pas s'étonner qu'il ait rempli ses écrits de remarques sociniennes : je les relèverai ailleurs, et je ferai voir en même temps qu'à mesure qu'il approfondissait les matières , il revenait de beaucoup de choses ; mais enfin qu'il ne pouvait s'empêcher dans le temps de ses préventions pour Crellius, de nourrir ses notes de l'esprit dont il était plein; ce qui le fait tomber dans des sentiments si hardis, si nouveaux et si grossiers pour un savant homme , qu'on ne le peut imaginer si on ne le voit. A vrai dire, il ne fait presque qu'orner Crellius , et le charger d'humanités et d'éruditions, en sorte que le fond de ses écrits se trouve rempli d'un socinianisme caché, ou pour mieux dire, trop découvert : ce que notre traducteur n'a pu nier', puisqu'il « avoue que Grotius a favorisé l'ancien » arianisme, ayant trop élevé le Père au-dessus du » Fils; » et encore, « qu'il a détourné et affaibli » quelques passages qui établissent la divinité de v( Jésus-Christ. »

3. Préférence sur le bon sens, donnée par le traducteur à Grotius. — Il voit par là que sans la nier, on peut tomber dans l'inconvénient de l'a/faiblir; c'est de quoi nous l'avons convaincu lui-même : ce qui ne doit pas nous surprendre , puisqu'avec des fautes si essentielles, il est si fort prévenu en faveur de Grotius, qu'il ne craint point, comme on a vu, de reconnaître que pour « ce qui est de l'éru- » dition et du bon sc7is , il surpasse tous les cora- » mentateurs qui ont écrit avant lui sur le Nouveau « Testament'^. » On voit assez jusqu'où peut porter la force de ces paroles, et ce qu'on peut renfermer dans le bon sens dont on fait comme l'attribut particulier de Grotius.

4. Le traducteur s'attache à Grotius. — Avec des préjugés si favorables , on peut bien croire que nous trouverons très-fréquemment Grotius dans les notes de la nouvelle version; et comme l'esprit socinien ne consiste pas seulement dans l'opposition à la divinité de Jésus-Christ , l'auteur, qui , comme on a vu , l'a si souvent copié sur ce point, sans doute n'aura pas été plus retenu sur les autres.

5. Interprétation de Grotius sur le péché d'habitude. — Le premier passage de cette nature qui se présente à ma mémoire, est celui-ci de saint Luc, xni , 27: « Retirez-vous de moi, ouvriers d'iniquité, » et nous avons vu que l'erreur des sociniens est d'éloigner de Jésus-Christ les seuls pécheurs d'habitude. Mais Grotius les favorise sur ces mots, Ipyocxat, operarii, « parce que, » dit-il, « les Hébreux emploient » les participes pour les noms verbaux. Saint Luc » explique très-bien ce qui se trouve dans le psaume » et dans saint Matthieu, vn, 23, iç^^ixlô^i-iw. , ope- » rantes, par le mot Ipyotrai, operarii : car , pour- >■> suit-il , ce qu'on veut marquer par ce mot n'est » pas toute sorte d'acte , mais l'babitude et l'incli- » nation de toute la vie : Non quivis actus sed vitœ » studium indicatur. » Ainsi les sociniens auront

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